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18 mars 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Menacé depuis un an, un journaliste suspend son émission de radio


Reporters sans frontières s’inquiète de la situation de Julio Ernesto Alvarado, directeur des programmes “Medianoche” sur Radio Globo et “Mi Nación” sur Globo TV, en raison de l’agravation des menaces dont il fait régulièrement l’objet depuis maintenant un an. L’organisation appelle les autorités à prendre au sérieux les menaces à l’encontre du journaliste et à diligenter une enquête afin d’en identifier les auteurs. Le journaliste de 60 ans, vice-président de l’Organisation des Journalistes Ibéroaméricains, a déclaré au COFADEH (Comité des familles de détenus disparus au Honduras), le 5 mars 2013, avoir suspendu son programme “Medianoche” (voir document ci-dessous). Le 1er mars 2013, peu avant minuit, des véhicules “suspects”, avec plusieurs individus à bord s’apparentant à des “tueurs à gage”, selon les dires du journaliste, sont venus aux abords des locaux de Radio Globo et Globo TV. L’un des véhicules s’est engouffré dans le parking de l’édifice alors que Julio Ernesto Alvarado était à l’antenne de la radio. Un peu plus tôt dans la soirée, un individu était monté dans l’immeuble avant d’en ressortir, probablement dans l’optique de repérer les lieux. Selon les agents de sécurité de l’édifice, leur intention de se rendre dans les locaux de la radio – afin de commettre un crime contre le journaliste – était claire. Les jours suivants, des événements similaires se sont reproduits. Des véhicules, ainsi que des individus suspects, ont à nouveau été observés aux abords des locaux de Radio Globo et Globo TV, demandant où se trouvait Julio Ernesto Alvarado. Ce climat sinistre ne date pas d’hier. Le 14 mars 2012, le véhicule du journaliste avait été vandalisé afin de l’intimider, puisque rien n’avait été volé, à l’exception d’une toute petite caméra. Depuis, des véhicules sans plaques d’immatriculation circulaient fréquemment devant Radio Globo. Le présentateur radio avait également été suivi par des hommes à moto à plusieurs reprises. Si Julio Ernesto Alvarado avait toujours minimisé la portée de ces menaces, les événements récents – qui ont instauré un climat de peur parmi les employés de Radio Globo et Globo TV – l’ont finalement conduit à suspendre “Medianoche”. Ce programme, très populaire, était diffusé tous les soirs, du lundi au vendredi, depuis le 2 janvier 2011. Le journaliste émet régulièrement des critiques à l’encontre de la police et des forces armées dans son programme, qui jouit d’une très forte audience. Le 1er mars 2013, il a dénoncé l’attitude du directeur général de la police, Juan Carlos Bonilla, dit “El Tigre”, impliqué dans plusieurs affaires de meurtres. Le policier est notamment accusé d’être directement impliqué dans l’assassinat de Ricardo Ramírez Umaña, 17 ans, fils de Ricardo Ramírez del Cid, ex-directeur général de la police, remplacé par Bonilla. L’an passé, Julio Ernesto Alvarado avait également dénoncé dans “Medianoche” la lenteur de l’enquête portant sur l’incendie ayant eu lieu un mois plus tôt dans la prison de Comayagua, provocant la mort de 361 prisonniers. Le jour même, son véhicule avait été vandalisé. S’il n’existe aucune certitude quant à l’identité des individus à l’origine de ces menaces, le journaliste estime que celles-ci pourraient provenir de la police, notamment d’unités en charge des opérations spéciales. Les menaces à l’encontre des médias sont monnaie courante au Honduras. Aux alentours du 12 mars 2013, Pedro Canales, journaliste pour la radio communautaire La Voz de Zacate Grande – victime de persécutions en raison de sa position sur le conflit foncier dans la région – a été menacé de mort. Des tueurs à gage auraient été engagés par Miguel Facussé Barjum, entrepreneur et propriétaire terrien, et des véhicules aux vitres teintées et sans plaques d’immatriculation circulent régulièrement dans la commune de manière suspecte. Le Honduras se trouve en 127ème position au classement mondial de la liberté de la presse 2013, sur 179 pays. Témoignage de Julio Ernesto Alvarado auprès du du COFADEH, le 5 mars 2013 :