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14 janvier 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les journalistes Kim Ou-joon et Choo Chin-woo poursuivis pour avoir mis en question le frère de la présidente dans une affaire de meurtre


Reporters sans frontières dénonce les poursuites en justice dont font l’objet depuis plus d’un an Kim Ou-joon et Choo Chin-woo. Les journalistes indépendants sont poursuivis pour « diffamation » par le frère de la présidente Park Geun-hye, Park Ji-man, qui les accuse d’avoir insinué son implication dans une affaire de meurtre en 2011.
Le verdict de la Haute Cour de Séoul est attendu le 16 janvier 2015. Le juge devra se prononcer sur la culpabilité des journalistes, innocentés en première instance par un jury populaire en 2013. Malgré la levée de toutes les charges qui pesaient contre eux, le procureur avait fait appel, sans pour autant apporter de nouvelles pièces au dossier. Kim Ou-joon est le présentateur du podcast Naneun Ggomsuda, créé en avril 2011 avant les élections présidentielles, et dans lequel Choo Chin-woo avait énoncé les incohérences de l’enquête policière sur le meurtre de Park Yongchul, cousin du frère de la présidente, Park Ji-man. D’après Choo Chin-woo, un nombre important de contradictions et de faits demeurent non élucidés par la police et soulèvent des questions quand à ses résultats, hâtivement rendus. Estimant qu’il était mis en cause par les journalistes, Park Ji-man les a attaqué en diffamation. « Cette poursuite en justice s’apparente à une grossière manoeuvre visant à dissuader les journalistes d’effectuer leur travail dans une affaire d’intérêt public, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Le travail de Choo Chin-woo et Kim Ou-joon pourrait non seulement apporter un nouvel éclairage sur ce meurtre, mais également révéler une tentative d’étouffement de l’affaire. Il est important que la justice reconnaisse le droit des médias à couvrir tous les sujets d’intérêt général, aussi sensibles qu’ils puissent être. La justice devrait aussi s’abstenir d’appliquer les textes concernant le délit de diffamation qui, en prévoyant des peines de prison, encourage l’autocensure et porte atteinte à la liberté de l'information ». Le 7 janvier 2015, l’association des professionnels des médias coréens a publié un communiqué de presse dénonçant une intimidation à l’encontre des deux journalistes. Ces derniers ont également obtenu un soutien international, notamment celui de Noam Chomsky, qui a estimé que « certains acquis (NDLR: de la démocratie coréenne) étaient malheureusement menacés. Les poursuites en diffamation à l’encontre des deux journalistes Choo Chin-woo et Kim Ou-joon constituent une grave attaque contre la liberté de la presse ». Une pétition a été lancée pour appeler à la relaxe des journalistes : signer ici. En déclin depuis trois ans, la Corée du Sud se positionne à la 57e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières. (photo: Makiko Segawa)