Actualités

7 janvier 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Malgré les promesses des autorités, les agressions de journalistes continuent


Reporters sans frontières condamne vivement les agressions et intimidations que les forces de l’ordre continuent de perpétrer à l’encontre des professionnels de l’information, et ce malgré les engagements pris par les autorités suite à la publication du rapport de la Commission indépendante chargée d'enquêter sur la répression des manifestations dans le pays au cours du premier semestre 2011. La communauté internationale ne doit pas être dupe du double jeu des autorités du Royaume du Bahreïn. D’un côté, elles affichent une volonté de sanctionner les responsables des exactions ; et de l’autre, elles continuent à réprimer. Le 3 janvier 2012, le photographe de DPA, Mazen Mahdi, a été agressé devant les bâtiments de la police centrale de Samaheej (nord-est de Manama). Portant un gilet estampillé “Press”, le journaliste était venu couvrir une manifestation organisée spontanément devant le commissariat suite à l’arrestation d’un jeune homme. Vers 12h30, la police a chargé les manifestants. Alors que Mazen Mahdi prenait des photos, deux policiers l’ont pris à partie, alors qu’il était clairement identifiable comme journaliste. Il a alors reçu un violent coup à la tête, sans que les policiers avec qui il était aux prises n’interviennent. Il a par la suite été emmené à l’intérieur du bâtiment de la police centrale, avant d’être relâché vingt minutes plus tard. Les policiers ont ensuite refusé de recueillir sa plainte, a déclaré le journaliste, contacté par Reporters sans frontières. Le photographe a été agressé quatre fois par les forces de l’ordre en trois semaines. Le 23 décembre déjà, il avait été la cible de tirs tendus alors qu’il était venu couvrir un rassemblement à Tubli (sud-ouest de Manama). Deux grenades avaient été tirées dans sa direction, heureusement sans l’atteindre. Le 15 décembre 2011, lors d’une manifestation regroupant une cinquantaine de personnes à Abu Saiba (à l’ouest de Manama), lui et un confrère de Reuters, Hamad Mohamed, avaient déjà été visés par des tirs de gaz lacrymogènes alors qu’ils regagnaient, avec leur gilet “Press”, leur véhicule. Celui de Mazen Mahdi est estampillé “Press”. Le 7 décembre, il avait été brièvement détenu avec un confrère de l’agence RTR pendant trente minutes par la police anti-émeute, suite à la couverture d’une manifestation. Tous deux portaient le gilet “Press” et avaient montré leur carte professionnelles. Par ailleurs, le 15 décembre 2011, la blogueuse et activiste Zainab Al-Khawaja (@angryarabiya) a été violemment arrêtée par les forces de sécurité à Manama à l’occasion d’une manifestation (www.youtube.com/watch?v=5sv2Dom8Wtw). Elle a été libérée le 20 décembre, dans l’attente de son jugement. Les charges qui pèsent contre elle sont toujours maintenues. Elle est poursuivie pour “agression sur un policier”, “participation à un rassemblement illégal” et “incitation à la subversion du régime”. Elle encourt deux ans de prison ferme. Le 9 décembre, le correspondant du New York Times, Nick Kristof, et son cameraman ont été la cible de tirs de gaz lacrymogène. Leur matériel a été endommagé. Le 5 janvier 2012, le procès contre la journaliste Reem Khalifa a été reporté, une fois de plus, au 19 janvier, la présentation de deux témoins de l’accusation ayant fait défaut. Reporters sans frontières demande aux autorités de retirer l’ensemble des charges qui pèsent contre la journaliste. Fin décembre, la correspondante de France 24 et de Radio Monte Carlo Daouliya, Nazeeha Saeed, a été alertée par son avocat que la plainte qu’elle avait déposée suite aux tortures subies lors de son arrestation n’avait pas été instruite. Reporters sans frontières exhorte les autorités à ouvrir une enquête sur cette affaire. Le 28 novembre 2011, Hassan Matooq, photographe et infirmier, a été condamné par la Cour de cassation à trois ans de prison. Il avait été arrêté le 24 mars dernier à l’hôpital de Salmaniya, alors qu’il était de garde. Son procès s’était ouvert devant une cour militaire le 9 mai, en absence d’avocat. A l’issue de la deuxième audience, le 12 mai, Hassan Matooq a été condamné à trois ans de prison ferme pour “rassemblement illégal” et “diffusion d’images fabriquées de blessés”. Contrairement à l’engagement pris par les autorités de transférer les dossiers jugés en première instance par des cours militaires à des juridictions civiles, celui de Hassan Matooq a été instruit par un tribunal d’exception.