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3 octobre 2019

Les familles des journalistes iraniens prises en otage par les autorités

Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’arrestation de proches de la journaliste et militante des droits des femmes, Masih Alinejad, et l'acharnement judiciaire contre les familles des journalistes indépendants et ceux collaborant avec la presse étrangère.

Le 26 septembre 2019, Alireza Alinejad le frère de la journaliste Masih Alinejad, ainsi que Leila Lotfi, la sœur de son ex-mari, ont été arrêtés par des agents en civil du Renseignement des gardiens de la révolution à Téhéran et à Babol (nord du pays). Selon la journaliste qui a publié un vidéo de son frère avant son arrestation, “ils l’ont pris en otage pour me faire taire.” Dans cette vidéo, Alireza Alinejad dénonce la pression exercée sur lui et ses parents pour qu’ils condamnent publiquement les activités de la journaliste.  

 

Plusieurs familles de prisonniers d’opinion, et notamment de journalistes, font actuellement l’objet de pression de la part des autorités iraniennes. Le 22 juillet 2019, Farangis Mazloom, la mère du lauréat du prix RSF 2017 dans la catégorie journaliste-citoyen, Soheil Arabi, a été arrêtée  après avoir informé l’opinion publique des conditions de détention de son fils. Pour les mêmes raisons, Sharzad Jafari, la sœur de la photojournaliste Noushin Jafari, a également été interpellée 15 jours après l’arrestation de sa soeur avant d’être libéré trois jours plus tard. Depuis, aucune information n’a filtré sur leur sort. 

Cette répression contre la liberté d'information ne se limite pas à l’intérieur des frontières du pays. Des médias internationaux sont également victimes de pressions, même si le régime iranien tente de préserver les apparences. Depuis un an, RSF a recensé au moins 25 cas de menace contre des journalistes et leurs familles en Iran. 

 

Le 29 juillet dernier, le président des tribunaux de la révolution de Téhéran, Musa Gazanfarabad, a déclaré que la journaliste de Voice of America (VOA), Masih Alinejad, était soupçonnée de “collaboration avec des gouvernements hostiles, une offense punie selon l’article 508 du code pénal islamique, et qui est passible de un à dix ans de prison ferme.” 

 

La journaliste et militante des droits des femmes, Masih Alinejad, exilée depuis 2009, a lancé plusieurs campagnes contre le port obligatoire du voile du voile, notamment “My Stealthy Freedom” (Ma liberté furtive) et “White wednesdays” (Mercredis blancs). Sa dernière campagne intitulée “Notre arme est notre caméra“ invite les femmes à enregistrer avec leur smartphone les violences verbales ou physiques qu’elles subissent dans la rue. Ces vidéos, largement diffusées sur les réseaux sociaux, ont suscité des réactions hostiles aux miliciens pro-régime et provoqué la colère du régime.

 

L’article 508 du code pénal islamique a été déjà utilisé plusieurs fois contre les journalistes basés dans le pays et leurs collègues travaillant pour des médias à l’étrangers, notamment aux États-Unis, pour les condamner pour espionnage, bien que le ministère des Affaires étrangères et la Haute cour de justice iranienne, aient plusieurs fois déclarés que l’Iran n’était pas en conflit  avec les pays incriminés.  

 

L’Iran se situe à la 170e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2019 de RSF