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26 mai 2005 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Perquisition au siège du Corriere della Sera : le principe du secret des sources bafoué


Reporters sans frontières exprime sa solidarité à l'égard de la rédaction du Corriere della Sera, alors que la brigade financière a perquisitionné le quotidien milanais le 25 mai. « Nous apppelons les autorités judiciaires italiennes à respecter le principe du secret des sources garanti par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme » , a déclaré l'organisation. Lire en italien
Lire en italien « Nous sommes choqués par cette nouvelle atteinte au droit à la protection des sources dans un pays européen et nous appelons les autorités judiciaires à respecter ce principe qui est garanti par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le respect du secret des sources ne peut souffrir aucune exception, au même titre, d'ailleurs, que celui du secret de l'instruction. Nous tenons à exprimer notre solidarité à l'ensemble de la rédaction du Corriere della Sera et nous lui apportons notre soutien inconditionnel, alors que les autorités judiciaires font pression sur la rédaction afin qu'elle dévoile ses sources.» L'affaire a débuté le 25 mai, lors de la publication en une du quotidien milanais Corriere della Sera, d'un article intitulé « Irak, le pistolet italien de la guérilla. Le mystère du fantôme Beretta ». Le même jour, en fin de matinée, le ministère public a entendu pendant plus d'une heure l'auteur de l'article, Nunzia Vallini, ainsi que Gianluca Di Feo, rédacteur en chef de Corriere della Sera. La brigade financière de Milan s'est ensuite présentée à 20h30 au siège du quotidien, en compagnie d'un magistrat muni d'un mandat de perquisition, signé par Giancarlo Tarquini, procureur de la République de Brescia. Ils ont procédé à l'inspection des ordinateurs, des bureaux et des documents des journalistes de la rubrique Faits-Divers du quotidien. Cette perquisition visait à déterminer les sources de la journaliste lui ayant fourni les informations mentionnées dans son article et à identifier d'éventelles « fuites », dans le cadre de l'instruction menée par les procureurs de Brescia sur le dossier Beretta. Selon la journaliste, ces derniers, grâce à des informations fournies par les services secrets américains, enquêteraient sur l'utilisation d'armes semi-automatiques de type Beretta, sans numéros de série ou dont les numéros sont illisibles. Les membres de la guérilla se seraient servis de ces armes pour combattre les forces de la coalition en Irak. La journaliste révèle que l'entreprise italienne qui fabrique les pistolets Beretta aurait passé des contrats, dans les années 80, afin de fournir à l'Irak les vieux modèles 70 et 51. Ceux qui auraient été découverts par les forces américaines seraient toutefois d'un modèle plus récent : le 92. L'article cite les services secrets américains selon lesquels des membres d'Al-Qaida auraient été arrêtés en possession de ces Beretta 92 dont 4 000 auraient été découverts dans les palais de Saddam Hussein, à la suite de l'intervention américaine en Irak. L'article précise que ces pistolets Beretta 92 pourraient avoir été produits dans d'autres pays que l'Italie, notamment au Brésil, en Chine ou aux Etats-Unis. « Il s'agit d'une odieuse gesticulation judiciaire qui est contraire à la libre pratique du journalisme », a déclaré la rédaction du Corriere della Sera, dans un communiqué publié dans l'édition du 26 mai.