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19 décembre 2017 - Mis à jour le 20 décembre 2017

Népal : des élections marquées par de nombreuses atteintes à la liberté de la presse

Un officier de police surveille l’accès à une salle de dépouillement de Katmandou (photo : Prakash Mathema / AFP).
De graves violations de la liberté de la presse ont été constatées durant les différentes élections qu’a connues le Népal entre mai et décembre 2017. Reporters sans frontières (RSF) appelle à la libération des journalistes encore emprisonnés, et encourage les autorités nouvellement élues à placer le respect de la liberté de la presse au cœur de ses préoccupations.

Cela faisait près de vingt ans que le Népal n’avait connu de scrutin régulier. Avec l’élection de 753 conseils locaux, de sept assemblées provinciales et du parlement national, 2017 a été une année cruciale pour cette démocratie renaissante. Sauf que de nombreuses violations de la liberté de la presse ont été constatées. A commencer par les arrestations de journalistes.


Le 21 novembre, cinq jours avant la première phase du scrutin législatif, le reporter Prakash Dumre, du Garjan Post Weekly, est interpellé par la police, sans qu’aucun mandat ne soit présenté. Avant lui, pas moins de huit autres journalistes ont été arrêtés entre le 13 et le 20 novembre, puis placés en détention provisoire. Certains ont été relâchés rapidement, puis arrêtés à nouveau, puis relâchés.


Dumre a été libéré le 17 décembre. Dipesh Shahi, du Madhyanha Daily, qui est ressorti après 24 jours de prison, est actuellement traité à l’hôpital pour les tortures qu’il aurait subies en détention. D’autres journalistes, comme Sudarshan Raj Pandey, de l’Utthan weekly, sont toujours derrière les barreaux.


“RSF exige la libération immédiate des journalistes emprisonnés sans mandat d’arrêt, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Avec la dizaine de journalistes arrêtés lors des élections locales au printemps, on compte au moins vingt reporters interpellés par la police alors qu’ils essayaient de couvrir les élections.


Les préoccupations de sécurité, mises en avant par le ministère de l’Intérieur, ne sauraient suffire à légitimer ces interpellations de journalistes reconnus par leur profession. Maintenant que le scrutin est passé, le nouveau gouvernement doit montrer des signes concrets de sa volonté de défendre la liberté de la presse.”


Attaques physiques


Au-delà des intimidations policières, plusieurs journalistes ont fait l’objet d’attaques physiques. Le 25 novembre, la veille du premier tour du scrutin national, le journaliste Dinesh Thapa, correspondant du site onlinekhabar.com, a été attaqué à son domicile par un groupe d’individus menés par le responsable local du Parti du Congrès, jusque-là au pouvoir. Il a été blessé à la poitrine et au dos.


Une semaine plus tôt, c’est le reporter Naveen Lamichhane, qui travaille notamment pour la National News Agency et Janata Television, qui a été molesté par un groupe de militants alors qu’il couvrait un meeting politique à Manang, au centre-nord du pays. Au total, près d’une quinzaine de journalistes qui couvraient les élections ont été attaqués ou malmenés physiquement, notamment par des agents de police.


Menaces de mort


A ces intimidations directes faut-il ajouter une recrudescence des menaces. Pressions de la part des autorités, lettres, coups de téléphone… Un pic a été atteint avec les menaces de mort proférés par un certain Basant Karki, un internaute qui agirait depuis le Canada pour condamner les femmes journalistes qui osent couvrir les élections : “Ces journalistes qui publient des articles sur les élections doivent être arrêtées. [...] Faîtes bien attention, car le sort de la journaliste abattue Uma Singh pourrait bien se répéter.”


Relayé sur les réseaux sociaux, ce message, qui fait référence à l’assassinat sauvage d’une journaliste népalaise en 2009, a notamment été adressé à la reporter Sushma Paudel, qui couvrait les élections locales dans la ville de Pokhara, au centre du pays, pour l’Adarsha Samaj Daily.


Journalistes interdits


Enfin, de nombreux journalistes se sont vus refuser l’accès aux bureaux de vote par les forces de l’ordre. C’est le cas de Bidhyananda Ram, qui couvrait les élections provinciales pour Janata Televison à Saptari, dans le sud-est du pays. Affirmant que les journalistes n’ont pas à s’occuper des élections, le chef du bureau électoral a cassé la caméra du reporter en la jetant au sol. Dans au moins sept autres bureaux de vote, les journalistes ont été interdits d’exercer leur métier.


Autant d’entraves gravement préjudiciables à la consolidation de la démocratie népalaise. Depuis vingt ans, le pays a été traversé par une guerre civile et une longue période de troubles politiques. Avec la nouvelle stabilité permise par ces élections, le prochain gouvernement de Katmandou, tout comme les autorités provinciales, ne pourront plus prétendre ne pas être en mesure de garantir la liberté d'informer. RSF insiste à ce titre sur le préambule de la Constitution népalaise de 2015, qui proclame une “pleine liberté de la presse”.


Le Népal se situe à la 100ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2017 par RSF.