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2 juillet 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières demande à être reçue par Silvio Berlusconi


L'Italie est la seule démocratie occidentale où la quasi totalité des médias audiovisuels du pays, privés comme publics, sont contrôlés, directement ou indirectement, par le pouvoir en place. Reporters sans frontières demande à Silvio Berlusconi d'accepter d'engager une réflexion sur le pluralisme de l'information audiovisuelle en Italie et de recevoir une délégation du conseil international de Reporters sans frontières.
  Dans un courrier daté du 2 juillet 2002, Reporters sans frontières a demandé à être reçue à Rome par Silvio Berlusconi, président du Conseil italien, pour évoquer les menaces pesant sur le pluralisme de l'information audiovisuelle en Italie. "Ni les préoccupations que nous exprimons depuis des mois, ni les nombreuses protestations internationales de ces dernières semaines suite à la suppression d'émissions politiques à la RAI, n'ont trouvé d'écho auprès de vous. Nous vous exhortons aujourd'hui à prendre la mesure de la gravité, pour l'avenir, d'une situation faisant de l'Italie le seul Etat de l'Union européenne et la seule grande démocratie occidentale où l'ensemble des médias audiovisuels du pays, privés comme publics, sont contrôlés, directement ou indirectement, par le pouvoir en place", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. "Nous vous demandons d'accepter d'engager une réflexion sur le pluralisme de l'information audiovisuelle en Italie et de recevoir une délégation du conseil international de Reporters sans frontières pour évoquer cet enjeu", a ajouté M. Ménard. Les autorités italiennes n'ont pas donné suite aux précédentes démarches engagées par Reporters sans frontières ces derniers mois. Le 14 février 2002, avant le remplacement du conseil d'administration de la télévision publique (RAI), l'organisation avait suggéré au gouvernement italien de confier à une autorité indépendante la responsabilité de dégager des propositions visant à renforcer les garanties d'indépendance des trois chaînes de la télévision publique italienne. Reporters sans frontières avait également demandé à Silvio Berlusconi de s'engager publiquement à ne pas mettre en cause le pluralisme de l'information audiovisuelle jusqu'aux élections générales de 2006. Dans un courrier adressé, par ailleurs, le 23 avril 2002, à Carlo Azeglio Ciampi, président de la République italienne, l'organisation avait insisté auprès du chef de l'Etat italien, garant de la Constitution, pour qu'il oppose son veto à la loi censée résoudre le conflit entre les intérêts de Silvio Berlusconi dans le groupe audiovisuel privé Mediaset et ses fonctions de chef de l'exécutif. Ce texte, adopté le 28 février 2002, se limite à prévoir la création d'une autorité chargée de veiller à ce que les responsables gouvernementaux ne prennent pas de décisions favorisant leurs intérêts privés. Il ne remet nullement en cause, en revanche, l'autorité et l'influence de Silvio Berlusconi sur le groupe Mediaset, qui demeure sa propriété, et ne garantit en rien le respect du pluralisme de l'information audiovisuelle en Italie. Ce texte a été jugé tellement insuffisant et sans portée réelle que la majorité parlementaire a craint que le président de la République ne refuse de la signer. Ce dernier a finalement écarté cette possibilité, malgré plusieurs déclarations manifestant son attention à l'enjeu du pluralisme de l'information. Reporters sans frontières rappelle que Silvio Berlusconi contrôle par l'intermédiaire de la holding Fininvest, le premier groupe de télévision privé italien, Mediaset, fort des trois principales chaînes privées nationales du pays, et qu'il est l'un des actionnaires de contrôle du groupe Mondadori, l'un des principaux groupes italiens de presse et d'édition. Dans ces conditions, les trois autres chaînes de télévision du pays, les trois télévisions publiques de la RAI, jouent un rôle fondamental pour maintenir le pluralisme de l'information audiovisuelle en Italie. Or, Silvio Berlusconi et le nouveau conseil d'administration de la RAI, désigné par la nouvelle majorité parlementaire en février 2002, multiplient les pressions sur les journalistes jugés critiques envers le gouvernement. Les émissions politiques de Michele Santoro et d'Enzo Biagi n'ont pas été reconduites dans la grille des programmes de la RAI, telle qu'elle a été présentée le 29 juin dernier. Silvio Berlusconi avait lui-même, le 19 avril 2001, violemment critiqué ces deux journalistes connus pour leur ton critique à l'égard du gouvernement, et exigé implicitement leur départ. Quelques jours auparavant, le 16 avril, trois personnalités proches de la coalition de gouvernement avaient été nommées à la tête de la direction des programmes et des informations de deux des trois chaînes de la RAI.