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16 décembre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les blogueurs célébrés par les défenseurs des droits de l’homme mais brutalisés par le Parti


Alors qu’ils ont été mis à l’honneur au cours d’une cérémonie organisée par Le Réseau des Droits de l’Homme Vietnam (Vietnam Human Rights Network) - en collaboration avec l’Association France-Vietnam d’Entraide - à Paris le 8 décembre 2013, les blogueurs vietnamiens sont toujours aussi maltraités par les autorités. L’avocat des droits de l’homme, Lê Quoc Quân, le blogueur Trần Huỳnh Duy Thức, responsable du groupe de Recherche pour la Démocratie et Nguyễn Hoàng Quốc Hùng, défenseur des droits des travailleurs, ont reçu le prix des Droits de l’Homme Vietnam 2013, lors d’une réception à laquelle Reporters sans frontières a participé avec d’autres organisations, comme Avocats sans frontières. Dans les jours qui ont précédé et suivi cet événement, plusieurs blogueurs ont été brièvement arrêtés et brutalisés par la police politique. “Nous condamnons avec la plus grande fermeté les violences exercées par les forces de l’ordre contre des cyberdissidents et net-citoyens. Ces méthodes odieuses ne sont qu’une preuve de la faiblesse des autorités, qui cherchent par tous les moyens à museler les voix opposées au régime” a déclaré Reporters sans frontières. “Nous félicitons chaleureusement les lauréats du Prix des Droits de l’Homme Viêt-Nam 2013, et espérons que cette reconnaissance fera enfin comprendre aux autorités l’importance de la liberté d’expression et de l’information. Nous réaffirmons notre soutien inconditionnel aux blogueurs et rappelons aux autorités que la répression dont elles se rendent coupables n’est ni juste ni efficace. La remise du prix des droits de l’homme au Vietnam et la création d’un nouveau réseau de jeunes blogueurs vous le démontrent, Messieurs les officiels du Parti : plus vous vous entêterez à museler la presse et les acteurs citoyens de l’information, plus vous rencontrerez de résistance de leur part, toujours pacifique, et plus nous agirons de concert pour permettre à l’information de circuler librement dans votre pays”, a ajouté l’organisation. Trois militants engagés dans le combat pour la liberté, les droits de l’homme et la démocratie ont été récompensés. Représentée par son responsable du bureau Asie-Pacifique, Benjamin Ismaïl, lors du prix des Droits de l’Homme Vietnam 2013, Reporters sans frontières a pu témoigner du grand courage dont font preuve Le Quoc Quan et Tran Huynh Duy Thuc, actuellement derrière les barreaux pour leur travail d’information en ligne. La cérémonie a également été l’occasion de diffuser au public les interviews de la blogueuse Huyn Thuc Vy, lauréate du prix en 2012, qui a déjà subi des violences policières par le passé, de l’épouse de Le Quoc Quan, et du père de Tran Huynh Duy Thuc. Lire la traduction française du discours de l'épouse de Le Quoc Quan Lire ici la traduction de l'intervention du père de Tran Huynh Duy Thuc Dans sa vidéo, Huyn Thuc Vy tout en remerciant les individus présents pour le soutien apporté aux lauréats, a souligné l’importance du combat mené par les Vietnamiens, tant de l’intérieur que de l’extérieur, pour les générations futures : “Il y a un an, j’ai eu l’honneur de recevoir ce prix avec deux autres jeunes femmes de grand courage qui ont connu la prison communiste. Je vous remercie de m’avoir permis de dire quelques mots au cours de cette manifestation importante. (…) En cette période de fête, pensons à nos trois amis Le Quoc Quan, Tran Huynh Duy Thuc, Nguyen Hoeng Quoc Hung alors que la vie est courte, eux doivent subir une dizaine d’années de prison, et même plus. Nous, les Vietnamiens de l’intérieur, et surtout ceux de l’extérieur devons élever notre voix pour nos trois amis. Ainsi, je remercie particulièrement nos compatriotes à l’étranger de n’avoir pas oublié notre pays, les jeunes que nous sommes, vivant au Vietnam, peuvent avoir confiance dans notre combat pour la liberté, les droits de l’homme, et la démocratie dans notre pays. Nous avons ressenti de votre part un soutien sans faille, et nos amis Le Quoc Quan, Tran Huynh Duy Thuc, Nguyen Hoeng Quoc Hung, même si ils ne peuvent être présents ici, aujourd’hui pour être honorés pour leur courage, leur engagement et leur patriotisme, ont apprécié pleinement, comme leur famille, cet encouragement exceptionnel.” L’épouse de Le Quoc Quan, a tenu à remercier sincèrement les organisateurs de du prix, pour leur soutien et pour l’encouragement que cette récompense constitue pour son mari, ainsi que pour tous les lauréats et les personnes vivant une situation similaire. Elle a exprimé sa conviction que le soutien, de tous, et de quelque nature qu’il soit, était d’une aide considérable pour Le Quoc Quan, actuellement en prison et dans l’attente de son procès en appel. Enfin, elle a conclu son allocution en espérant que tous ces efforts paieraient pour que Le Quoc Quan, et tous les prisonniers de conscience puissent un jour recevoir en personne les récompenses qui leur seront attribuées pour leur combat. Reporters