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22 septembre 2004 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières demande des explications sur la discrimination exercée par la préfecture à l'égard d'un journaliste


Reporters sans frontières s'est inquiétée du refus de la préfecture de Cayenne de permettre au journaliste Frédéric Farine de suivre la visite du ministre de l'Outre-mer, Brigitte Girardin, en déplacement en Guyane. "Notre organisation s'inquiète de la discrimination dont semble être victime Frédéric Farine de la part de vos services", a déclaré l'organisation dans une lettre adressée à Ange Mancini, préfet de Guyane. "Les explications fournies par Daniel Josserand-Jaillet, votre directeur de cabinet, sont battues en brèche par les témoignages de plusieurs journalistes. C'est pourquoi nous vous demandons d'apporter des éclaircissements sur les raisons qui ont conduit à refuser à M. Farine le droit de couvrir l'un des déplacements de Madame Girardin", a demandé Reporters sans frontières. Le 16 septembre 2004, Frédéric Farine, correspondant en Guyane du site Internet de Radio France Internationale (RFI), s'est vu refuser le droit d'accompagner le ministre de l'Outre-Mer, le 18 septembre, sur une opération de destruction de sites clandestins d'orpaillage dans le sud du département (opération Anaconda). "Vous écrivez constamment des choses déplaisantes sur les services préfectoraux, je ne vous inscris pas sur les listes de journalistes pour la visite de madame Girardin", aurait répondu Daniel Josserand-Jaillet, directeur de cabinet du préfet, à Frédéric Farine quand il a demandé à pouvoir monter à bord de l'hélicoptère militaire mis à la disposition de la presse. Contacté dans l'après-midi du 16 septembre par Laurent Marot, correspondant du quotiden Le Monde en Guyane, le directeur de cabinet aurait confirmé que Frédéric Farine avait été exclu en raison de son "comportement outrecuidant" et de ses "articles déplaisants" envers les services préfectoraux. "Tous les services ont pour instruction de ne pas communiquer avec lui", aurait-il précisé au journaliste. Un journaliste qui écoutait la conversation aux côtés de Laurent Marot confirme son témoignage. Dans une conversation téléphonique avec Reporters sans frontières le 22 septembre, Daniel Josserand-Jaillet a démenti avoir invoqué des "articles déplaisants" pour opposer un refus à la demande de Frédéric Farine. "L'hélicoptère était plein et prêt depuis une dizaine de jours. Or, M. Farine a appelé deux jours avant", a-t-il expliqué à l'organisation. "Il s'est effectivement montré outrecuidant en exigeant d'être pris à bord au motif qu'il était un contribuable qui payait ses impôts", a-t-il ajouté. Frédéric Farine dément, pour sa part, avoir tenu ces propos à M. Jaillet : " Je lui ai dit que je prenais acte de sa décision" indique le journaliste. Alexandre Rozga, de l'Agence France-Presse (AFP), qui avait contacté les services préfectoraux le même jour que Frédéric Farine, s'était entendu répondre qu'une place était disponible et ne l'avait finalement pas prise. Denis Vannier, de la chaîne de télévision locale ACG, et Jocelyne Elgouach, de la chaîne RFO, qui sont montés dans l'hélicoptère militaire mis à la disposition de la presse le 18 septembre, affirment qu'une place était libre. Présent sur le lieu de départ de l'hélicoptère, Frédéric Farine n'a pas été admis à bord pour autant. Dans le numéro de juillet 2004 du mensuel Menmomag, ce dernier avait publié une enquête sur la délivrance présumée frauduleuse de titres de séjour par la préfecture de Cayenne. Frédéric Farine est également connu pour ses articles sur les violences dans le milieu de l'orpaillage. En juillet 2001, il avait cosigné avec Laurent Marot dans le quotidien Le Monde, un reportage dénonçant l'existence de "quasi-milices" des patrons de l'orpaillage "qui font régner la terreur dans la région" et l'attitude complaisante des autorités à leur égard. Le 14 mai 2003, Frédéric Farine avait été violemment agressé par le patron orpailleur Jean Bena alors qu'il couvrait pour l'antenne radio de RFO Guyane le procès pour assassinat d'un ancien employé de ce dernier. Le patron orpailleur avait été condamné pour l'agression du journaliste le 16 décembre par le tribunal de Cayenne à une peine de quatre mois de prison avec sursis et 3 000 euros d'amende. Le tribunal avait justifié la sévérité de la peine par "la gravité des faits, de leur contexte et de la personnalité de l'auteur". Jean Bena avait fait appel. L'audience doit se tenir le 11 octobre prochain.