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25 novembre 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Place Tahrir: “Sans cesser de couvrir la situation, les rédactions doivent se soucier en priorité de la sécurité de leurs journalistes”


“Nous appelons les rédactions à la prudence et à se soucier en priorité de la sécurité de leurs envoyés spéciaux et de leurs correspondants. Il est plus dangereux pour une femme que pour un homme de couvrir les événements de la place Tahrir. C'est une réalité à laquelle les rédactions doivent faire face. C'est la première fois que des agressions sexuelles répétées sont commises dans un même lieu contre des femmes journalistes. Les rédactions doivent se poser la question lorsqu'elles envoient des équipes sur place et prendre des mesures de protection particulières", a déclaré Reporters sans frontières.

"Il n'est pas question de renoncer et de cesser de couvrir la situation en Egypte, mais il faut s'adapter aux menaces actuelles. Les femmes reporters qui se rendent sur la place Tahrir doivent avoir conscience de cette situation", a ajouté l'organisation.

Jeudi 24 novembre 2011 - Caroline Sinz, journaliste de la chaîne France 3, se trouvait place Tahrir avec son cameraman Salah Agrabi, quand ils ont commencé à être pris à partie dans une rue menant de la place Tahrir au ministère de l'Intérieur, indique l’Agence France-Presse.

"Nous étions en train de filmer dans la rue Mohamed Mahmoud quand nous avons été assaillis par des jeunes de quatorze ou quinze ans", a-t-elle raconté à l’AFP, en faisant état "d'attouchements". La journaliste et son cameraman ont ensuite été entraînés manu militari par un groupe d'hommes vers la place Tahrir et se sont retrouvés séparés.

"Nous avons alors été agressés par une foule d'hommes. J'ai été tabassée par une meute de jeunes et d'adultes qui ont arraché mes vêtements" et qui ont procédé à des attouchements répondant "à la définition du viol", a-t-elle poursuivi.

"Quelques personnes ont essayé de venir m'aider sans y parvenir. J'étais lynchée. Cela a duré environ trois quarts d'heure jusqu'à ce qu'on puisse m'extraire. J'ai cru que j'allais mourir", a-t-elle dit, en ajoutant que le cameraman avait aussi été "tabassé".

Secourue par des Egyptiens présents sur les lieux, elle a pu rejoindre son hôtel, où elle a été assistée par l'ambassade de France au Caire avant de consulter un médecin.

Le 11 février dernier, jour de la chute d’Hosni Moubarak, Lara Logan, journaliste de la chaîne américaine CBS, avait déjà été victime d’une agression sexuelle dans le secteur de la place Tahrir.

Par ailleurs, Reporters sans frontières rappelle que l’éditorialiste égypto-américaine Mona Al-Tahtawy, arrêtée dans la nuit du 23 au 24 novembre 2011, à proximité de la rue Mohamed Mahmoud (près de la place Tahrir) témoigne, sur son profil Twitter, avoir été agressée sexuellement par des policiers avant d’être relâchée douze heures plus tard (http://fr.rsf.org/egypte-multiplication-des-agressions-de-23-11-2011,41438.html).

Photo: Gaël FAVARI