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9 août 2016 - Mis à jour le 10 août 2016

L’Ouzbékistan condamne sans preuve le frère d’un journaliste en exil

Islam Karimov crédit: AFP
Le tribunal de Ferghana a condamné le frère d’un journaliste du service ouzbek de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) à huit ans de prison ferme, le 3 août 2016, au terme d’un procès monté de toutes pièces.

Huit ans de réclusion criminelle, c’est la sentence prononcée par le tribunal de Ferghana contre Aziz Youssoupov, frère d’un journaliste en exil employé par Radio Ozodlik, le service ouzbek de RFE/RL. Le seul élément à charge produit lors du procès n’est autre que les aveux soutirés par l’avocat de la défense, assigné à Aziz Youssoupov par le Service national de sécurité (service de renseignement ouzbek). Ce dernier avait convaincu son client de plaider coupable pour amoindrir une condamnation qu’il semblait considérer comme inévitable. Aucune preuve matérielle n’a été présentée à la cour pour soutenir l’accusation de détention de drogue – une accusation qui aurait elle-même évolué au fil des interrogatoires pour alourdir la peine.


«Loin de se satisfaire de leur contrôle total sur les médias, les autorités ouzbèkes n’en finissent pas de renforcer leur répression contre le dernier quarteron de journalistes indépendants, constate Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. La condamnation d’Aziz Youssoupov illustre encore, si besoin était, cette capacité à toujours faire pire: l’Ouzbékistan est un enfer pour les journalistes, d’où nous parviennent des informations toujours plus alarmantes. Il est grand temps que la communauté internationale prenne toute la mesure de cette situation, dommageable non seulement aux citoyens ouzbeks mais à la stabilité régionale.»


Depuis le massacre de centaines de manifestants pacifiques par l’armée en 2005 à Andijan, la quasi-totalité des journalistes indépendants ouzbeks ont été emprisonnés, réduits au silence ou contraints à l’exil. La presse nationale indépendante a totalement disparu à l’intérieur du pays, si bien que seuls des médias basés à l’étranger, tels que RFE/RL ou l’agence Ferghana, fournissent encore des informations à la fois fiables et critiques sur la politique intérieure de l’Ouzbékistan.


Au moins neuf journalistes sont emprisonnés en Ouzbékistan. Les deux plus anciens détenus, Mohammed Bekjanov et Youssouf Razimouradov, croupissent derrière les barreaux depuis 1999, année qui marque également la liquidation des derniers partis d’opposition. Solidjon Abdourakhmanov reste écroué depuis sa condamnation en 2008 à dix ans de réclusion pour trafic de stupéfiant, et le site d’information Uznews.net, avec lequel il collaborait, a été contraint à la fermeture en décembre 2014. Sont également en prison les journalistes Dilmourod Sayid, Bakhrom Ibraguimov, Davron Kabilov, Ravchanbek Vafoïev, Botyrbek Echkouziev et Gaïrat Mikhliboïev. Les conditions de détention en Ouzbékistan sont terribles: l’usage de la torture est généralisé et la plupart des prisonniers souffrent de problèmes de santé, notamment de tuberculose.


L’Ouzbékistan occupe la 166e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse, établi par RSF.