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1 août 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

L’OTAN attaque des équipements et des bâtiments de la chaîne nationale libyenne Al-Jamahiriya


Reporters sans frontières condamne le bombardement, le 30 juillet 2011, de deux stations et du siège de la télévision libyenne nationale Al-Jamahiriya, à Tripoli, par les forces de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Selon la chaîne, trois journalistes auraient été tués et 21 autres blessés pendant l’attaque aérienne, cette dernière information étant pour le moment invérifiable par l’organisation. Cela montre une fois de plus combien il est difficile d’établir les faits en l’absence de journalistes indépendants sur le terrain des conflits ou quand ils sont entravés dans leur mission. "Nous appelons une fois encore les autorités de Tripoli à laisser les journalistes exercer leur métier librement", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières. "Nous rappelons à l’OTAN que les médias représentent des biens civils et ne peuvent être considérés comme des objectifs militaires, a déclaré Jean-François Julliard. Même si la chaîne nationale est, de toute évidence, un organe de propagande du régime Kadhafi, cela ne légitime en rien l’attaque. D'autres moyens, comme par exemple le soutien aux médias indépendants, doivent être employés pour réduire la propagande et les menaces du régime. Nous demandons à ce qu’une enquête claire soit menée sur les circonstances de ce raid aérien. Les attaques atteignant des biens de caractère civil constituent des crimes de guerre et des infractions graves aux Conventions de Genève pour lesquels les responsabilités doivent être établies", a ajouté Jean-François Julliard. Les troupes de l’OTAN ont justifié leur intervention en expliquant qu’elles cherchaient à museler les ‘messages de terreur’ de la chaîne, qui serait utilisée pour ‘intimider le peuple libyen’ et ‘inciter à des actes de violence contre lui’, selon un communiqué de l’organisation. Cela n’est pas la première fois que l’OTAN s’en prend à des médias. Nous rappelons que l’organisation avait déjà été condamnée par une commission d’enquête du Tribunal pénal international suite au bombardement, en 1999, de la Radio télévision serbe (RTS), indiquant que les activités de propagande ne suffisaient pas à en faire une cible militaire légitime. En 2003 également, la coalition anglo-américaine avait délibérément visé les bureaux des chaînes arabes Al-Jazeera, Abu Dhabi TV, l’hôtel Palestine à Bagdad, connu pour abriter des journalistes, ainsi que les bâtiments de la chaîne de télévision nationale irakienne. Ce qui avait été vivement condamné par Reporters sans frontières.