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19 janvier 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les médias incités à ne pas couvrir la campagne électorale de l’opposition


Alors que la campagne présidentielle bat son plein, plusieurs médias zambiens subissent une lourde pression de la part de membres du Front patriotique (PF), le parti au pouvoir. Reporters sans frontières (RSF) condamne ces menaces qui portent un frein à la pluralité de l’information en Zambie. Le peuple zambien doit se rendre mardi 20 janvier aux urnes pour élire son nouveau président. Cette élection arrive au terme d’une campagne dont la couverture médiatique est restée très partisane. Le principal parti d’opposition, le Parti unifié pour le développement national (UPND), a même porté plainte contre la Zambia National Broadcasting Corporation (ZNBC) pour manque d’impartialité et ne pas avoir couvert les rassemblements politiques du principal candidat de l’opposition Hakainde Hichilema. Le 4 janvier 2015, Lukulu FM, une radio communautaire de la Province occidentale de Zambie a été prise d’assaut par des cadres du PF après avoir diffusé une publicité de l'UPND. Selon le directeur de la station, Munukayumbwa Mundia, les cadres du PF auraient déclaré que le « gouvernement réglerait leur compte» à tous les journalistes de Lukulu FM, lorsque le PF aura gagné l’élection du 20 janvier. Interrogé par RSF, le journaliste freelance Sydney Mungala raconte que “les médias ont été polarisés à l’extrême dans leur couverture de la campagne présidentielle. Les médias publics contrôlés par le gouvernement soutiennent lourdement le PF tandis que les médias privés se placent résolument du côté de l’opposition”. “Ces attaques contre les médias zambiens en raison de leur traitement de la campagne présidentielle sont inacceptables, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du Bureau Afrique de Reporters sans frontières. Le gouvernement a certes condamné certaines de ces intimidations par des membres de son parti, mais leurs répétitions, toujours non-sanctionnées, peuvent mener à s’interroger sur son approbation tacite de telles initiatives. Nous appelons tous les partis politiques à tolérer la couverture et la diffusion d’information sur les activités politiques de leurs concurrents. Nous appelons aussi les autorités zambiennes à permettre un traitement libre et sans interférence des actes électoraux à venir, notamment la couverture des opérations de vote prévues demain 20 janvier et la diffusion des résultats”. Fin décembre, le Post, journal privé basé dans la province de Lusaka a pour sa part reçu des menaces de la part du président de la jeunesse du PF, Kennedy Kamba, après avoir publié un article sur le parti. M. Kamba défiait en ces mots le média: « Que feront-ils si nous battons leurs journalistes à nos réunions ? ». Le même mois, Radio Walamo à Mpulungu, dans le nord du pays, a reçu l’ordre d’un député PF au Parlement, Freedom Sikazwe, de ne plus couvrir les activités politiques des partis de l’opposition dans la région, ni de diffuser leurs publicités, sous peine de fermeture et renvoi. Sikazwe a nié avoir proféré de telles menaces et le personnel de la radio a décidé d’ignorer cette injonction. Le 23 novembre, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Chishimba Kambwili, et le député secrétaire général du PF, Anthony Kasolo, se sont introduits dans la salle de rédaction de la ZNBC avec d’autres membres du gouvernement afin d’interdire toute diffusion d’information concernant des partis de l’opposition. Ils ont menacé les journalistes de renvoi immédiat. Kenneth Maduma, le directeur des informations a déploré cet abus d’autorité et réitéré la neutralité de la ZNBC. Le gouvernement a par la suite condamné cette attaque par le biais du ministre de l’Information, Joseph Katema. Le 14 novembre, la salle de rédaction de la ZNBC avait déjà été victime d’une attaque similaire visant à focaliser la couverture électorale sur le secrétaire général et candidat PF Edgar Lungu, dont les concurrents à la présidence avaient pourtant été largement négligés par la ZNBC, selon un journaliste du média. La Zambie occupe la 93e place sur 180 pays selon le Classement 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.