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5 novembre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Nouvelle vague d’atteintes à la liberté de l’information


Alors que le procès de l’ancien président Mohamed Morsi et des principaux dirigeants des Frères musulmans s’est ouvert le 4 novembre 2013, les acteurs de l’information en Egypte sont toujours victimes de nombreuses exactions, et la liberté d’information reste menacée. Procès devant des tribunaux militaires, arrestations arbitraires, mauvais traitements en détention, les autorités égyptiennes poursuivent leur politique répressive à l’égard des acteurs de l’information. Cette politique s’inscrit dans la continuité des pratiques à l’oeuvre depuis 2011. Les pouvoirs successifs mis en place depuis la chute d’Hosni Moubarak, que ce soit le Conseil suprême des forces armées, les Frères musulmans et aujourd’hui les autorités de transition sous la houlette du Général Al-Sissi, n’ont eu de cesse de vouloir s’en prendre aux professionnels des médias et de contrôler l’information. “Cette nouvelle vague d’atteintes à la liberté de l’information en Egypte est particulièrement inquiétante. La comparution de journalistes devant des tribunaux militaires constitue un danger pour la garantie des libertés fondamentales, tout comme leur condamnation à des peines de prison, quand bien même avec sursis. Sans compter la poursuite des arrestations arbitraires. Ces pratiques doivent cesser, et les journalistes toujours détenus en raison de leur activité professionnelle doivent être libérés immédiatement et sans condition,” a déclaré Reporters sans frontières. Cette nouvelle vague d’atteintes à la liberté de l’information vient contredire certaines décisions prises par le comité en charge de la rédaction de la nouvelle Constitution égyptienne qui a notamment voté un article interdisant la détention des professionnels de l’information en raison de leurs publications.

Deux journalistes jugés par des tribunaux militaires Le journaliste du quotidien égyptien Al-Watan Hatem Abou el-Nour a été condamné le 30 octobre 2013, à un an de prison par le Tribunal militaire du Caire. Arrêté le 25 août 2013, il est accusé de s’être fait passer pour un militaire lors d’entretiens téléphoniques avec différentes organisations non liées à l’armée pour obtenir des informations dans le cadre de ses investigations. Le journaliste freelance Mohamed Sabry a été condamné, le 3 novembre dernier, à six mois de prison avec sursis par un tribunal militaire à Ismaïlia. Il avait été arrêté le 4 janvier 2013 alors qu’il prenait des images de la zone militaire de Rafah, au nord du Sinaï. Il réalisait une enquête sur une décision des forces armées d’interdire l’achat de terres dans la zone transfrontalière. Le procès du journaliste - qui comparaissait libre - n’avait eu de cesse d’être reporté depuis le 9 janvier. De la même façon, le correspondant du quotidien égyptien Al-Masry Al-Youm, Ahmad Abu Deraa, a été condamné, le 5 octobre dernier, à six mois de prison avec sursis et à une amende de 200 livres égyptiennes (environ 30 dollars) par le tribunal militaire d’Ismaïlia. Le journaliste, qui avait écrit plusieurs articles sur les agissements de l’armée au Sinaï, avait été arrêté par les forces de l’ordre dans la ville d’El-Arich (nord Sinaï), le 4 septembre 2013, et maintenu en détention dans l’attente du verdict de son procès.

Arrestations et mauvais traitements Le correspondant de la chaîne MBC Masr Islam Fathi a quant à lui été arrêté à Al-Minya (245km au sud du Caire) le 31 octobre au soir, suite à une altercation avec un officier de police qui lui a interdit de filmer, bien qu’il ait présenté sa carte de journaliste. Détenu dans un commissariat de la ville, il a été torturé et battu à de nombreuses reprises par les officiers et les policiers présents, qui l’ont accusé de soutenir les Frères musulmans. Islam Fathi a été libéré le lendemain, après que les charges retenues contre lui (“attaque contre un officier de police”) aient été abandonnées. Il a dû être transporté à l’hôpital de l’université de Minya. Le correspondant d’Al-Madar à Ismaïlia, Mostafa Diab, a été arrêté le 27 octobre dans l’après-midi, alors qu’il couvrait une manifestation d’étudiants à l’Université du Canal de Suez. Il a été relâché 48 heures plus tard. D’après les informations collectées, il aurait été détenu pour avoir filmé les manifestations sans autorisation.

Plaintes déposées contre Bassem Youssef, son émission suspendue Des plaintes ont été déposées contre Bassem Youssef, présentateur du programme “Al-Barnameg” et humoriste de la chaîne CBC, suite à son émission du 25 octobre dans laquelle il se montrait critique aussi bien envers les Frères musulmans qu’envers le nouveau pouvoir en place, et se moquait du sentiment de ferveur populaire envers l’armée. Un certain nombre de téléspectateurs l’accuse d’“incitation au chaos”, de “menace à la sécurité nationale”, et d’”insulte à l’armée”. Quelques jours plus tard, CBC s’est distancée des prises de position de l’humoriste, avant de finalement suspendre l’émission le 1er novembre, juste avant le deuxième épisode de la saison, prévu le soir-même, officiellement pour non respect des clauses du contrat. “Les plaintes déposées à l’encontre de l’humoriste Bassem Youssef et la suspension de son émission sont particulièrement regrettables. La liberté de ton et la critique, notamment dans le cadre d’émissions humoristiques, doivent avoir leur place dans un pays qui aspire à la démocratie”, a déclaré Reporters sans frontières.