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30 avril 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Putsch contre la liberté de l’information


Au 5e jour des manifestations contre la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat au Burundi, les médias sociaux ont été bloqués. Depuis mardi 28 avril, les médias sociaux et services de messageries tels que Facebook, Whatsapp, Viber ou encore Tango sont bloqués. Pour les autorités, il s’agit de perturber l’organisation des manifestations, qui sont d’ailleurs interdites depuis lors. Mais, ces services de messagerie sont également l’un des moyens principaux pour les journalistes de communiquer avec leurs rédactions ou de pouvoir faire sortir des informations à l’extérieur du pays. Les connexions téléphoniques avec le Burundi étant très gravement perturbées, il est quasiment impossible de joindre quelqu’un par ce moyen depuis le début des manifestations ce week-end. En province, l’information disponible est toujours unilatérale. La RPA est fermée et les radios privées Bonesha FM et Isanganiro, ne peuvent toujours pas diffuser. Et la parabole de Radio France Internationale permettant la diffusion hors de Bujumbura est hors service depuis deux semaines. En revanche, Radio Rehma, porte-voix du pouvoir, et la Radio nationale burundaise continuent leurs diffusions sans aucune interférence. A Bujumbura, les journalistes peinent à travailler et font l’objet de violences et d’intimidations de la part des forces de l’ordre ou des groupes de jeunes Imbonerakure, soutiens du président. Parmi les incidents rapportés à Reporters sans frontières, des policiers ont pénétré de force au domicile d’un journaliste de la RPA, Hermes Ntibandetse, dans la commune Nyakabiga, le mercredi 29 avril. Le journaliste et sa famille étaient heureusement absents. Le même jour, le journaliste, Parfait Mudasigana du magazine hebdomadaire Burundi Eco a été frappé par un policier et contraint d’effacer les photos qu’il avait prises d’un véhicule anti-manifestation tombé dans un canal. La veille, trois journalistes de Bonesha FM ont été arrêtés au sud de la capitale Bujumbura, dans la commune de Kanyosha par un groupe d’Imbonerakure, la jeunesse du parti présidentiel, armés de fusils et de machettes. Ces derniers les ont accusé de distribuer des armes en se faisant passer pour des professionnels des médias. Finalement, un agent des renseignements qui accompagnait les jeunes Imbonerakure a réussi à apaiser la situation et les journalistes ont pu partir. _______________________________________________________________ Après l’annonce de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, de violents heurts ont éclaté dimanche à Bujumbura, capitale du Burundi, faisant au moins deux morts. Les médias se retrouvent au coeur de la tourmente : radios empêchées d’émettre et journalistes harcelés… Le gouvernement verrouille l’information pour éviter la contestation. Alors que la capitale s’embrase à nouveau ce lundi, les autorités s’efforçent de bloquer l’accès à l’information et de la contrôler pour éviter une mobilisation populaire accrue et, selon elles, d’autres débordements. Certains médias, tels Iwacu, ont décidé de mettre en ligne des fils d'information en continue pour tenir informés leurs concitoyens. Selon les dernières informations disponibles, la Radio publique africaine (RPA) a été fermée ce lundi 27 avril. « Laissez-les fermer la radio mais qu’ils ne tuent personne et qu’ils ne volent pas le matériel », a prévenu Bob Rugurika, le directeur de la radio. Dimanche dans la matinée, la radio avait été contrainte de cesser ses reportages sur les manifestations en direct suite à l’intrusion dans la radio de trois ministres accompagnés de forces de police en possession d’un mandat de perquisition et d’un mandat d’arrêt. Ils ont accusé le média d’inciter la population au soulèvement en retransmettant en direct l’actualité des manifestations et ont menacé de faire fermer la radio. Le ministre de l’Intérieur, Edouard Nduwimana, a affirmé que ses collègues et lui n’étaient pas venus pour fermer le média, mais seulement pour dialoguer, a rapporté Radio France Internationale. Plus tôt ce matin, une descente de police a fermé de force la Maison de la presse. Le studio de la synergie des médias, un projet regroupant plusieurs radios privées notamment dans le cadre de la couverture électorale (Bonesha FM, Isanganiro, la (RPA), Radio télevision Renaissance et CCIB FM+) a été contraint de cesser ses émissions. “Cinq radios étaient en train d’émettre en synergie à partir du studio de l’association burundaise des radiodiffuseurs, quand les policiers ont débarqué, brutalisé les journalistes et fermé le studio et la maison de la presse”, a déclaré à RSF, Patrick Nduwimana, directeur de la radio Bonesha FM. Lors de leur descente, les forces de l’ordre ont tenté d’arrêter le président de l’Union burundaise des journalistes (UBJ), Alexandre Niyungeko, et ont interpellé et violenté le célèbre activiste des droits de l’homme, Pierre Claver Mbonimpa, président de l’association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), alors qu’il arrivait pour une interview. “Reporters sans frontières dénonce l’attitude arbitraire et violente du gouvernement burundais envers les journalistes et les médias, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de l’organisation. Le président et son parti affichent ouvertement leur volonté de réduire les médias au silence par tous les moyens possibles. En muselant les radios, le président Nkurunziza confirme les craintes de ses détracteurs qui lui prêtent des velléités despotiques et de vouloir remettre en cause l’issue démocratique des élections législatives et présidentielle à venir”. Les États-Unis sont pour l’instant les seuls à avoir déclaré leur inquiétude face aux évènements survenus à la RPA et dans les autres radios indépendantes. “Reporters sans frontières appelle la communauté internationale à réagir rapidement et avec sévérité à ces atteintes liberticides à l’information. Alors que de nombreuses élections se profilent sur le continent, fermer les yeux sur les agissements du président Nkurunziza serait cautionner tous les régimes qui pourraient être tentés de brimer la libre expression de leur peuple”, poursuit Cléa Kahn-Sriber. Dimanche, les autorités ont coupé les émetteurs relais des trois principales radios indépendantes du pays : la RPA, Bonesha FM et Isanganiro qui ne sont donc plus diffusées hors de Bujumbura. Leurs lignes téléphoniques ont également été coupées. Selon la synergie des médias, un document de propagande, issu du parti présidentiel le CNDD-FDD, circulait depuis février demandant la destruction des “enseignements des ennemis du pouvoir”, ces derniers étant désignés comme les partis d’opposition, les acteurs de la société civile et notamment les journalistes des radios Bonesha FM, RPA, Isanganiro et Radio télévision Renaissance. Le Burundi se situe à la 145e place sur 180 pays dans le Classement 2015 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.