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12 mars 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les deux journalistes de The Independant Observer enfin acquittés


Reporters sans frontières prend note de la décision de la Haute Cour de justice de Freetown du 10 mars 2014 d’abandonner les poursuites contre Jonathan Leigh et Bai Bai Sesay, respectivement rédacteur en chef et rédacteur adjoint du quotidien d’opposition the Independant Observer. "Il aura fallu à la justice sierra-léonaise plus de dix audiences pour se prononcer sur cette affaire. Si la décision du juge d’acquitter les deux journalistes met un terme à leurs six mois de calvaire, elle ne rend pas honneur aux instituions du pays dans la mesure où les journalistes ont été forcés de plaider coupables à une accusation de "complot de sédition par voie de presse". La politique de harcèlement judiciaire du gouvernement sierra-léonais constitue une menace pour les libertés fondamentales. Les autorités utilisent de façon arbitraire les délits de diffamation et de sédition pour intimider les acteurs de l’information et n’hésitent pas à laisser traîner les procédures en cours afin de les maintenir sous pression", déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Après s’être présentés à plus de dix reprises devant la justice depuis octobre dernier, Jonathan Leigh et Bai Bai Sesay ont finalement été acquittés le 10 mars 2014. Ils étaient poursuivis au départ pour 26 chefs d’accusation qui tombent sous le coup de sédition et de diffamation suite à la publication d’un éditorial critique sur le Président Erneist Bai Koroma dans The Independant Observer. Le gouvernement avait ensuite décidé d’abandonner 25 des charges retenues contre eux, avant leur dernière audience, pour ne retenir que celle de « complot de sédition par voie de presse ». Au cours de l’audience du 10 mars, les deux journalistes ont été contraints de plaider coupable. Selon l'Association de journalistes de Sierra Léone (SLAJ), avant de les laisser partir, le juge les a mis en garde et a rappelé que "la vérité seule ne suffit pas à contrer les accusations en diffamation. Il faut prouver au delà de tout doute raisonnable que la publication sert l’intérêt public". Le juge n’a pas précisé qui définissait cet intérêt. L’article “Who is molesting who, the President or the VP ?” publié dans the Independant Observer avait tout d’abord valu aux deux journalistes d’être arrêtés le 18 octobre 2013. Ils avaient été relâchés le 4 novembre 2013 après versement d’une caution de 500 millions de leones (près de 85 000 euros) chacun. La Sierra Léone occupe la 72e place dans le classement mondial 2014 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Le pays perd 10 places par rapport à l’édition de 2013. -------------------------------------------------------- 24.10.2013 - Les poursuites se multiplient autour d'un éditorial critique envers le président Koroma Reporters sans frontières s'alarme de l'acharnement politico-judiciaire dont semblent faire l'objet Jonathan Leigh et Bai Bai Sesay, respectivement rédacteur en chef et rédacteur adjoint du quotidien d'opposition Independant Observer. Arrêtés à Freetown par le Département d'enquête criminelle (Criminal Investigation Department-CID) le 18 octobre 2013, au lendemain de la publication dans l'Independent Observer d'un éditorial intitulé “Who is molesting who, the President or the VP?”, qui critiquait Ernest Bai Koroma, les deux journalistes sont depuis maintenus en détention. "Nous demandons aux autorités judiciaires la libération immédiate et sans contrepartie des deux journalistes, détenus depuis sept jours, de façon arbitraire et dans de mauvaises conditions", a déclaré l'organisation de défense de la liberté d'information. "Par ailleurs, nous nous interrogeons sur les raisons de ce déferlement de poursuites judiciaires et administratives. Pourquoi le Département d'enquête criminelle, une unité de police chargée d'enquêter sur des crimes majeurs, a-t-il été le premier à se saisir du problème? En plus des poursuites au civil lancées par le parti au pouvoir, au nom du Président de la République, la Commission des Médias indépendants (ICM) s'est également invitée à la table des justiciers. Pourquoi un tel acharnement sur deux journalistes qui n'ont fait que leur travail et publié un article d'opinion? Nous appelons le gouvernement sierra léonais à respecter ses engagement internationaux en matière de liberté d'expression et à garantir la liberté de la presse dans son pays", a conclu Reporters sans frontières. Le Directeur du CID avait d'abord déclaré que Jonathan Leigh et Bai Bai Sesay étaient poursuivis en vertu de la section 33 du "Public Order Act" de 1965 qui concerne les affaires de diffamation. Des informations plus récentes signalent qu'ils seraient inculpés pour "incitation à la trahison" selon l'article 17 (3)(a) de la Constitution. Cette aggravation des charges en dit long sur la politisation de l'enquête. Le parti au pouvoir, le All People's Congress (ACP), a engagé des poursuites en diffamation contre les deux journalistes, au nom du président Ernest Bai Koroma. A la publication de l'article, ce dernier les avait sommé de publier un démenti et de présenter des "excuses sans réserves". Arrêtés le jour même, ils n'ont pas eu le temps de réagir à cette demande. Une procédure administrative est également en cours puisque la Commission des Médias indépendants (ICM), organe gouvernemental de régulation, a convoqué le 22 octobre les deux journalistes incriminés pour interrogation. Contacté par Reporters sans frontières, Moses Kargbo, secrétaire général de l'Association des journalistes de Sierra Léone (SLAJ), a indiqué que les deux prévenus ont été présentés le 23 octobre dans l'après-midi devant le juge qui a refusé leur libération sous caution. La lecture des 26 chefs d'accusation de "diffamation séditieuse" retenus contres les journalistes a duré plus d'une heure. Une seconde audience est prévue le 29 octobre prochain. Entre- temps, les journalistes seront détenus à la prison centrale de Freetown. Les tentatives d'intimidation contre les médias continuent: l'imprimeur de l'Independent Observer ainsi que des journalistes du Global Time et de Salone Times ont été convoqués pour audition par la police. La Sierra Leone est classée 61ème sur 178 pays dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières Photo : le Président Koroma