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27 février 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Passée pour morte pendant un mois, une journaliste raconte son calvaire


Début janvier 2013, la journaliste de Radio Be Oko, Elisabeth Blanche Olofio, était attaquée par la coalition Séléka lors de l'occupation par les rebelles de la ville de Bambari (Centre). Le 7 janvier, l'Association des radios communautaires de République centrafricaine (ARC) publiait un communiqué de presse annonçant la mort de la journaliste. Cette information avait été confirmée par au moins une autre source, et Reporters sans frontières s'en était fait l'écho.

Le 24 février 2013, l'ARC a apporté un démenti à ces informations. Reporters sans frontières est soulagée d'apprendre que la jeune femme est en vie et qu'elle se trouve aujourd'hui dans la capitale, Bangui. Elle souffre de graves séquelles consécutives aux traumatismes qu'elle a vécu, et a raconté son calvaire à l'Association des radios communautaires.

Le 4 janvier, selon l'ARC, des membres de la coalition Séléka ont pillé et entièrement dévasté l'habitation de la journaliste à qui ils reprochaient "d'avoir la langue bien tranchante". Evacuée de son quartier lors de ces destructions, la journaliste a, dès son retour, confronté les pillards avec l'aide de son voisinage. En guise de représailles, un groupe d'une trentaine de rebelles de la coalition Séléka a encerclé la maison, puis passé à tabac les personnes présentes, faisant ainsi de nombreux blessés. Frappée à la tête, Elisabeth Blanche Olofio a perdu connaissance pendant l'affrontement et a été transportée à la campagne pour bénéficier de soins traditionnels.

Suite à l'annonce de la mort de la journaliste, le 7 janvier 2013, des proches et des représentants d'organisations non gouvernementales s'étaient rendus dans la localité agricole pour assister à son enterrement. En la découvrant vivante mais blessée, le groupe a convaincu la journaliste de se faire hospitaliser en ville.

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10.01.2013 - Radios communautaires saccagées, une journaliste tuée

Reporters sans frontières observe avec une profonde inquiétude la multiplication des actes de violence à l'encontre des médias et des journalistes en République centrafricaine, depuis que le pays est en proie à un mouvement de rébellion qui menace le pouvoir central du président François Bozizé.

Depuis le mois de décembre 2012, les radios communautaires, sources d'information pour de nombreux Centrafricains, sont particulièrement touchées. L'organisation a appris que des équipements avaient été pillés ou emportés, comme ceux de Radio Be Oko à Bambari (Centre) et de Radio Kaga à Kaga Bandoro (Centre). Elisabeth Blanche Olofio, une journaliste de Radio Be Oko, a été tuée lors de l'attaque de sa station par les rebelles, tandis qu'on reste sans nouvelle de ses collègues.

Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, d'autres journalistes ont été brutalisés ou vivent sous la menace.

"A la fois victimes de l'agressivité des rebelles mais aussi d'actes de pillage commis par des populations locales profitant du désordre, plusieurs radios communautaires ne sont plus en état de fonctionner. Bien que politiquement neutres, nombreuses sont les stations qui ont été contraintes d'interrompre leurs émissions, soit parce qu'elles n'ont plus les moyens matériels de les poursuivre, soit par crainte pour la sécurité de leur personnel", a déclaré Reporters sans frontières.

"En période de troubles, réduire au silence les journalistes met en danger la population en la privant d'informations cruciales. Il est impératif pour la sortie de crise que ces exactions cessent", a ajouté l'organisation.

Outre le drame traversé par Radio Be Oko, la station Radio Magbadja à Alindao (Centre), récemment installée par les équipes de Radio France Internationale (RFI), a été entièrement pillée par la coalition rebelle Séléka. L'Association des radios communautaires de Centrafrique (ARC) signale que huit radios sont particulièrement en difficulté :
- Radio Yata à Birao
- Radio Barangbaké à Bria
- Radio Linga FM à Bambari
- Radio Be Oko à Bambari
- Radio Kaga à Kaga Bandoro
- Radio ICDI à Boali
- Radio Magbadja à Alindao
- Radio Mbari à Bangassou.

La République centrafricaine se situait en 2011-2012 à la 62e place, sur 179 pays, dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Le faible taux d'alphabétisation fait de la radio l'un des principaux vecteurs d'information, même si la répartition géographique des stations est très inégale.

Plus d'informations sur le paysage médiatique et la liberté de l'information en République centrafricaine.

Photo : des rebelles de la coalition Séléka (Michel Sardou / FOMAC / AFP)