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13 décembre 2017

​L’extradition de François Compaoré pourrait-elle mettre un terme à 19 ans d’impunité dans l’assassinat de Norbert Zongo ?

Alors que François Compaoré, l’un des principaux suspects dans l’assassinat du journaliste burkinabè Norbert Zongo,comparaît, ce mercredi, devant la cour d’appel de paris, Reporters sans frontières (RSF) demande à la justice française d’extrader le frère de l’ancien président Blaise Compaoré.


Ce 13 décembre, cela fera 19 ans que le journaliste burkinabè Norbert Zongo a été assassiné sans que la justice ne soit rendue dans cette affaire. Hasard du calendrier, ce même jour, doit comparaître à Paris, François Compaoré, frère du président déchu, Blaise Compaoré, suspecté d’être l’un des commanditaires de ce meurtre. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris doit statuer sur la demande d’extradition du Burkina Faso à son encontre.


Sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour “incitation à assassinats”, depuis mai 2017, François Compaoré a été interpellé le 29 octobre à sa descente d’avion à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle près de Paris. Il est depuis interdit de quitter le territoire français. Pour Reporters sans frontières, il est crucial que l’ancien homme fort du régime puisse être jugé dans son pays d’origine, bien qu’il ait aujourd’hui acquis la nationalité ivoirienne.


“Nous attendons de la justice française qu’elle réponde favorablement à la demande d’extradition du Burkina, déclare Clea Kahn-sriber, responsable du Bureau Afrique de Reporters sans frontières. La société burkinabé avait été à l’époque profondément choquée de cet assassinat et doit aujourd’hui panser ses plaies. Cela passe notamment par une procédure de justice nationale qui renforce la confiance du peuple envers ses institutions et montre que le meurtre d’un journaliste ne peut rester impuni.”


Lors de sa visite au Burkina Faso fin novembre, le président français Emmanuel Macron avait abondé dans le sens d’une justice indépendante et déclaré que l’arrestation de François Compaoré à Paris était “ le résultat d‘une coopération exemplaire entre nos deux justices qui sont toutes deux indépendantes"(...) Il appartient à la justice française de prendre sa décision, je ferai tout pour faciliter celle-ci”.


Le corps du journaliste d’investigation de l’hebdomadaire L’Indépendant avait été retrouvé criblé de balles et calciné le 13 décembre 1998 dans sa voiture à une centaine de kilomètres de Ouagadougou. Il enquêtait alors sur la mort en détention de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré, frère et conseiller du président aujourd’hui déchu Blaise Compaoré.


RSF, qui a participé à la première commission d’enquête en décembre 1998, n’a eu de cesse de dénoncer les pressions politiques pour étouffer cette affaire, qui avaient mené à la prononciation d’un non-lieu en 2006. L’enquête a été rouverte en mars 2015, pendant la transition politique qui a suivi la chute du président Compaoré au pouvoir durant 27 ans. En décembre de la même année, trois anciens soldats du régime de la sécurité présidentielle (RSP) avaient été arrêtés. Depuis, plusieurs témoins indirects ont aussi été entendus. Mais plusieurs années plus tard, le procès n’a toujours pas fourni de résultats et les citoyens ne sont pas plus près de connaître l'identité de ceux qui sont derrière l’assassinat de ce journaliste.


Contacté par Reporters sans frontières (RSF), Me Sankara, avocat de la partie civile, déclare : “Nous attendons de la justice française qu’elle fasse son travail et nous aide à poursuivre les gros poissons. Il faut arrêter de traîner les pieds, 19 ans c’est trop long pour n’importe quel procès.”


Une décision de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples en mars 2014 avait en effet statué sur le fait que le gouvernement burkinabè n’avait “pas agi avec la diligence due” pour élucider l’assassinat du journaliste. Si les familles ont aujourd’hui été dédommagées, il reste à rendre la justice.


Les médias au Burkina Faso travaillent par ailleurs de façon relativement libres et se sont notamment illustrés par leur professionnalisme lors du traitement de la crise politique de 2014. Le pays occupe la 42e place sur 180 pays au Classement mondial 2017 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.