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29 janvier 2016 - Mis à jour le 6 juin 2016

Présidentielle américaine: terrain miné pour les journalistes

Alors que les primaires de l’élection présidentielle débutent ce 1 février 2016 en Iowa, Reporters sans frontières (RSF) déplore la façon dont les journalistes sont traités par les principaux candidats, et en particulier par le candidat républicain Donald Trump en plein bras de fer avec la chaîne Fox News.

Donald Trump a refusé de participer au débat des candidats républicains qui a eu lieu jeudi soir sur Fox News . Motif? Megyn Kelly, l’une des modératrices du débat, serait malhonnête, partiale, et journaliste “de troisième zone”. Et le milliardaire d’ajouter sur Twitter que “le ‘débat’ ce soir (sans lui) sera un désastre total - une faible audience avec les pubs et les revenus publicitaires en chute libre.” Donald Trump harcèle depuis des mois la présentatrice de Fox News Megyn Kelly, avec notamment plusieurs re-tweets la traitant de bimbo. La journaliste n’est pas la seule cible de Trump sur le réseau social. Politico, par exemple, n’a pas été épargné: “Je me demande pourquoi personne ne fait rien concernant les clowns @politico et leurs reportages totalement malhonnêtes.” Depuis son entrée dans la campagne, Donald Trump enregistre un nombre record de restrictions imposées à la presse. Le 15 janvier, son équipe de campagne a empêché un journaliste du New York Times de couvrir un évènement en Iowa. En août 2015 Donald Trump avait éjecté le présentateur d’Univision Jorge Ramos d’une conférence de presse avant de lui permettre de rentrer à nouveau dans la salle pour poser des questions. Outre cette chaîne, Fusion, The Des Moines Register, The Huffington Post, et Buzzfeed ont tous vu leur accès restreint au cours des sept derniers mois. Lors des rassemblements publiques, les candidats ont pris l’habitude de placer les journalistes dans une zone limitée, appelée “press pen”. Souvent encadrés par les services secrets, les journalistes ont alors beaucoup de difficulté à discuter avec le public des meetings politiques. Donald Trump est allé encore plus loin en imposant une escorte aux journalistes qui se rendent aux toilettes. “La politique de la carotte et du bâton utilisée par les candidats envers les journalistes est inquiétante au pays du premier amendement,” dit Delphine Halgand, directrice de Reporters sans frontières aux États-Unis. “Dans une démocratie, les personnalités politiques et les candidats aux élections présidentielles ne devraient pas se permettre de décider de ce qui est du bon ou du mauvais journalisme. Le combat de Donald Trump a couteaux tirés avec les médias a atteint un niveau dangereux pour la liberté de la presse.” D’un point de vue historique, de telles restrictions à la liberté de la presse émanent à la fois des Démocrates et des Républicains. L’attitude de Trump envers les journalistes qui lui semblent hostiles rappelle celle de l’ancien président Richard Nixon. En son temps, ce dernier tenait une liste documentée d’”ennemis politiques,” parmi lesquels figuraient de nombreux journalistes. La campagne d’Hillary ClintonLes méthodes d’Hillary Clinton vis à vis des journalistes sont parfois du même acabit que celles de Trump, notamment avec la presse étrangère . En juin, elle a refusé l’accès à un journaliste du Daily Mailpendant un évènement dans le New Hampshire. Les journalistes ont regretté que son équipe de campagne refuse de communiquer les sources d’informations de base. Le Huffington Post a décrit “les tensions de longue date entre le staff Clinton et la presse”, mais a noté en janvier qu’aucun incident ne s’est produit ces six derniers mois. De telles restrictions ne sont malheureusement l’apanage des candidats: les journalistes américains critiquent régulièrement l’absence de transparence de l’administration et une attitude hostile à l’égard des journalistes au cours des mandats de Barack Obama. Ces évènements marquent une tendance alarmante d’entraves à la liberté de la presse aux États-Unis. Depuis 2013, le positionnement des États-Unis dans leclassement mondial de RSF a chuté de 14 places. Le pays est désormais classé 49ème sur 180.