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13 octobre 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Pour les Taliban et le groupe Etat islamique, les médias sont des “cibles militaires”


Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement les récentes attaques et menaces des groupes armés contre les médias en Afghanistan.
Le 10 octobre 2015, les bureaux de deux radios, Killid et Safa, dans la ville de Jalalabad (province de Nangarhâr) ont été attaqués à la bombe par le groupe Etat islamique (EI). Deux jours plus tard, les Taliban qualifiaient de “cibles militaires” les deux plus grandes chaînes privées du pays, Tolo TV et la chaîne 1 TV. Dans un communiqué signé par la « Commission militaire de l'Émirat islamique d'Afghanistan », et publié le 12 octobre 2015, les Taliban ont déclaré que « désormais, Tolo TV et la 1TV sont considérées par nous comme des cibles militaires et non plus des médias ». Et de préciser que “Rien n’est à l’abri de nos attaques, ni le personnel (présentateur, reporters, équipes….) ni les bâtiments eux-mêmes.” Cette position radicale se baserait sur le fait que ces deux chaînes ont transmis des informations sur les exactions commises par les Taliban dans la ville de Koundouz le 28 septembre dernier , et durant les trois jours pendant lesquels ils ont occupé la ville. Les médias, et notamment Tolo TV et 1TV, ont aussi relayé des informations sur des pillages et des viols commis. Des informations confirmées par plusieurs sources, notamment les Nations unies et des ONG internationales. Dans le même temps, plus d’une vingtaine de journalistes ont été contraints de fuir la ville et 12 médias locaux ont été détruits. “ Nous mettons en garde une fois de plus toutes les parties – Etat comme acteurs non étatiques – impliquées dans le conflit et nous les rappelons à leurs obligations en matière de protection des journalistes. Les attaques contre des cibles civiles, parmi lesquelles les médias et les journalistes, constituent des crimes de guerre, déclare Reza Moini, responsable du bureau Afghanistan de RSF. Désormais, nous demandons des comptes à leurs délégations à l’étranger et notamment au bureau de représentation des Taliban à Doha pour chaque attaque des Taliban contre les journalistes et les médias. Les pays d'accueil ou en relation avec ces délégations doivent condamner fermement cette déclaration et utiliser tous les moyens pour empêcher les actes criminels des Taliban contre les journalistes et les médias, il en va de leurs responsabilités.” En outre, dans la soirée du 10 au 11 octobre 2015, la porte et une partie du mur du bâtiment qui abrite le bureau régional de la radio Killid et de la radio locale Safa, à Jalalabad (province de Nangarhâr), ont été détruites par l’explosion d'une bombe artisanale. L’équipement n'a pas été endommagé et les deux radios ont poursuivi leurs activités. Contacté par RSF, Najiba Ayubi, la directrice du Killid Group, confirme que “ avant cette attaque, la radio a été harcelée sous forme d’appels téléphoniques répétés, pour qu’elle publie des informations sur les activités du groupe EI” , tandis que Ferdos Hazrati, le directeur de la radio Safa, déclare : “Jamais il n'y avait eu ce genre de menaces contre notre radio.” Un responsable local de la sécurité nationale, basé dans la province de Nangarhâr, qui a préféré rester anonyme, nous a confié : “ Daesh a commencé à faire pression sur les médias pour qu'ils couvrent ses activités dans la région. Juste après cette attaque, certains médias ont reçu un appel de la part d’une personne se disant porte-parole de Daesh, et indiquant qu’il s’agissait d’un avertissement. “ “Les médias ne peuvent pas publier d'informations invérifiables, de même qu’on ne peut pas menacer et encore moins s’en prendre aux médias. La destruction des médias indépendants n'est bonne pour personne”, a rappelé Najiba Ayubi. C'est la deuxième attaque revendiquée par l’EI dans la ville de Jalalabad contre des médias. Le 12 juin dernier, les bureaux régionaux de l’agence de presse indépendante afghane Pajhwok et de la radio publique américaine Voice of America (VOA) ont été attaqués. Deux journalistes de VOA ont été blessés.