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1 septembre 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières demande au Premier ministre vietnamien la libération de tous les journalistes et blogueurs emprisonnés


A l'occasion de l'amnistie de plus de 10 000 détenus par le Viêt Nam, à l'approche du 66ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance, le 2 septembre 2011, Reporters sans frontières a adressé une lettre au Premier ministre Nguyen Tan Dung, demandant la libération des tous les journalistes et blogueurs emprisonnés, que nous publions aujourd'hui.

Monsieur le Premier ministre,

A l’occasion de la fête nationale viêtnamienne, le 2 septembre 2011, votre gouvernement a annoncé l’amnistie de plus de 10000 détenus.

Reporters sans frontières se réjouit de la libération du blogueur Nguyen Van Tinh et du poète Tran Duc Thach, condamnés respectivement à trois ans et demi et trois ans de prison en 2009 pour "propagande contre l’Etat socialiste du Vietnam".

L’organisation vous demande aujourd’hui d’aller plus loin et de bien vouloir libérer, en ce jour de fête nationale, tous les prisonniers de conscience emprisonnés dans le pays, et plus particulièrement les trois journalistes et  les dix-sept blogueurs recensés par notre organisation, toujours en détention. Les autorités doivent respecter leurs engagements et garantir la liberté d’expression. En ce début de votre deuxième mandat en tant que Premier ministre du Vietnam, la libération des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes et des blogueurs serait un signe fort d’ouverture.

L’organisation attire notamment votre attention sur le cas de Vi Duc Hoi, Pham Minh Hoang, Paulus Lê Son, Cu Huy Ha Vu et Nguyen Van Ly.

En Avril 2011, le militant pro-démocratie Vi Duc Hoi, arrêté le 27 octobre 2010, a été condamné en appel à cinq ans d’emprisonnement et trois ans de résidence surveillée, pour “propagande contre l’Etat”. En 2009, il avait notamment reçu un prix de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch.

Pham Minh Hoang, blogueur franco-vietnamien connu sous le pseudonyme Phan Kien Quoc, a été condamné, le 10 août 2011, à trois ans de prison et trois ans d’assignation à résidence, pour “tentative de renversement du gouvernement”.

Le blogueur Paulus Lê Son a été arrêté sous témoin, le 3 août 2011, devant sa maison dans la rue Bui Xuong Trach à Hanoï, dans le cadre d’une vaste et violente opération de police visant une dizaine de personnes d’obédience catholique. La veille, Paulus Lê Son s’était rendu aux abords du tribunal populaire de Hanoï pour tenter d’assister au procès en appel du net-citoyen Cu Huy Ha Vu. Il s’agit de la seconde arrestation de Paulus Lê Son, qui écrivait pour un journal paroissial (www.chuacuuthe.com), depuis le début de l’année.

Le 2 août 2011, le blogueur Cu Huy Ha Vu, fils du poète Cu Huy Can, a vu sa condamnation à sept ans de prison confirmée en appel, pour “propagande contre l’Etat”. Arrêté en novembre 2010, Monsieur Cu Huy Ha Vu n’a fait que tenir des propos favorables au multipartisme sur Internet et dans les médias étrangers.

Le 26 juillet 2011 le prêtre et défenseur des droits de l’homme, Nguyen Van Ly, responsable de la publication dissidente Tu do Ngôn luan, a été renvoyé en prison, malgré un état de santé très fragile. Il avait été condamné en 2007 à une peine de huit ans de prison ferme pour propagande anti-gouvernementale, mais avait bénéficié en mars 2010 d’une libération provisoire d’un an pour raison de santé

Le 27 juillet 2011, Nguyen Phuong Nga, porte-parole du ministère vietnamien des Affaires étrangères, a rappelé "qu’au Vietnam, l’ensemble des droits fondamentaux et des libertés des citoyens figurent dans la Constitution comme dans les textes qui lui sont inférieurs”. Elle avait soutenu “qu’ils (les droits fondamentaux) sont de fait respectés. Au Viêt Nam, personne n’est détenu pour avoir exprimé son opinion.” Reporters sans frontières vous demande aujourd’hui de faire respecter les engagements du Vietnam, en libérant ces prisonniers.

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à notre demande, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma haute considération.

Jean-François Julliard

Secrétaire général