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6 mars 2012 - Mis à jour le 25 janvier 2016

Nominations pour le Prix du Net-citoyen 2012


Le 12 mars 2012 aura lieu la Journée mondiale contre la cyber-censure, une journée lancée par Reporters sans frontières en 2008, et destinée à mobiliser chacun en soutien à un seul Internet, libre et accessible à tous. La lutte pour la liberté d’expression sur Internet est plus que jamais essentielle. Le printemps arabe l'a clairement montré, en créant de nouveaux espaces d’échange d’idées, le Net est un vecteur de liberté. Dans les pays où les médias traditionnels sont sous la coupe du pouvoir, les seules informations indépendantes se retrouvent sur Internet, qui est devenu un forum de discussion, un refuge pour ceux qui souhaitent s’exprimer librement. Cependant, de plus en plus de gouvernements l’ont compris et réagissent en tentant de contrôler la Toile et de renforcer la surveillance des internautes. Les net-citoyens font les frais des représailles des autorités. Plus de 120 d’entre eux sont actuellement emprisonnés pour s’être exprimés librement en ligne, principalement en Chine, au Vietnam et en Iran. La Journée mondiale contre la cyber-censure leur rend hommage et relaie leur combat pour un Internet libre. Reporters sans frontières décernera le prix du Net-citoyen, avec le soutien de Google, le 12 mars 2012 à 18 heures, lors d’une cérémonie qui se tiendra à Paris. Ce prix récompense un internaute, blogueur ou cyberdissident qui s’est illustré par ses activités de défense de la liberté d’expression sur le Net. Le ou la lauréat(e) recevra une dotation de 2 500 €. En 2011, le prix avait été attribué aux blogueurs tunisiens du blog collectif indépendant Nawaat. Les nominés pour le Prix du Net-citoyen 2012 sont : LEONARDO SAKAMOTO, BRÉSIL Ce journaliste et docteur en sciences politiques a couvert la guerre d’indépendance du Timor Oriental ainsi que la guerre civile angolaise. Il a été professeur de journalisme et a travaillé dans divers médias. Sur son blog, il couvre les conflits environnementaux et sociaux, et s’intéresse notamment aux minorités indiennes ou à l’esclavage contemporain. Engagé pour la défense des communautés indigènes brésiliennes, encore trop peu représentées dans les médias et sur le Net, il s’est opposé à la construction du barrage hydraulique de Belo Monte qui prévoit l’immersion des territoires indiens et le déplacement de près de 25 000 indigènes. Il a également dénoncé les spoliations de terres ayant frappé le peuple Guarani, au profit de riches propriétaires agricoles. Leonardo Sakamoto est également coordinateur de l’ONG Reporter Brasil qu’il représente à la Commission nationale pour l’éradication du travail esclave (Conatrae). LES VILLAGEOIS DE WUKAN, CHINE Le village de Wukan (13 000 habitants), dans la province de Canton (sud), a été le théâtre d’une révolte particulièrement violente en décembre dernier. Les autorités locales ont violemment réprimé des manifestations contre les saisies de terre, et l’un des porte-paroles des villageois, Xue Jinbo, est décédé en garde à vue, le 11 décembre 2011. Ce décès a mis le feu aux poudres, et les villageois sont descendus par milliers dans les rues pour continuer de dénoncer les expropriations et réclamer une enquête impartiale sur ce décès. Dès lors, les autorités ont imposé un véritable blocus du village, tentant d’empêcher la diffusion d’informations relatives à ces événements sur le Web et les réseaux sociaux, utilisés par les habitants pour signaler le fait que leur village était encerclé par des policiers. Rien n’a été laissé au hasard : blocage du mot-clé “Wukan” sur Internet, “hot tweets” surveillés de près, censure sur les sites de micro-blogging Sina et Tencent Weibo de toutes les images et vidéos montrant des rassemblements de villageois. La révolte de Wukan n’est pas un cas isolé. Les autorités ont régulièrement étouffé des affaires de corruption locale en censurant les voix de protestation sur le Net, une attitude révélatrice de la nervosité du régime face aux répercussions du printemps arabe et du rôle de caisse de résonance joué par Internet et les réseaux sociaux. Mais les villageois de Wukan ont réussi à faire entendre leur colère et à mobiliser l’opinion publique grâce à Internet et en particulier au réseau social Weibo. Pékin a dû se résoudre à négocier avec eux. Lin Zulian, chef de file des insurgés, a été nommé chef du Parti communiste local, le 