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28 octobre 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

L’odieux “fake” de reportage du groupe Etat islamique


Le groupe Etat islamique (EI) a diffusé sur Internet, le 27 octobre, une nouvelle vidéo du journaliste britannique John Cantlie, otage depuis novembre 2012. John Cantlie y apparaît en train d’effectuer un reportage à Kobané en Syrie, relayant le point de vue de l’Etat islamique sur l’état de la guerre qui l’oppose aux combattants kurdes soutenus par la coalition internationale.
John Cantlie est filmé près de la frontière syrienne avec la Turquie, dans une mise en scène destinée à imiter un reportage d’actualité. Vêtu d’une chemise noire, il s’adresse à la caméra en déclarant que les combattants djihadistes (“moudjahidines”) n’ont pas battu en retraite à Kobané, contrairement à ce les médias affirment. Il explique que les informations répandues dans l’opinion publique se basent sur des sources au sein des combattants kurdes ou de la Maison Blanche en raison de l’absence des “médias occidentaux” sur place. “Je ne vois aucun de leurs journalistes ici” assure-t-il. Comme si l’organisation Etat islamique n’était pas éminemment responsable, par ses intimidations terribles, de l’absence de journalistes sur place et de l’instauration de trous noirs de l’information. Reporters sans frontières est scandalisée par cette vidéo. “Le groupe Etat islamique met lâchement à profit la profession de John Cantlie pour alimenter sa machine à propagande, déplore Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. Le groupe djihadiste continue à se livrer en toute impunité à des crimes de guerre. Soumis à une pression psychologique inouie, John Cantlie n’a eu d’autre choix que de collaborer. Le groupe EI n’a pas hésité à se débarrasser de la manière la plus barbare de certains otages ou de collaborateurs des médias qui ont refusé de se laisser enrôler dans cette guerre de l’information. John Cantlie doit retrouvrer la liberté au plus vite et cesser d’être utilisé comme porte-étendard des tentatives de manipulation de l’information par l’Etat islamique.” John Cantlie, qui a été enlevé avec son confrère James Foley en novembre 2012, est déjà apparu dans plusieurs vidéos intitulées “Lend me your ears” dont la première date du 18 septembre 2014. Il était assis à un bureau et vêtu d’une tenue orange - comme les détenus de Guantanamo et comme les autres otages précédemment exécutés -, et il y critiquait les gouvernements américain et britannique et la coalition internationale engagée dans la lutte contre l’EI. Dans la dernière vidéo publiée par le groupe EI en date du 26 octobre, John Cantlie affirmait que les otages qui essayaient de fuir étaient punis par la technique dite de waterboarding. Le 13 octobre, la soeur de John Cantlie avait imploré le groupe djihadiste de reprendre le dialogue avec la famille. Son père, Paul Cantlie décédé le 22 octobre, avait également enregistré le 3 octobre depuis son lit d’hôpital une vidéo adressée au groupe EI demandant la libération de son fils. Pour rappel, le cameraman irakien Raad Mohamed Al-Azaoui a été décapité en public le 10 octobre par le groupe Etat islamique en Irak pour avoir refusé de collaborer. Les journalistes américains James Foley et Steven Sotloff ont quant à eux été décapités en Syrie, respectivement le 19 août et le 2 septembre, par le groupe EI et les vidéos de leur exécutions ont été diffusées sur Internet. A ce jour, deux journalistes étrangers, huit journalistes syriens et un irakien ont été tués par l’Etat islamique. Alors que John Cantlie est toujours otage, neuf journalistes irakiens ont été enlevés par le groupe en Irak et près de vingt journalistes syriens sont portés disparus ou ont été enlevés par des groupes armés, dont l’organisation EI en Syrie.