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17 août 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Pression croissante sur les médias à l’approche de l’élection présidentielle


Reporters sans frontières dénonce la pression croissante exercée sur les médias bélarusses à l’approche de l’élection présidentielle prévue au printemps 2011. Entre avertissements répétés du ministère de l’Information, descentes policières, enquêtes fiscales, et la nouvelle loi sur les médias, la situation de la liberté de la presse semble plus que compromise au Bélarus.

Cascades d’avertissements pour les journaux d’opposition

Deux grands journaux d’opposition, Narodnaïa Volia et Nasha Niva pourraient être suspendus suite à plusieurs avertissements du ministère de l’Information, en vertu de l’article 51 de la loi sur les médias, qui autorise la suspension d’un journal après deux avertissements. Nasha Niva a reçu deux avertissements entre le 22 et le 26 juillet derniers pour des numéros évoquant des polémiques relatives à « Kryostny Batska » (le parrain), un documentaire très critique à l’égard de la politique du président Alexandre Loukachenko et des mystérieuses disparitions de ses ennemis politiques. Ce documentaire a d’ailleurs été retiré de la programmation pour le Bélarus de la chaîne russe NTV. De plus, le 2 août dernier, un fonctionnaire du bureau des taxes a appelé Nacha Niva pour l’informer que l’hebdomadaire serait soumis à un audit extraordinaire. Le journal avait déjà été contrôlé en septembre 2008. Selon la loi, les compagnies « à bas risques », telles que Nasha Niva, ne doivent être contrôlées que tous les cinq ans. Le rédacteur en chef de Nasha Niva, Andreï Skourko, a déclaré à Reporters sans frontières qu’il s’agissait de « tentatives d’intimidation en rapport avec leurs articles sur des disparitions très médiatisées et des affaires contrôlées par Loukachenko». En moins d’un an, Nasha Niva a reçu trois avertissements. Narodnaïa Volia a également reçu trois avertissements du ministère de l’Information au cours de cette année. Régulièrement harcelé par les autorités, le journal d’opposition a, cette fois, été mis en garde en raison d’une série de récits de Illia Kopylau, parus en mars dernier. L’auteur y racontait son enfance pendant l’occupation nazie. Le ministère a déclaré que l’auteur discréditait les mouvements de guérilla soviétique et l’Armée rouge, et violait l’article 4 de la loi sur les médias, qui interdit la diffusion de fausses informations. Le 17 février dernier, des officiers de police ont fait irruption dans les locaux du journal, à Minsk, et ont saisi des ordinateurs. Quelques jours plus tard, la police a fouillé l’appartement de la rédactrice en chef adjointe et réquisitionné son ordinateur. Les journalistes de la rédaction sont depuis régulièrement interrogés dans le cadre d’une enquête, toujours en cours, sur des révélations au sujet de pratiques de corruption au sein de la police et des services de sécurité. Après trois années d’interdiction, Nasha Niva et NarodnaÏa Volia ont tous deux été réhabilités en 2008 dans le système de distribution, entièrement contrôlé par l’Etat. Cette réhabilitation a pu se faire grâce à un accord entre le Bélarus et l’Union européenne. Reporters sans frontières craint que ces différentes mises en garde ne préparent le terrain au gouvernement pour lui permettre d’interdire ces journaux au moment de la campagne pour la prochaine élection présidentielle.

Une nouvelle loi sur les médias qui facilite les pressions

Reporters sans frontières s’inquiète du monopole de l’Etat sur la presse bélarusse, renforcé par la nouvelle loi sur les médias, qui a pris effet le 2 février 2009. Depuis son adoption, les avertissements à l’encontre des journalistes free-lances, qui se retrouvent dans l’illégalité, sont fréquents. Pourtant, le Bélarus a ratifié l’accord international des droits civils et politiques, prenant ainsi l’obligation de garantir la liberté de rassembler, recevoir et communiquer des informations et des idées. Le 11 août dernier, la journaliste free-lance Tatsiana Boublikava a reçu un avertissement pour absence d’accréditation ou de contrat avec un média. Cet avertissement a été formulé suite à son article sur Belsat, une chaîne câblée, dont les journalistes sont régulièrement harcelés par les autorités en raison de leurs critiques à l’égard du gouvernement bélarusse. L’attention de Reporters sans frontières se porte également sur les pressions policières fréquentes contre les professionnels des médias bélarusses, facilitées par la nouvelle loi sur les médias qui interdit l’investigation sans accréditation ou contrat avec un média. D’après la BAJ (association des journalistes bélarusses, prix Sakharov en 2004 et partenaire de RSF), le 12 août dernier, des policiers en civil ont essayé d’empêcher des journalistes de filmer un flash mob, organisé par les activistes de la campagne « Dites la vérité », devant le ministère de l’Education. Zmicier Loukachouk, un journaliste de la Radio Européenne pour le Belarus a été contrôlé et bien que son accréditation lui en donnait le droit, les policiers lui ont interdit de se servir de sa caméra. Des journalistes de Nasha Niva et de Radio Liberty ont subi les mêmes entraves dans l’exercice de leurs fonctions.