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2 décembre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les manifestants de tous bords s’en prennent aux médias


Reporters sans frontières s’inquiète des actions menées par les manifestants pro et anti-gouvernementaux contre les chaînes de télévision. “Au cours des récents événements, force est de constater que les appels de RSF et des associations de journalistes thaïlandais à respecter le travail des médias n’ont pas été entendus par les manifestants. Il est intolérable que des chaînes de télévision soient prises pour cibles et contraintes de diffuser un message, quelle que soit sa nature. C’est une véritable menace pour la liberté et l’indépendance des médias. Comme l’illustre l’agression d’un journaliste freelance allemand le 25 novembre dernier, ce climat délétère est propice à des débordements. Il est du devoir de tous d’assurer un environnement de travail sûr pour les médias, qu’ils soient indépendants ou non” a déclaré l’association. Le 1er décembre, des manifestants anti-gouvernementaux ont fait irruption dans les locaux de six stations de télévision, exigeant que leurs déclarations soient diffusées à l’antenne, et qu’aucune information liée au gouvernement ne soit couverte. Des militants ont réussi au cours de la matinée à prendre le contrôle du siège de la télévision publique PBS à Bangkok, leur garantissant un contrôle de l’information. Vers 11 heures, les manifestants anti-gouvernmentaux sont entrés dans les locaux de NBT et Channel 11 à Bangkok, alors que toutes les chaînes, à l’exception de la télévision d’Etat NBT ont été contraintes de diffuser, via le signal de la chaîne d’opposition Blue Sky, la déclaration du leader de l’opposition, Suthep Thaugsuban. Sur la chaîne Thai PBS, le discours a été diffusé sur une petite fenêtre à l’écran. Il s’agirait d’un accord entre les manifestants et la chaîne, cette dernière ayant prévu d’accorder un temps de parole identique aux forces gouvernementales. Blue Sky a diffusé à l’antenne les négociations entre Thai PBS et les manifestants, au cours desquelles un représentant de l’opposition a tenu les propos suivants : “si vous ne satisfaisez pas notre demande, nous serons dans l’obligation de fermer la station. Il s’agira de notre seule option”. Suthep Thaugsuban, pour sa part, a annoncé que les chaînes de télévision avaient “coopéré” et s’étaient montrées “compréhensives”. Dans la foulée, l’Association des journalistes de l’audiovisuel thaïlandais, l’Association des journalistes thaïlandais et le Conseil national de l’audiovisuel (News Broadcasting Council of Thailand) ont publié un communiqué de presse commun pour condamner ces manifestations, les qualifiant de “menaces pour la liberté de la presse” et d’“anti démocratiques”. Toutefois, le communiqué a reconnu que peu de place avait été accordée à la couverture des manifestations anti-gouvernementales depuis leur commencement. Dans le même temps, l’Alliance de la Presse du Sud-Est asiatique (Southeast Asian Press Alliance (SEAPA)), basée à Bangkok, a averti qu’une telle action de la part de l’opposition constituait une menace pour le rôle des médias indépendants et des journalistes. Pourtant, ce lundi 2 décembre les médias étaient toujours au coeur des manifestations. A Chiang Mai, environ 150 membres du Rak Chiang Mai, un groupe pro-gouvernemental proche des Chemises rouges, ont organisé une marche afin de remettre une lettre à la station Thai PBS lui demandant de ne plus diffuser les déclarations de Suthep Thaugsuban. La lettre stipule que ces déclarations sont illégales. Un leader de ce groupe avait déclaré un peu plus tôt que toute station qui continuerait à diffuser les déclarations de Suthep Thaugsuban serait brûlée par les membres de Rak Chiang Mai. La Thaïlande se situe à la 135ème position sur 179 selon le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2013. Crédit photo : The Nation