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2 juillet 2021 - Mis à jour le 5 juillet 2021

Palestine : au moins 35 journalistes victimes de violences lors des manifestations

Plusieurs reporters ont été violemment ciblés par les forces de sécurité palestiniennes, lors des manifestations contre l’assassinat d’une figure critique du président Mahmoud Abbas. Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement ces violences et appelle les autorités à ne tolérer aucune atteinte à la liberté d’informer des journalistes.

C’est une répression systématique. En une semaine, au moins 35 journalistes ont été victimes de violences de la part des forces de sécurité palestiniennes alors qu’ils couvraient les manifestations pour dénoncer la mort du militant Nizar Banat. Ce défenseur des droits humains, connu pour ses vidéos postées sur les réseaux sociaux critiquant notamment l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, est décédé, le 24 juin, alors qu’il était détenu par les autorités. Un drame qui a suscité une vague d’indignation en Cisjordanie. 


Depuis, plusieurs manifestations ont été émaillées de heurts entre protestataires et forces de l’ordre et de nombreux journalistes ont rapporté avoir été victimes de violences. Menaces, courses poursuites, destruction de matériel, lancers de pierres, tirs de gaz lacrymogènes… Les attaques prennent de multiples formes et proviennent majoritairement d’hommes en civil, qui agissent en toute impunité grâce à l’inaction, si ce n’est la participation des forces de l’ordre. Face à ces violences, une cinquantaine de journalistes a d’ailleurs appelé, lundi 28 juin, l’Onu à “prendre des mesures nécessaires et immédiates pour [les] protéger” alors qu’une nouvelle journée de protestation est prévue samedi 3 juillet en Cisjordanie. 


RSF condamne avec la plus grande fermeté les actes de répression violente commis à l'égard des journalistes, dont le caractère systématique ne fait aucun doute, dénonce la responsable du bureau Moyen-Orient de RSF, Sabrina Bennoui. Les témoignages édifiants montrent que tous les coups sont permis pour empêcher les journalistes de travailler. Il est intolérable que des professionnels des médias se retrouvent délibérément visés et assaillis de toutes parts comme ils l’ont ainsi été. RSF appelle les autorités à ne tolérer aucune atteinte à la liberté d'informer des journalistes."


Les femmes journalistes ont particulièrement été ciblées par ces violences. Contactée par RSF, la journaliste indépendante Saja Elmi explique : “Jeudi, nous ne portions pas de gilet ‘presse’, nous ne sentions pas que nous avions besoin d'une armure au milieu de la ville et ne nous attendions pas à la répression, mais samedi je le portais avec un masque à gaz". 


De son côté, la correspondante pour Middle East Eye, Shatha Hammad, est formelle : un membre des forces de l’ordre a tiré sciemment une grenade assourdissante dans sa direction. Elle a ensuite été transportée à l'hôpital en raison de saignements importants. Sa consoeur Najlaa Zeitoun, employée par Quds News Network, explique avoir été frappée, avoir reçu des menaces de viol et avoir été l’objet d’insultes sexistes. Lorsqu’elle a signalé qu’elle était journaliste, l’agresseur lui a répondu : “Je m’en fiche”.


La reporter de Filistin Time, Sarah Al-Rifai, raconte quant à elle qu’un policier lui a intimé l’ordre de cesser de filmer puis l’a violemment saisie par la manche avant qu’un collègue ne s’interpose pour la défendre. Quant à Fayhaa Khanfar (J-Media), elle raconte qu’un individu en civil lui a arraché son téléphone avant qu’un autre ne la pousse violemment au sol. Après avoir repris connaissance, la reporter est allée trouver secours auprès d’un agent des forces de l’ordre. “Ne t’en occupe pas”, lui a soufflé son collègue. 


Plusieurs journalistes attestent également être désormais la cible de campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux. C’est le cas de la journaliste indépendante Faten Alwan. Contactée par RSF, elle explique qu’elle figure sur une “liste de la honte” aux côtés d’autres journalistes et qu’elle a été accusée d'être un agent américain.


La Palestine occupe la 132e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.