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15 mai 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les États-Unis ne doivent pas entrer dans une logique de “guerre de l’information”


Le 30 avril 2014, un projet de loi visant à restructurer le secteur des médias à portée internationale financés par le gouvernement fédéral a été adopté par le comité et doit maintenant être soumis au vote de la chambre. De quoi s’agit-il ? Le U.S. International Communications Reform Act a pour objet de réformer l’organe contrôlant les opérations de diffusion à l’étranger dépendantes du département d’État, le Broadcasting Board of Governors (BBG). Selon ce texte, qui doit encore être débattu au Sénat avant d’être le cas échéant promulgué par Barack Obama, l’agence de presse internationale Voice of America (VOA) serait désormais obligée de soutenir la politique étrangère des Etats-Unis. Les rédacteurs du texte reprochent à Voice of America d’avoir abandonné cette mission au fil du temps. Les partisans de la réforme accusent l’antenne d’être devenue “trop” indépendante, d’avoir même tenu des propos “anti-américains”. Historiquement, VOA servait la diplomatie américaine en contrant la propagande nazie, puis chinoise et soviétique. En 1976, le président Gerald Ford a consacré les principes de “fiabilité, objectivité et exhaustivité” dans la charte de VOA, devenue une source indépendante dans les zones où régnait la censure. Si ces principes demeurent dans le nouveau texte, il est désormais requis que les informations de VOA soient “cohérentes” avec “les grandes lignes de la politique extérieure des États-Unis” et “promeuvent” cette dernière. Cette nouvelle notion de “promotion” de la politique extérieure risque clairement d’affecter le contenu de VOA. Par rapport à la loi de 1994, les priorités sont inversées dans le Reform Act, qui fait passer une programmation centrée sur les États-Unis et leur politique étrangère avant l’importance de fournir une information indépendante aux populations qui n’y ont pas accès autrement. “Reporters sans frontières appelle les autorités américaines à ne pas transformer des médias comme Voice of America, Radio Free Europe et Radio Free Asia en outils de communication diplomatique, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. Que ces médias portent une vision américaine de la liberté est légitime. Les inciter ou les forcer à soutenir des positions diplomatiques et tenir compte des intérêts nationaux les fait entrer dans une logique de guerre de l’information extrêmement regrettable.” Au delà de la description des principes de VOA, le Reform Act exprime dans le tout premier article de la loi que les médias à portée internationale financés par le gouvernement fédéral “existent pour l’avancement des intérêts et des valeurs des États-Unis”. Il est crucial que les journalistes du réseau de médias dépendants du financement américain ne soient pas soumis à l’obligation de porter ces intérêts, même s’il leur est demandé de présenter “des informations fiables, objectives et exhaustives (...) aux sociétés dépourvues de médias libres”. Dans plusieurs pays, comme le Turkménistan, l’Azerbaïdjan ou l’Ouzbékistan, les services en langue locale de Radio Free Europe/Radio Liberty constituent l’une des très rares sources d’information indépendantes, tout comme VOA en Iran. L’aide précieuse qu’apportent ces médias ne peut continuer que s’ils poursuivent leur travail sans directive de la part du gouvernement américain.