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18 mars 2016 - Mis à jour le 22 avril 2016

Lettre à Obama: Priorité de la liberté de la presse à Cuba

Barack Obama se rendra à Cuba la semaine prochaine. Depuis 1928, aucun président américain en fonction ne s’était plus rendu sur l’île. Dans une lettre ouverte au Président des Etats-Unis, Reporters sans frontières (RSF) demande à Obama de considérer comme prioritaires les problématiques liées à la liberté de la presse et à l’accès à l’information.

Paris, 18 mars 201


Monsieur le Président


À l’occasion de votre visite historique à Cuba la semaine prochaine, Reporters sans frontières (RSF) vous demande de considérer comme une priorité les problématiques liées à la liberté de la presse et à l’accès à l’information. En tant que premier président américain à fouler le sol cubain depuis 88 ans, vous avez le devoir et le pouvoir d’influencer positivement les politiques de l’île sur ces sujets fondamentaux, en les évoquant lors de vos discussions en privé avec le Président cubain Raúl Castro, lors de vos discours publics ou encore vos rencontres avec la presse et la societé civile cubaine. En discutant avec ces derniers, vous constaterez par vous-même combien leurs droits sont limités.


Cuba figure à la 169ème place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2015 établi par Reporters sans frontières. Le gouvernement cubain maintient un monopole de l’information et ne tolère aucune voix indépendante, interdisant l’existence de tout média libre. Seuls les relais “officiels” sont autorisés par le gouvernement, et leur liste est très courte. Les médias qui n’ont pas d’autorisation officielle sont illégaux et censurés.


Le contrôle de l’information à Cuba et les pratiques de censure ne s’appliquent pas seulement aux médias locaux: les reporters étrangers aussi font aussi l’objet de restrictions et ne reçoivent d’accréditation que de façon sélective. En outre, lorsque les journalistes non-cubains présentent le régime de façon “trop négative,” ils sont expulsés.


Au delà de la censure, le pays connaît une longue histoire de violence et de harcèlement à l’encontre des journalistes. Nombreux sont ceux qui, parce qu’ils travaillent pour les médias indépendants, ont reçu des menaces de la part du gouvernement. Roberto de Jesus Guerra, éditeur de l’agence indépendante et de l’organisation de défense de la liberté de la presse Hablemos Press, a été attaqué par des membres du Département Interne de Sécurité, en juin 2014. Le même mois, un autre correspondant de la même publication était renversé par une voiture. En juillet 2015, de nombreux militants et journalistes ont été arrêtés lors de manifestations organisées par le mouvement d’opposition Las Damas de Blanco (Les Femmes en Blanc). Les arrestations, confiscations de matériel professionnel, et détentions de courte durée sont le lot quotidien des journalistes qui couvrent ce mouvement.


De nombreux journalistes ont été libérés depuis 2010, Yoeni de Jesús Guerra García, blogueur indépendant de l’agence Yayabo Press condamné à 7 ans de prison en mars 2014 pour “abattage illégal de bétail” reste aujourd’hui néanmoins emprisonné. Il assure que ces accusations ont été fabriquées pour mettre fin à ses activités journalistiques. Il a été plusieurs fois victime de violences et peut-être même de torture de la part du personnel pénitentiaire. RSF a déjà demandé sa libération au moment de la visite du Pape Francis en septembre dernier, mais Yoeni continue de dépérir en prison.


Si les relations diplomatiques ont repris entre les États-Unis et le Cuba l’été dernier, la liberté de la presse doit encore s’améliorer. Depuis le début de l’année 2016, le gouvernement cubain a arrêté trois journalistes, en a détenu un autre et a interdit la distribution de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Le journaliste et libraire Ángel Herrera Oviedo a été retrouvé assassiné le mois dernier.


Au delà des actes de violences et des arrestations de journalistes, Cuba figure parmi les pires pays au monde en matiere d’accès à Internet. L’utilisation du Web par les citoyens n’est autorisée que depuis 2013 et elle est toujours contrôlée par le gouvernement. Selon le Broadband Commission for Sustainable Development, moins de 5% des maisons cubaines y ont accès, et le pays est placé 115ème sur 133 pays. Le travailleur humanitaire américain Alan Gross, libéré en 2014 grâce à vos efforts, a passé cinq ans en prison pour avoir essayé d’aider les Cubains à accéder à internet.


Dans cette nouvelle ère qui s’ouvre pour Cuba, les barrières de la liberté de la presse doivent tomber. Les États-Unis ont l’opportunité et la responsabilité de faciliter ces changements. L’heure est venue de libérer les journalistes emprisonnés et de permettre aux médias de travailler sans crainte de violences ou d’arrestations. L’heure est venue de s’assurer que toutes les voix cubaines soient entendues.


Je vous remercie d’avance, Monsieur le Président, pour l’attention que vous accorderez à cette lettre.


Christophe Deloire


Secrétaire Général


Reporters sans frontières