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21 novembre 2017

Oğuz Güven condamné à trois ans de prison en Turquie : RSF dénonce “un sommet d’absurdité”

Crédit : YASIN AKGUL / AFP
Le 21 novembre 2017, un tribunal d’Istanbul a condamné le rédacteur en chef du site internet de Cumhuriyet, Oğuz Güven, à trois ans et un mois de prison pour “propagande terroriste”. Le journaliste a fait appel et reste pour l’heure en liberté conditionnelle.

“La justice turque atteint un nouveau sommet d’absurdité. Nous osons espérer qu’elle reviendra en appel sur cette condamnation”, réagit Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF.


Oğuz Güven a été jugé coupable de “propagande terroriste” au profit du mouvement Gülen, que les autorités accusent d’être le cerveau de la tentative de putsch de juillet 2016, et de la guérilla kurde du PKK. L’un des principaux éléments à charge était un tweet annonçant la mort d’un procureur dans un accident de voiture, supprimé au bout de 55 secondes. Arrêté en mai 2017, Oğuz Güven avait passé un mois en détention provisoire (voir ci-dessous) avant d’être libéré dans l’attente de son procès. Quatre autres collaborateurs de Cumhuriyet restent en prison à ce jour.



17.05.2017 - Oğuz Güven est le 12e collaborateur de Cumhuriyet jeté en prison


Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’acharnement des autorités turques contre les derniers médias critiques et réclame la libération immédiate du journaliste Oğuz Güven, incarcéré le 15 mai 2017 à Istanbul. Accusé de “propagande terroriste”, c’est le 12e collaborateur du quotidien d’opposition Cumhuriyet à être jeté en prison.


Le rédacteur en chef du site internet de Cumhuriyet, Oğuz Güven, a été placé en détention provisoire le 15 mai 2017 après trois jours de garde à vue. Il risque jusqu’à sept ans et demi de prison pour “propagande de l’organisation terroriste de Fethullah [Gülen]”, du nom du prédicateur en exil que les autorités turques désignent comme responsables de la tentative de putsch du 15 juillet 2016. Un chef d’accusation très lourd qui se fonde sur… un tweet posté sur le compte officiel de Cumhuriyet et supprimé après 55 secondes.


“Les accusations portées à l’encontre d’Oğuz Güven sont un tel sommet d’absurdité qu’il est difficile de ne pas y voir la volonté d’affaiblir encore un peu plus Cumhuriyet, dénonce Erol Önderoğlu, représentant de RSF en Turquie. Ce qui est en jeu est la survie des tout derniers médias indépendants. Les chefs d’Etat qui s’apprêtent à rencontrer le président Erdoğan lors du sommet de l’OTAN ne peuvent rester spectateurs de l’annihilation de la liberté de la presse en Turquie.”


Oğuz Güven est accusé d’être à l’origine d’un tweet controversé annonçant la mort du procureur de la province de Denizli (Ouest), Mustafa Alper, dans un accident de la route. Ce procureur était en charge d’un procès intenté contre des personnalités suspectées d’être impliquées dans le coup d’Etat manqué. “Le tweet a été supprimé après 55 secondes”, a fait valoir devant le juge le journaliste de 32 ans de carrière, qui invoque une “erreur”. “Nous avons aussi repris, dans un autre article, les réactions face à cette tragédie. Je rejette formellement les accusations portées à mon encontre”.


Oğuz Güven a été écroué à la prison de Metris, au centre-ville d’Istanbul. Si l’appel interjeté par ses avocats échoue à le faire libérer, le journaliste sera transféré vers la prison de Silivri, au nord d’Istanbul, où onze autres collaborateurs de Cumhuriyet sont détenus depuis des mois. “Il n’y a plus rien à faire face à cet état de décomposition [de la justice]”, a déclaré Oğuz Güven en quittant ses soutiens. La date de son procès n’a pas encore été fixée.


Cela fera 200 jours, le 18 mai, que dix journalistes et administrateurs de Cumhuriyet, dont le rédacteur en chef Murat Sabuncu, l’éditorialiste Kadri Gürsel et le dessinateur Musa Kart, sont derrière les barreaux à Silivri. A cette occasion, une manifestation de journalistes et de la société civile aura lieu devant le palais de justice de Çağlayan d’Istanbul à 11 heures. Le journaliste d’investigation Ahmet Şık, pourtant l’un des premiers à évoquer l’influence des cadres gülenistes au sein de l’appareil d’Etat, a été emprisonné à son tour en décembre 2016. Leur procès s’ouvrira le 24 juillet. En l’absence de réaction de la Cour constitutionnelle turque, ces journalistes attendent désormais que la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) se prononce rapidement sur leur détention.


Après la fermeture de plus de 150 médias depuis la tentative de putsch, Cumhuriyet est l’un des tout derniers titres critiques des autorités turques. Outre l’incarcération de ses collaborateurs, le quotidien est victime d’un étouffement économique concerté et d’une tentative de reprise en main de son comité de direction. L'ancien rédacteur en chef de Cumhuriyet, Can Dündar, exilé en Allemagne, est une des bêtes noires du président Recep Tayyip Erdoğan depuis qu’il a révélé, en 2015, que les services secrets turcs avaient fourni des armes à des groupes islamistes en Syrie. Il a créé en exil le site d’information Özgürüz (Nous sommes libres).


La Turquie occupe la 155e place sur 180 au Classement mondial 2017 de la liberté de la presse établi par RSF.