sans frontières, en association avec de nombreuses organisations de défense des libertés a adressé une lettre au juge en charge du procès en appel de Le Quoc Quan, appelant de manière conjointe et unanime à la libération de l’avocat. Se basant sur des éléments juridiques, cette lettre ouverte, également adressée aux ambassadeurs étrangers basés à Hanoï, démontre la faiblesse des accusations de fraude fiscale à son encontre, et met en évidence les manquements aux droit international intervenus lors du jugement du 2 octobre 2013. Lire la lettre ouverte au juge en anglais, et vietnamien. Lire les portraits des lauréats Mais alors qu’à l’extérieur, les blogueurs vietnamiens sont récompensés pour leur engagement, de l’autre, ils sont chez eux les cibles des autorités. Des blogueurs ont été harcelés par les forces de police, alors qu’ils s’étaient rassemblés, le 8 décembre dernier, pour célébrer la Journée internationale de droits de l’Homme et le lancement officiel du réseau de blogueurs vietnamiens: Network of Vietnamese Bloggers (NVB), le 10 décembre. Réunis à Saïgon et Hanoï, les activistes et blogueurs arboraient des ballons verts portant le message “nos droits humains doivent être respectés”. Les policiers, en uniforme et en civil sont intervenus pour disperser les foules, ont déchiré les exemplaires des déclarations universelles des droits de l’homme brandis par les militants, et ont percé les ballons. A Saïgon, les blogueurs Chau Van Thi et Hoang Dung ont été frappés par des policiers en civils, et à Hanoï, Dao Trang Loan, Le Hien Duc et Pham Minh Vu ont été violemment malmenés. A Saïgon, vers 17h le même jour, un groupe de blogueurs a été pris à parti alors qu’il se rendait à cette même manifestation. La net-citoyenne Nguyen Hoang Vi a été traînée et battue lors d’un attroupement, et Me Nam a été poussée à terre alors qu’elle portait son fils âgé d’un an. Les deux blogueuses ont été forcées de retourner à leur domicile, où elles ont été cloîtrées pendant de nombreuses heures par un officier de police. Les blogueurs Hoang Dung, Nguyen Tien Tuyen, Tran Hoang Han, Trung Hieu Hieu, Vo Cong Dong, Hoang Bui et Tin Ba, qui se trouvaient à proximité, se sont précipités pour les aider et ont également été frappés. Au delà de la répression ponctuelle des autorités lors de la tenue d’événements d’activistes et blogueurs, ces dernières s’en prennent de manière répétée aux blogueurs dont la visibilité est accrue. Ainsi Nguyen Phuong Uyen, expulsée le 29 novembre dernier de son université pour avoir “enfreint la loi de la République socialiste du Vietnam”. Sa mère, Nguyen Thi Nhung, a fait savoir que depuis sa libération en août dernier, Nguyen Phuong Uyen était sous surveillance constante des autorités et isolée de force. La police a ordonné à ses proches, voisins et amis de ne pas entrer en contact avec elle en raison de sa nature “réactionnaire”. En septembre dernier, sa mère et elle avaient été brutalisées et renvoyées de force à Hanoï par les autorités qui avaient fait irruption lors d’un dîner entre amis. Cliquez pour voir la vidéo. La situation du professeur et blogueur Dinh Dang Dinh est également préoccupante. Condamné en appel le 26 novembre 2012 à six ans de prison en vertu de l’article 88 du code pénal, pour avoir notamment écrit des articles en ligne dénonçant la corruption de certains officiels ou d’autres sujets sensibles comme l’exploitation des mines de bauxite. Dinh Dang Dinh a vu son état de santé se dégrader de manière significative, notamment à cause des mauvais traitements dont il a fait l’objet de la part du personnel pénitencier. Reporters sans frontières publie aujourd’hui une lettre adressée par sa famille, réclamant une exemption de peine de prison. Le professeur, qui souffre d'un cancer du foie, vient d'être opéré le mois dernier. Parce que le Vietnam se situe à la 172ème place du classement de la liberté de la presse et figure dans le Rapport Spécial surveillance 2013 ‘Les Ennemis d’Internet’, Reporters sans frontières soutient les acteurs indépendants de l’information à travers plusieurs initiatives : En juillet 2013, l’organisation a lancé une pétition appelant à la libération des 35 blogueurs actuellement derrières les barreaux. Même si elle n’a pu la remettre au Premier ministre Nguyen Tan Dung, en visite à Paris en septembre dernier, l’organisation prévoit de nouvelles tentatives pour la faire parvenir en haut lieu. La pétition a déjà récolté plus de 32 000 signatures. Vous aussi, apportez votre soutien en signant ici. A la fin du mois de septembre, Reporters sans frontières a publié un rapport d’enquête révélant les coulisses de la censure des médias traditionnels et dénonçant la répression à l’encontre de la communauté des blogueurs, des cyberdissidents et défenseurs des droits de l'homme. Lire le rapport Vietnam : “La mort programmée de la liberté de l’information” ici. L’organisation a également entrepris de collecter des fonds pour continuer à soutenir financièrement et matériellement les acteurs de l’information censurés et réprimés. Soutenez l’initiative de Reporters sans frontières : faites un don ici.