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19 mai 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Professionnels des médias attaqués et paralysés


Reporters sans frontières condamne les violences des manifestants "chemises rouges" contre les journalistes, ainsi que la violation sans fin du droit à l'information par le gouvernement thaïlandais. Quelques heures après l'assaut donné par l'armée dans le quartier occupé par les partisans de l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, le pays a atteint un niveau de violences qu'il a rarement connu.

L'organisation est également très préoccupée par la quasi paralysie des professionnels des médias dans le pays.

"Le droit à l'information est plus important que jamais lorsqu'un pays est en crise, comme c'est le cas de la Thaïlande à l'heure actuelle. Alors que les journalistes ne peuvent en aucun cas être des cibles militaires, Reporters sans frontières est outrée de constater que les médias sont visés, à répétitions, par l'armée et les manifestants. Nous appelons le gouvernement thaïlandais à rétablir l'ordre au plus vite et à lever toutes censures des médias.

Le 19 mai 2010, Reporters sans frontières fait le point quotidien sur la situation d'un pays actuellement paralysé:

Les manifestants antigouvernementaux ont mis le feu aux locaux de Channel 3 à Bangkok où une centaine de personnes étaient prises au piège à l'intérieur. Les employés de la chaîne ont pu ensuite être évacués avec l'aide d'un hélicoptère. Au moins une dizaine de voitures à proximité des locaux ont été endommagées.

Les deux plus grands quotidiens anglophones thaïlandais The Bangkok Post et The Nation, ont préféré renvoyer leurs employés chez eux dès quinze heures, heure locale, par peur des attaques des "chemises rouges" dans leurs locaux.

Conscients du danger réel, quasiment tous les journalistes locaux font le choix de ne pas couvrir la situation sur le terrain. Les journalistes reçoivent principalement des informations, par des réseaux sociaux et par téléphone, des personnes prises au piège dans le Wat Pathum Wanaram, un temple à côté du l'ancien lieu de rassemblement. Seuls quelques correspondants étrangers continuent à travailler sur place.

Facebook et Twitter, rares moyens de s'informer au moment où les chaînes de télévision ne diffusaient que les programmes contrôlés par le gouvernement, ont été bloqués par le Centre de résolution d'état d'urgence (CRES) pendant plus d'une heure.

Chandler Vandergrift, journaliste et chercheur canadien, a été gravement blessé par les tirs de grenades. Hospitalisé à l'hôpital Bangkok Christian, il est toujours inconscient.

(Le couvre feu contraint les habitants de Bangkok à rester chez eux après vingt heures.)
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19 mai 2010

Un second journaliste tué à Bangkok

Reporters sans frontières fait part de sa tristesse et exprime ses condoléances à la famille de Fabio Polenghi, 45 ans, photographe de presse italien travaillant en freelance, tué lors de l’assaut lancé par l’armée thaïlandaise dans la nuit de mardi 18 au mercredi 19 mai contre les « chemises rouges », partisans de l’ancien premier ministre renversé, Thaksin Shinawatra. Un autre reporter, d’origine néerlandaise, ainsi qu’un documentariste américain, ont été blessés pendant l’offensive qui a fait un total de 5 morts. Trois journalistes, un cameraman de France 24, un photographe de Matichon, et un photographe du quotidien The Nation avaient été blessés les jours précédents lors de différents affrontements.

Il s’agit du deuxième professionnel des medias tué dans l’exercice de ses fonctions depuis le début de la crise. Le caméraman japonais Hiroyuki Muramoto travaillant pour Reuters a été tué le 10 avril dernier. Les résultats de l’enquête officielle sur sa mort n’ont toujours pas été communiqués.

« Deux morts et cinq blessés dans les rangs de la presse : le bilan est très lourd. Sans compter les journalistes qui ont échappé à la mort de justesse ! il aurait pu être beaucoup plus grave. Reporters sans frontières fait part de sa stupeur et de son indignation suite à l’attaque qui a été menée sans discernement et qui montre que les autorités thaïlandaises, dans leur volonté de mater l’opposition « rouge », n’ont pas fait grand cas de la protection des journalistes. Comme dans le cas d’Hiroyuki Muramoto, Reporters sans frontières demande une enquête indépendante sur la mort de Fabio Polenghi, notamment une autopsie et une étude balistique transparentes, et si nécessaire avec la collaboration d’experts étrangers. »

Avec près de 30 ans d’expérience, Fabio Polenghi avait collaboré avec des publications prestigieuses comme Vogue et Vanity Fair. Il était également l’auteur du documentaire Cuban Line et avait réalisé entre autres une exposition à la Cité des sciences et de l’industrie. C’était un journaliste expérimenté. Il était en Thaïlande depuis trois mois pour un magazine européen.

Les rapports font état de près de 70 morts et de 1700 blessés sur les deux mois qu’ont duré le rassemblement qui s’est formé mi mars dans la capitale thaïlandaise. Reporters sans frontières avait à plusieurs reprises appelé les « chemises rouges » et les forces de sécurité à la retenue et à garantir la sécurité des journalistes. L’organisation avait également dénoncé le blocage de près de 4500 sites Internet destiné en partie à censurer l’information sur la crise. Le compte twitter de Thaksin Shinawatra est lui aussi bloqué depuis ce matin.

A Lumpini Park, place de Bangkok où s’étaient rassemblés les « rouges », la situation était particulièrement délicate pour les journalistes qui pouvaient être pris à parti par les fidèles de Thaksin Shinawatra et se trouver également sous le feu de forces de sécurité. Depuis plusieurs semaines, ils ne pouvaient plus travailler et couvrir les événements sans prendre de très gros risques. Les autorités avaient manifestement l’intention de tenir la presse étrangère à l’écart de la crise et de la répression qu’elle s’apprêtait à mener. Interrogé par l’organisation, Arnaud Dubus, correspondant de Libération et de RFI, a déclaré mardi 18 : « c’est la première fois en Thaïlande que je sens que les journalistes étrangers sont vraiment visés. »

Suite à l’assaut de l’armée, les « chemises rouges » ont déclaré qu’elles mettaient fin à leur mouvement. Leurs leaders se sont rendus à la police.