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7 janvier 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Peu après sa libération, décès du cyberdissident Li Hong dont l’état de santé s’était fortement dégradé en détention


Le cyber-dissident Zhang Jianhong, connu sous le nom de Li Hong, est décédé le 31 décembre, à l’hôpital de Ningbo, dans la province du Zejiang, en présence de policiers empêchant d’autres dissidents de se rendre à son chevet. Il a succombé des suites d’une maladie qui n’a jamais été traitée durant ses trois ans d’emprisonnement. Il avait 52 ans. Li Hong souffrait d’une dystrophie musculaire sévère et d’une sclérose latérale amyotrophique (SLA / Maladie de Charcot) qui engendrent un affaiblissement progressif des muscles. Sa santé s’était détériorée au cours de sa dernière année de détention, en l’absence de traitement permettant d’enrayer les effets de la maladie et d’améliorer la qualité de vie du patient. Reporters sans frontières considère les autorités comme responsables de la conclusion tragique de son combat contre la maladie. Ces trois ans de détention, effectués dans des conditions précaires, sans accès aux soins, rythmés par de probables actes de maltraitance, ont indéniablement contribué à affaiblir Li Hong. L’organisation rappelle le refus des autorités, en 2007 puis en 2008, d’accorder une libération anticipée pour raison médicale à Li Hong. Dès 2007, Reporters sans frontières s’inquiétait pour son état de santé et avait demandé sa libération voir l'article). Arrêté en 2006 et condamné en 2007 à six ans de prison pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat » (voir l'article), Li Hong avait dû être admis d’urgence à l’hôpital Hangzhou Quingchun, centre médical de la prison, en avril 2010. Il avait finalement été libéré à la hâte, en juin 2010, pour « raison médicale » et immédiatement envoyé à l’hôpital de Ningbo. Une décision prise dans la précipitation, alors que le Net-citoyen n’était plus maintenu en vie que par un respirateur artificiel. De nombreux dissidents avaient souhaité lui rendre visite à Ningbo. La police avait alors accentué sa surveillance, et les avait avertis de « ne pas prendre le risque » de se déplacer. Suite au décès du cyberdissident, les autorités auraient interdit aux opposants du régime et aux proches de Li Hong de se rendre à Ningbo pendant les trois prochains jours et de les auraient incités à garder la mort du net-citoyen secrète. La nouvelle de son décès s’est cependant rapidement propagée sur Internet. Li Hong était le rédacteur un chef du magasine littéraire http://www.aiqinhai.org/, fermé en 2006 par les autorités pour avoir diffusé du « contenu critique envers le gouvernement chinois ». Il y publiait de nombreux articles, certains soutenant notamment l’avocat chinois Gao Zhisheng, aujourd’hui porté disparu, après que les autorités ont déclaré l’avoir libéré de prison (voir l'article). Il écrivait également pour le site d’informations Boxun et La Grande Epoque. Reporters sans frontières demande aux autorités chinoises de tirer les leçons de cette fin tragique et de procéder immédiatement à la libération des dissidents malades, en particulier de Huang Qi, Fan Yanqiong, Cheng Jianping, Hu Jia et Yang Tianshui. Huang Qi a été arrêté en 2008 pour avoir dénoncé sur Internet les conséquences du tremblement de terre dans la province du Sichuan. En 2009, il a été condamné à trois ans de prison pour “possession illégale de secrets d’Etat”. Il serait actuellement atteint de d’une tumeur à l’estomac et à la poitrine. Il ne recevrait pas les traitements adéquats. Il aurait été torturé et privé de sommeil. Cheng Jianping a été condamnée, le 15 novembre 2010, à un an de rééducation par le travail dans un camp pour un tweet ironique sur les tensions entre la Chine et le Japon, alors qu’elle souffrirait d’une maladie chronique des poumons, la pleurésie tuberculeuse. La net-citoyenne Fan Yanqiong, arrêtée en 2009, a été condamnée en avril 2010 à deux ans de prison ferme pour avoir rapporté l’affaire d’une femme violée et tuée dans la province du Fujian. Au moment de son jugement, elle ne pouvait déjà plus se déplacer sans un fauteuil roulant et un masque à oxygène, souffrant d’hypertension artérielle, d’atrophie musculaire et de douleurs terribles dans tous les membres. Le blogueur et militant des droits de l’homme Hu Jia a écopé, en 2008, d’une peine de trois ans de prison pour “incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat" pour des articles publiés en ligne et des interviews accordées à des médias étrangers. Il est atteint d’une maladie du foie et ne dispose pas des médicaments dont il a besoin. Le cyberdissident Yang Tianshui a été condamné, quant à lui, en 2006, à 12 ans de prison pour ses articles engagés publiés sur le web. Lors de sa détention, il a contracté la tuberculose. Il souffre également d’une arthrite sévère, d’insuffisance rénale chronique et d’hypertension. En Chine, la censure ne s’arrête avec la mort de la personne incriminée. Les cendres du journaliste et écrivain chinois Liu Binyan, mort en exil aux Etats-Unis en 2005, ont enfin été rendues à sa famille. Cependant, les autorités ont interdit à ses proches d’inscrire sur sa pierre tombale l’épitaphe qu’il avait rédigée : « L’homme chinois qui repose ici a fait ce qu’il devait faire et dit ce qu’il devait dire ». Liu Binyan dénonçait notamment la corruption et le massacre de Tiananmen de juin 1989.