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8 décembre 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

L’État s’adjuge 20% des actions de la chaîne privée Globovisión dans un nouveau contexte pesant pour la liberté d’expression


Le gouvernement vénézuélien a annoncé, le 7 décembre 2010, avoir officiellement récupéré 20% des actions de Globovisión, très critique envers le président Hugo Chávez et seule chaîne du réseau hertzien à tenir aujourd’hui cette ligne éditoriale depuis l’affaire RCTV. Cette dernière chaîne s’est encore vu refuser son retour sur le câble, le 25 novembre. L’entrée de l’État dans le capital de Globovisión intervient après la liquidation, par la Superintendance des banques, de Sindicato Ávila, une société actionnaire appartenant à l’entrepreneur Nelson Mezerhane, accusé de délits financiers et dont le Venezuela réclame l’extradition depuis les Etats-Unis. Est également dans ce cas Guillermo Zuloaga, propriétaire de Globovisión. Dans le collimateur du pouvoir exécutif en raison de son attitude durant le coup d’État d’avril 2002, Globovisión n’a pourtant jamais été condamnée pour ce motif mais a, depuis, fait l’objet de plusieurs procédures de suspension et menaces de fermeture. Elle est régulièrement accusée par le président Hugo Chávez de vouloir “attenter à sa propre vie”. En réalité, sa prise de contrôle à terme par le gouvernement offrirait à celui-ci la maîtrise éditoriale absolue de l’espace télévisuel hertzien. Cependant, comme l’a rappelé Globovisión, la part de capital obtenue par l’État reste bien en deçà du seuil nécessaire – 65 % au moins – pour pouvoir imposer à la chaîne une nouvelle direction. Malgré cette garantie statutaire, la prise de contrôle partielle de Globovisión par l’État coïncide avec un nouveau train de mesures controversées en matière de liberté d’expression. Ainsi, la nouvelle loi de coopération internationale en discussion à l’Assemblée nationale, dont certaines dispositions menacent l’indépendance des ONG locales. Un autre sujet d’inquiétude est l’extension à Internet de la loi de responsabilité sociale en radio et télévision (loi Resorte de 2004). C’est à l’appui de cette loi que le gouvernement – en fait le Président – réquisitionne toutes les ondes hertziennes pour des discours fleuves ou “cadenas”. Ce même texte permet également de suspendre un média pour des motifs vagues comme le fait de publier ou diffuser une information susceptible “de provoquer la panique et le désordre publics”. Le complément à la loi, portant sur les Services de médias électroniques, élaboré par la Commission nationale des télécommunications (Conatel), donnerait à l’État vocation à garantir qu’un contenu Internet “soit apte, en particulier pour les enfants et les adolescents”. Une telle formulation laisse craindre que la protection de l’enfance ne soit pas le seul critère d’application de la législation à venir. Quant à la loi Resorte actuelle, elle pourrait subir des amendements dont un “catalogue de messages qui ne pourront pas être diffusés, quel que soit l’horaire”. Lesquels ? Selon quels critères ? C’est toute la question. Un consensus général et souhaitable sur la communication pourrait être obtenu à l’occasion d’un débat parlementaire associant l’opposition. Celle-ci siégera à nouveau au sein de l’Assemblée nationale à compter du 5 janvier 2011, date de l’ouverture de la nouvelle législature issue des élections du 26 septembre dernier. Il est assez suspect de vouloir faire passer des textes de cette importance aussi vite et aussi massivement à la veille de Noël, au sein d’un Parlement encore entièrement acquis à la cause de l’exécutif. Le seul motif de satisfaction vient de l’annulation en appel, le 30 novembre, d’une peine prononcée contre Francisco “Pancho” Pérez. L’éditorialiste du quotidien local El Carabobeño avait été condamné en juin dernier, pour une colonne publiée en mars 2009 dénonçant le “népotisme” présumé d’Edgardo Parra, maire de Valencia, capitale de l’État de Carabobo. Le journaliste avait écopé, outre une amende, d’une scandaleuse interdiction d’exercer son métier pour une durée de trois ans et neuf mois.