16 janvier 2012. MAIKEL NABIL SANAD, ÉGYPTE Premier prisonnier de conscience de l’Égypte post-révolutionnaire, le blogueur Maikel Nabil Sanad est devenu le symbole d’une ère post-Moubarak marquée par un renouveau de la répression. Le jeune homme, âgé de 26 ans, a dénoncé sur son blog les exactions commises par l’armée pendant les manifestations populaires du printemps 2011. Arrêté le 28 mars 2011, il a été jugé par une cour militaire et condamné en août à trois ans de prison pour “insulte à l’armée”, pour un article intitulé The army and the people wasn’t ever one hand. Il a boycotté les audiences de son procès inéquitable, et a entamé une grève de la faim pour dénoncer “une parodie de justice” et de mauvais traitements en détention, qu’il a également évoqués dans des articles écrits en prison. Sa sentence a été révisée en décembre, et réduite à deux ans. Le blogueur a finalement été gracié avec près de 2 000 autres détenus jugés par des cours martiales. À peine libéré, le 24 janvier 2012 au soir, il contestait à nouveau la légitimité des forces armées et critiquait leur bilan, à la veille du premier anniversaire de la révolution égyptienne. GRIGORY MELKONYANTS ET L’ÉQUIPE DE GOLOS, RUSSIE KartaNarusheniy.ru est une carte interactive des irrégularités lors des campagnes électorales. Née de l’initiative de l’ONG Golos (“Voix”), en partenariat avec le portail d’information Gazeta.ru, cette carte permet aux internautes de rapporter et de localiser les fraudes dont ils sont témoins dans le cadre du processus électoral, en postant des photos, des vidéos, ou des enregistrements audio. Initialement diffusée sur le site d’information Gazeta.ru, la carte a été retirée fin novembre, soit-disant pour libérer un espace publicitaire suite à l’afflux des annonceurs à l’approche des fêtes, selon la direction. Suite à cette censure, le rédacteur en chef adjoint de Gazeta.ru, Roman Badanine, avait quitté son poste, le 30 novembre 2011, en signe de protestation. À l’approche des élections législatives, les autorités ont probablement fait pression sur le site pour que cette carte, qui se couvrait chaque jour davantage de points rouges, soit escamotée. Les allégations de fraude électorale ont été niées en bloc par le Kremlin. Le projet a également été relayé par le portail d’information Slon et l’hebdomadaire The News Times. LES CENTRES DES MÉDIAS DES COMITÉS LOCAUX DE COORDINATION, SYRIE Ces centres des médias ont été mis en place par les comités locaux de coordination (Local Coordination Comittees of Syria, LCCSyria) pour rassembler et diffuser, en temps réel, informations et images sur la révolte syrienne et sa répression sur l'ensemble du territoire syrien. Composés pour la plupart de simples citoyens et militants des droits de l’homme, ils jouent, aux côtés d'autres groupes de journalistes citoyens, un rôle prépondérant dans la diffusion et la circulation d’une information de première main à l’échelle internationale, alors que les journalistes et blogueurs syriens sont arrêtés et menacés par le régime et les médias internationaux tenus à l’écart. Des mises à jour sont régulièrement publiées sur le site internet LCCSyria et via les réseaux sociaux. À travers cette nomination, Reporters sans frontières souhaite récompenser tous les cyber dissidents syriens qui se sont mobilisés pour documenter la tragédie se déroulant dans le pays, malgré les risques. PAULUS LÊ VAN SON, VIETNAM Paulus Lê Van Son est un blogueur vietnamien âgé de 26 ans. Il couvre l’actualité sociale et politique de son pays, et notamment les questions religieuses et les droits de l’homme. Plus récemment, il avait rapporté les manifestations anti-chinoises et les violences policières, avant d’être arrêté le 3 août 2011, à Hanoï. La veille de son arrestation brutale, le blogueur s’était rendu au procès d’un autre net-citoyen Cu Huy Ha Vu, procès dont il avait couvert la première instance, en avril dernier, date à laquelle il s’était déjà fait violemment arrêté. Il est également collaborateur du blog collectif Baokhongle et du journal Vietnam Redemptorist News, pour lequel il a organisé des ateliers et des formations pour blogueurs. Il est actuellement détenu à la prison B14 de Hanoï, et a été inculpé pour « avoir mené des activités en vue de renverser le gouvernement », en vertu de l’article 79 du code pénal. Comme lui, 22 autres net-citoyens sont actuellement emprisonnées au Vietnam, pour avoir exprimé leur opinion en ligne.