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13 janvier 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les directives du Département de la propagande pour 2011


En guise de vœux de bonne année, le Département de la propagande, instance directement placée sous l’autorité du Parti communiste chinois, envoie ses directives aux différents médias chinois. Considérées comme secret d'Etat, elles sont transmises oralement aux journalistes par des officiels du Département de la propagande lors de réunions pendant lesquelles il est interdit de prendre des notes. Reporters sans frontières a obtenu une transcription de ces consignes : Elles imposent le silence sur les problèmes sociaux et économiques, afin de "rassurer" le peuple et de défendre l'idée de croissance juste. De nombreux sujets ne doivent pas être abordés, si ce n’est de façon à ne pas heurter la ligne du parti : le marché de l'immobilier, la hausse des prix, la corruption, les démolitions de logements et la délocalisation forcée de la population, les permis de résidence, l'absence de sécurité sociale, le mauvais service des transports à l’occasion du nouvel an chinois, le mécontentement populaire exprimé dans des manifestations antigouvernementales. Il est interdit aux médias de parler des affaires criminelles importantes, qui sont désormais classées selon quatre degrés de gravité. Des quotas sont imposés pour les parutions d'articles concernant les catastrophes naturelles ou les accidents graves. Sur ces derniers sujets, le département entend également limiter la circulation de l’information, en interdisant aux journaux régionaux d’échanger entre eux et aux journalistes de répondre à des interlocuteurs étrangers. Reporters sans frontières est consternée par ces directives qui montrent les efforts de contrôle des médias par le Parti communiste chinois et le degré de censure dans le pays. L’usage est malheureusement courant. Le Département de la propagande avait, par exemple, remis des ordres écrits stricts aux rédactions lors de l’exposition universelle à Shanghai en mai 2010 sur la façon de traiter l’information. Ces dernières consignes, véritable carcan éditorial, sont une injure de plus au droit des citoyens à être informés et une intimidation de plus contre les journalistes. Reporters sans frontières s’inquiète également de l’effet de ces directives sur les défenseurs de la liberté d’expression, qui se verront empêcher d’échanger de l’information et de relayer les articles entre eux. Elles visent à casser l’existence les réseaux de dissidents, de défenseurs des droits de l’homme et de journalistes citoyens engagés qui se sont constitués au fil des années. Lorsque ces directives ne sont pas appliquées à la lettre, les autorités n'hésitent pas à recourir à la censure, aux violences et aux arrestations pour réduire au silence les défenseurs de la liberté d'expression.