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13 février 2009 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Référendum constitutionnel : un paysage médiatique plombé par la polarisation et l'excès d'allocutions présidentielles


A la veille du référendum du 15 février 2009 sur la fin de la limitation des mandats électifs, Reporters sans frontières a procédé à un recensement des allocutions audiovisuelles du président Hugo Chávez. Entre son investiture du 2 février 1999 et le 19 décembre 2008, le chef de l'État vénézuélien a discouru 1 816 fois, pour une durée équivalente à un peu plus d'un mois et demi sans interruption.
Les citoyens vénézuéliens doivent se prononcer par référendum, le 15 février 2009, sur un amendement de la Constitution voulu par le président Hugo Chávez portant sur la fin de la limitation des mandats électifs, en particulier celui du chef de l'État. Alors que la campagne a été marquée par de fortes tensions et de nombreuses agressions contre les médias, Reporters sans frontières rend public un recensement des allocutions audiovisuelles du président - les “cadenas” - prononcées au cours de l'année 2008. L'organisation publie également les résultats partiels d'une étude de la couverture de la campagne référendaire par les principaux médias audiovisuels, publics et privés. “ Reporters sans frontières n'a pas à se prononcer sur l'objet du référendum, dont l'issue relève de la décision souveraine des citoyens vénézuéliens. Néanmoins et compte tenu de l'enjeu réel, à savoir si le président Hugo Chávez pourra briguer un nouveau mandat après 2012, nous constatons que la polarisation médiatique s'est encore accentuée, à un degré qui n'est pas de nature à permettre un débat serein et expose les journalistes à davantage d'insécurité. A la mobilisation d'une opposition qui confond souvent ‘réélection illimitée' et ‘présidence à vie', le président Hugo Chávez réplique par la monopolisation de la parole publique à travers des ‘cadenas' dont l'intérêt et l'utilité ne vont pas de soi. Une campagne électorale, moment par excellence du pluralisme des opinions, devrait obéir au principe de juste répartition des temps de parole, que l'État est censé garantir”, a déclaré l'organisation. L'article 10 de la Loi de responsabilité sociale en radio et télévision (loi Resorte), adoptée en novembre 2004, permet en théorie au gouvernement, en pratique au chef de l'État, de réquisitionner, pour ses discours en direct, tous les médias hertziens au même moment et sans limitation de durée. Publics ou privés, ces médias sont alors obligés sous peine d'amende, voire de “suspension administrative”, de se connecter à la fréquence de la principale chaîne d'État, Venezolana de Televisión (VTV). C'est sur cette même chaîne que le président anime, hors “cadenas”, sa propre émission dominicale, “Aló Presidente”. La suspension d'”Aló Presidente” pendant la campagne des élections régionales du 23 novembre 2008, et celle du référendum du 15 février prochain, n'a en rien interrompu les “cadenas” présidentielles. Du 1er janvier au 19 décembre 2008, Hugo Chávez a totalisé 154 interventions de ce type, allant jusqu'à trois en une seule journée lors d'un déplacement dans l'État de Miranda (Nord), le 4 novembre 2008. Si le nombre de “cadenas” est légèrement inférieur à celui de l'année 2007 (164) ou 2006 (182), le nombre d'heures cumulées par ces interventions est de 190 en 2008, contre 119 en 2007 et 92 en 2006. Record horaire, les sessions 2008 de “cadenas” dépassent de 66 heures celles de 2004, année du vote de la loi Resorte, au cours de laquelle le président bolivarien avait discouru sur les ondes à 375 reprises. Parfois dédiées aux commémorations, plus souvent à la propagande et presque toujours à l'invective contre les ennemis de la Révolution bolivarienne, les “cadenas” présidentielles sont intervenues en moyenne tous les deux jours à la fin de l'année 2008. C'est au cours de cette période qu'a débuté la campagne du chef de l'État pour une ratification populaire de la réélection illimitée. C'est aussi durant ce trimestre que Hugo Chávez a répondu aux critiques contre les “cadenas”. “Celui qui veut faire des ‘cadenas', qu'il devienne président ! Est-ce de ma faute si les présidents de la IVe République ne faisaient pas de ‘cadenas' ?”, a-t-il déclaré le 30 octobre 2008 lors d'une allocution au théâtre Teresa Carreño de Caracas. Entre le 2 février 1999, date de sa première investiture, et le 19 décembre 2008, le chef de l'État vénézuélien aura parlé à l'antenne 1 816 fois pour une durée de 1 179 heures, soit l'équivalent de 49 jours pleins. La personnalisation à outrance de l'enjeu référendaire explique évidemment l'extrême déséquilibre de son traitement par les médias, publics comme privés. En témoignent les résultats de l'étude présentés le 6 février 2009 au Collège national des journalistes (CNP) de Caracas, par le Groupe de monitoring des médias (GMM), rassemblant des chercheurs de l'Université catholique Andrés Bello (UCAB) et de l'Université de Göteborg (Suède). L'analyse du GMM portait sur 803 séquences de sept chaînes de télévision et 477 de quatre stations de radio, pour la période comprise entre le 22 janvier et le 4 février 2009. La partie télévisuelle de l'étude est particulièrement éclairante. Sur la chaîne privée Radio Caracas Televisión (RCTV, privée de licence hertzienne depuis 2007), 91 % des séquences sont favorables au “Non” contre 3 % pour le “Oui” et 5 % jugées “neutres”. Le schéma est exactement inversé sur VTV (Oui 93 % ; Non 0 % ; Neutre 7 %). La chaîne publique Televisora Venezolana Social (Teves), qui a repris la fréquence hertzienne de RCTV, a dédié 100 % de sa couverture au “Oui”. Seule chaîne hertzienne au ton critique vis-à-vis du gouvernement mais d'une portée limitée à Caracas et à ses environs, le canal privé d'information Globovisión a nettement penché pour le “Non” (59 % contre 7 % pour le “Oui”) tout en ménageant les séquences neutres (34 %). Les résultats sont plus équilibrés sur la chaîne d'information privée Canal i (Oui 42 % ; Non 37 % ; Neutre 21 %) et les deux chaînes privées Venevisión (Oui 44 % ; Non 49 % ; Neutre 7 %) et Televen (Oui 39 % ; Non 39 % ; Neutre 21 %). Favorables, comme RCTV et Globovisión, au bref coup d'État d'avril 2002 contre Hugo Chávez, ces deux dernières chaînes avaient, depuis, dû revoir leur ligne éditoriale pour conserver leur fréquence hertzienne.