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7 août 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les violences contre un journaliste de Rue89 appellent une réponse ferme de la justice


Grégory Chelli, ressortissant français habitant Ashdod (Israël), indisposé par un portrait de lui publié sur Rue89, s’en est violemment pris à un journaliste de la rédaction. Chelli, pirate informatique plus connu sur la toile sous le nom de ‘Ulcan’, a mis en ligne deux conversations téléphoniques d’une violence inouïe, où il agresse successivement l’auteur de son portrait, Benoît le Corre, ainsi que ses parents. Dans le même temps, le pirate informatique multiplie les attaques DDoS contre le site de Rue89. Les actions de Grégory Chelli, qui visent à intimider un journaliste et à faire taire son média, doivent être fermement condamnées par la justice française.

C’est à un mélange de violence, de perversité et de bêtise que Benoît le Corre, journaliste de Rue89, ainsi que sa famille, sont confrontés depuis la publication d’un portrait du pirate informatique Grégory Chelli, le 29 juillet 2014. Peu de temps après la mise en ligne de l’article, Chelli appelle le journaliste pour lui demander des explications et lui imposer un “droit de réponse”. Un droit de réponse que Benoît le Corre est prêt à accorder, malgré la violence des propos tenus par Chelli. Les insultes pleuvent. Des menaces en tous genres sont égrenées à mesure que le pirate dissèque l’article. L’exercice dure une petite trentaine de minutes. L’échange téléphonique est posté sur YouTube dans la soirée.

Mais Chelli ne s’arrête pas là. Juste après avoir raccroché, il appelle les parents de Benoît le Corre depuis le numéro de ce dernier, en se faisant passer pour un fonctionnaire de police chargé de leur annoncer la mort de leur fils. “Agressé suite à l’un de ses articles”, Benoît le Corre “aurait reçu une lame au niveau de l’intestin”. Face à la réaction circonspecte des parents du journaliste, Chelli perd ses nerfs et menace : “Si tu veux pas qu’il finisse dans un coffre ce fils de pute (...) tu lui dis de fermer sa gueule”, précisant à toutes fins utiles que “la police, (il) l’encule”, et qu’il est “au-dessus des lois”. Là aussi, l’échange est posté sur YouTube. Quelques jours plus tard, dans la nuit du lundi 4 août, Chelli fait débarquer une vingtaine de policiers à leur domicile après un appel passé au commissariat du secteur pendant lequel il usurpe l’identité du père de Benoît le Corre.

En plus de harceler et de menacer Benoît le Corre et sa famille, Grégory Chelli s’en prend directement à Rue89 en multipliant les attaques contre le site du pure player. Il utilise des attaques DDoS, dont le principe est de surcharger de demandes les serveurs de rue89.com jusqu’à ce que ces derniers, saturés, ne puissent plus répondre aux requêtes des internautes. La première attaque DDoS revendiquée par Chelli date du 29 juillet dans la soirée. Elle dure entre deux et trois heures, pendant lesquelles le site d’information est rendu inaccessible. Plusieurs autres attaques suivront, obligeant Rue89 à utiliser un site miroir pour demeurer accessible à ses lecteurs. La rédaction, dans l’impossibilité technique de publier des articles au rythme habituel, n’est plus en mesure de travailler normalement.

Ces violences sont le fait d’un individu, soutenu par une petite communauté, bien décidé à se faire justice lui-même au mépris du droit des personnes et de la liberté de l’information. Il existe pourtant en France une loi sur la presse qui permet à la justice, le cas échéant, d’établir les responsabilités d’un journaliste et d’un directeur de publication, notamment dans les cas de diffamation. Tout comme il existe un dispositif législatif dans le code pénal permettant de condamner les auteurs de menaces de mort et d’entrave au fonctionnement d’un système de traitement de données, dont font partie les sites web. Benoît le Corre et Rue89 ont porté plainte. Reporters sans frontières est solidaire de leurs démarches et demande à la justice de faire preuve de la plus grande fermeté face aux actions délictueuses de Grégory Chelli lorsque celui ci s’en prend à la presse.