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12 mars 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Ouzbékistan


Lancement d’un réseau social national, renforcement de la censure et de la surveillance, engagement de façade en faveur des libertés... Le régime tente d’encadrer les internautes pour contrer les effets du printemps arabe. Et mène l’offensive pour exporter son modèle sur le plan international.

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Le cynisme de la rhétorique officielle

A l’occasion de la Journée des Collaborateurs des médias, le 27 juin 2011, le président Karimov a affirmé que le gouvernement “soutient totalement le désir de ses concitoyens d’utiliser le Web”. “Nous n’acceptons absolument pas la mise en place de murs, de limitations dans le monde de l’information, qui conduisent à l’isolation”, a-t-il déclaré, avant de dénoncer les “forces destructrices” qui “tendent à manipuler les jeunes”.

La rhétorique officielle est d’un cynisme à toute épreuve : en réalité, l’Ouzbekistan est l’un des pays de la région les plus répressifs envers Internet (lire le chapitre Ouzbékistan dans le rapport 2011 sur les Ennemis d’Internet)

Le printemps arabe, nouveau bouc émissaire des censeurs

La censure et la surveillance en ligne se sont renforcées en 2011, en réaction au printemps arabe. Premier rouage : renforcement du filtrage.
- le site de l’Institute for War and Peace Reporting (IWPR) et celui du magazine d’investigation russe Russky Reporter, parmi les dernières sources d’information indépendantes encore accessibles dans le pays, ont été rendus inaccessibles.
- le 9 août 2011, à la veille du “Festival d’Internet du domaine national UZ”, consacré au 20e anniversaire de l’indépendence de l’Ouzbékistan, plus d’une cinquantaine de sites majeurs, notamment des portails d’information étrangers comme ceux du New York Times, Reuters, Bloomberg, Lenta.ru, mais aussi le moteur de recherche Google, le site de Reporters sans frontières, etc., ont été bloqués pendant plusieurs jours.
- les forums de discussion ouzbeks sur les événements en Egypte, en Tunisie ou au Bahreïn, comme arbuz.com, ont été rendus inaccessibles, des contributeurs arrêtés.
- les articles ou informations liés aux manifestations et aux mouvements de contestation sont bloqués, notamment la controverse autour des résolutions des Nations Unies sur la Syrie. Le site de la BBC a été débloqué fin 2011, mais depuis la fin janvier 2012, des pages spécifiques traitant du printemps arabes sont bloquées.

Les autorités ont accentué la pression sur les intermédiaires techniques. Les fournisseurs d’accès à Internet et les opérateurs de téléphonie mobile sont désormais contraints de signaler les envois en masse de “contenu suspect” et de déconnecter leurs réseaux sur simple demande des autorités. L’objectif est clair : empêcher toute diffusion et rassemblement de masse.

Surveillance tous azimuts

Le dispositif de surveillance du Net, déjà très développé, s’est encore renforcé avec la création en août 2011 d’une “Commission d’experts sur l’information et les communications de masse”. Exclusivement composée de fonctionnaires d’Etat, cette nouvelle structure semble surtout destinée à analyser et interpréter les résultats du contrôle permanent opéré par le Centre de surveillance des communications de masse, de manière à en tirer des enseignements et des propositions de loi.

Des tentatives d’hameçonnage ont été détectées. Un site miroir du service en ouzbek de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), ozod.orca.uz, est suspecté d’avoir été mis en place pour récupérer les données personnelles des internautes qui consultent le site.

Le 1er septembre 2011, le régime a lancé un Facebook national, Muloqot (“Dialogue”), aux conditions d’utilisation drastiques. Certains observateurs y voient une tentative de limiter l’influence de Facebook, voire un prélude à son blocage. Le service ouzbèke de RFE/RL a réussi à s’enregistrer le jour du lancement de Muloqot et y à poster des contenus de RFE/RL via plusieurs profils. Ces profils ont été fermés dans le quart d’heure qui a suivi. Un autre profil créé par RFE/RL, qui avait posté des commentaires positifs sur la fille du président, Gulnara Karimova, n’avait, lui, pas été désactivé.

Deux militantes des droits de l’homme, Saida Kurbanova et Gulbahor Turaeva ont été harcelées et intimidées après avoir dénoncé en ligne, pour la première, les problèmes d’utilisation des cartes bancaires, pour la seconde, le triste sort des personnes âgés et les dysfonctionnements du dispositif de ramassage des ordures.

Entre réforme incertaine et exportation du modèle de contrôle

La réforme de la législation sur les médias est en cours. Derrière le discours officiel de soutien de la liberté des médias, elle laisse craindre un renforcement des obstacles à la circulation de l’information. En intégrant les nouvelles technologies, elle doit être, selon l’OSCE, l’occasion d’accroître la liberté des médias, et non de la restreindre.

L’Ouzbékistan exporte ses pratiques liberticides. Le pays s’est érigé, sur le plan international, en champion de la cause du renforcement du contrôle du Web. Non content de mettre en garde ses alliés de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) contre le “terrorisme” et la “contagion révolutionnaire” en ligne, Tachkent a aussi signé, avec la Chine et la Russie notamment, un code de bonne conduite sur Internet destiné à garantir la “cybersécurité”, qu’il souhaiterait faire adopter aux Nations unies.