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12 mars 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Malaisie


Les émules malaisiens du Printemps arabe ont pris de court les autorités de Kuala Lumpur, qui ont tout fait pour étouffer le mouvement de protestation Bersih 2.0. Les arrestations préventives, les pressions sur les blogueurs et médias, ainsi que des blocages de sites lors d’élections locales laissent présager le pire pour les élections générales. La campagne devrait se jouer principalement sur Internet, qui reste un espace d’expression privilégié dans un pays où la presse traditionnelle est régulièrement muselée par le pouvoir.
Lire le chapitre Malaisie du rapport 2011 sur les Ennemis d’Internet. Des élections générales à haut risque ? Campagne politique et liberté d’information ne font pas bon ménage en Malaisie. A l’approche des élections locales à Sarawak (île de Borneo), en avril 2011, de nombreux sites Internet de l’opposition ou d’information ont été victimes de cyberattaques de type DDoS, parmi lesquels les sites Sarawak Report, Radio Free Sarawak, Dayak Baru Blog et Malaysiakini. Le recours à des cyberattaques pour réguler le contenu sur Internet est de mauvaise augure pour les élections générales qui devraient se tenir en 2012, à un moment où les blogueurs et journalistes en ligne auront un rôle crucial à jouer pour informer la population. Certains blogueurs se sont également vu refuser le droit d’entrer sur l’île malaisienne, dont le chercheur Wong Chin Huat, l’avocat et membre du parlement Sivarasa, ou encore l’avocat Haris Ibrahim. En juillet 2011, 30 000 Malaisiens, représentant toutes les couches de la population, sont descendus dans la rue à l’appel du mouvement Bersih 2.0, réclamant des élections transparentes. Un scrutin général doit se tenir avant mars 2013. Les autorités ont arrêté des centaines d’opposants ou militants des droits de l’homme la veille de la manifestation, qui a réuni toute la société civile, puis le jour J. Elles ont aussi menacé de poursuites les médias ayant dénoncé les violences policières. La capitale Kuala Lumpur a été littéralement fermée, la veille du 9 juillet 2011, par des barrages de police organisant des fouilles systématiques de tous les véhicules ; le port de T-shirt à l’effigie de Bersih et même de T-shirt de couleur jaune (couleur du logo de l’organisation) a été banni. Le site Malaysiakini, critique du gouvernement, a alors fait face à une nouvelle vague de cyberattaques. Blogueurs et net-citoyens sous pression Un précédent dangereux pour les journalistes et blogueurs qui mettent à jour des scandales politiques : le blogueur Amizudin Ahmat a été condamné à payer des dommages et intérêts exorbitants, à hauteur de 300 000 ringgits malaisiens (environ 100 000 USD) au ministre de la Culture, de l’Information et de la Communication, Rais Yatim, pour un article jugé diffamatoire, malgré ses excuses et le retrait de l’article incriminé. Une procédure judiciaire en diffamation a été lancée contre un autre blogueur, Ahmad Sofian Yahya (Sekupangdua) qui dénonçait un abus de pouvoir, accusant le député Nga Kor Ming d’avoir favorisé la société dirigée par son épouse pour un contrat avec l’Etat du Perak. Le blogueur a répliqué en attaquant le politicien en justice. Les charges contre le blogueur satirique Irwan Abdul Raman, connu sous le nom d’Hassan Skodeng, ont été abandonnées en mars 2011. Il était poursuivi pour diffusion de fausses informations, après avoir publié un message humoristique sur le “réchauffement étatique”. Il a remercié la communauté des blogueurs pour leur soutien. Son avocat a déclaré espérer que de tels cas ne “tuent pas le talent satirique du pays”. Le caricaturiste politique Zunar, accusé de "sédition" pour avoir publié des dessins critiques sur la situation politique et sociale dans son pays, et dont les ouvrages restent interdits de publication en Malaisie, a organisé, en février 2012, une exposition de 80 de ses caricatures à Londres, intitulée “Se battre avec des caricatures”. Révision législative ou simple effet d’annonce ? Le Premier ministre, Najib Tun Razak, soucieux de cultiver une image de réformateur, a annoncé en septembre 2011 une révision de la sévère loi sur la sécurité nationale (ISA), utilisée jusqu’ici par les autorités pour poursuivre et enfermer à des fins politiques des journalistes, des blogueurs et des leaders de l’opposition. Un an plus tôt, des veillées pacifiques avaient été organisées dans ce but. Cette déclaration a été bien accueillie par les médias traditionnels, mais aussi certains médias internationaux, alors que l’opposition et les médias en ligne appellent à la vigilance ou n’y voient qu’un effet d’annonce. A peine quelques mois auparavant, en décembre 2010, un projet de loi sur la sédition sur Internet avait été présenté au Conseil des ministres. “Accros” aux médias sociaux ? D’après comScore, l’un des spécialistes de la mesure d’audience d’Internet, un tiers du temps passé en ligne en Malaisie est consacré à l’utilisation des réseaux sociaux. Facebook a dépassé la barre des 12 millions d’utilisateurs, contre 470 000 pour Twitter. Les nouveaux médias apparaissent comme le remède le plus efficace pour pallier à l’autocensure. Des pronostics électoraux, mais aussi des affaires de corruption, ou des discussions sur la prochaine installation d’une centrale nucléaire y sont abordés comme nulle part ailleurs. Le vrai débat politique se joue en ligne et non dans les médias traditionnels, ce qui laisse Internet et les blogueurs particulièrement exposés dans un contexte d’élections générales.