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16 décembre 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les autorités imposent le blocus de l’information sur les évènements de Wukan, l’étau se resserre sur les micro-blogs


L’appareil de censure chinois s’est mis en branle pour étouffer les informations sur la rébellion dont le village de Wukan, situé dans la province de Canton (sud du pays), est le théâtre depuis quelques jours. Les habitants y dénoncent les saisies de terre abusives et les ententes entre cadres locaux et promoteurs. La mort de l’un des porte-paroles des paysans, Xue Jinbo, au cours d’une garde à vue, le 11 décembre 2011, a mis le feu aux poudres. Les villageois, qui récusent la thèse selon laquelle son décès serait dû à une crise cardiaque, sont descendus dans la rue par milliers et réclament une enquête diligentée par Pékin. En vain. Les autorités chinoises ont réagi en instaurant un blocus de fait du village et en tentant d’empêcher la couverture médiatique de ces événements et leur résonnance sur le Web chinois via les réseaux sociaux. Les habitants les ont utilisés pour signaler le fait que le village était encerclé par des policiers. Le mot-clé Wukan est désormais bloqué. Les “hot tweets” sont surveillés de près. Une vidéo montrant le rassemblement de plusieurs milliers de villageois, pour dénoncer l’arrestation de leurs leaders, a été retirée rapidement par les censeurs des sites de micro-blogging Sina et Tencent Weibo, très populaires auprès des internautes chinois. Les manifestants y scandaient des slogans tels que : “A bas les officiels corrompus” et “Compensation pour le sang versé”. “Une fois de plus, les autorités chinoises tentent d’étouffer une affaire de corruption locale, malgré le fait qu’elle se soit soldée par la mort d’un homme et qu’elle souligne un problème majeur en Chine, les abus des expropriations. Cet acte de censure criminelle est révélateur du sentiment profond de nervosité des autorités face aux répercussions du printemps arabes et du rôle de caisse de résonnance joué par Internet et les réseaux sociaux. Elles cherchent à intimider les net-citoyens et les inciter à l’auto-censure”, a déclaré Reporters sans frontières. Le scénario qui se joue à Wukan est désormais monnaie courante dans le pays. Fin octobre 2011, les informations à propos d’émeutes dans l’Est, avaient été filtrées, et les recherches sur le bourg de Zhili, lieu des incidents, bloquées. Même chose en Mongolie intérieure, suite aux protestations consécutives au décès d’un éleveur mongol, le 20 octobre 2011. De nombreux sites mongols avaient appelé à manifester contre les tentatives du gouvernement d’étouffer l’affaire, et plusieurs d’entre eux avaient été bloqués dès le 27 octobre 2011, comme Boljoo, Mongolian BBS et Medege. “Les censeurs tentent de plus en plus d’empêcher la diffusion de l’information en amont. En témoignent les récents efforts des censeurs destinés à resserrer le contrôle de l’information, en s’appuyant encore davantage sur les leaders de l’Internet chinois. Les entreprises ont promis de lutter contre la pornographie en ligne, la fraude sur Internet et la diffusion de rumeurs et de fausses informations. Cette lutte contre les “rumeurs” est instrumentalisée par le gouvernement, qui s’en sert en réalité pour faire taire les voix dissidentes et justifier des arrestations arbitraires,” a déploré l’organisation. En plus de ses efforts pour contrôler l'information sur Internet et supprimer "les fausses informations répandues sur Weibo, QQ et des forums en ligne, (qui selon les autorités) ont eu une influence néfaste sur la société", le gouvernement réprime de la même manière les professionnels des médias, et en particulier les journalistes d'investigation. Le 24 novembre dernier, Wang Xiangqian, journaliste pour le Commerce daily (商日报) dans la province du Henan, dans le nord de la Chine, a été frappé par un membre du personnel du "Bureau d'Etat pour les lettres et appels" à Nanyang. Le journaliste a été agressé alors qu'il était venu enquêter sur les dépenses publiques du Bureau, censées être communiquées sur demande. Le 19 septembre dernier, à Luoyang dans la région du Henan (est), Li Xiang (李翔), journaliste de Luoyang Television (洛阳电视台), était retrouvé mort. Le journaliste, poignardé à plusieurs reprises, avait couvert le dernier scandale alimentaire révélé dans sa région (des huiles alimentaires frelatées) et l’avait rapporté sur son blog. Deux net-citoyens, Mr She and Mr Xiao, ont récemment été arrêtés et condamnés à cinq jours de détention administrative pour “utilisation d’Internet pour répandre des rumeurs et perturber l’ordre public”. Ils avaient posté en ligne une vidéo montrant des milliers de policiers armés portant des gants blancs de cérémonie, et assistant apparemment à la procession d’un mariage local. Intitulée humoristiquement “Le mariage le plus chic de Changsha, grâce à 5000 policiers”, la vidéo a largement circulé sur le web et suscité de nombreux commentaires d’internautes croyant qu’ils regardaient le mariage d’un officiel haut-placé. Les autorités chinoises ont démenti, affirmant que la présence des policiers à cet endroit était une simple coincidence. Par ailleurs, le site officiel de la municipalité de Pékin a annoncé aujourd’hui que les internautes désirant ouvrir des microblogs sur des sites enregistrés dans la capitale chinoise, devront s’identifier sous leur vrai nom. Parmi les sites concernés : Sina.com, l’équivalent chinois de Twitter, qui comprend 250 millions de compte. Enfin, Reporters sans frontières dénonce vivement la décision de la Chine de remettre en prison pour trois ans l'avocat Gao Zhisheng. D’après l'agence Chine nouvelle, citée dans une dépêche de l’Agence France-Presse, il aurait "violé les règles de sa mise en liberté conditionnelle". L’un des défenseurs des droits de l’homme les plus célèbres du pays, un temps pressenti pour le prix Nobel de la paix, il avait disparu depuis avril 2010, à la suite de plusieurs enlèvements et disparitions commandités par les autorités. En détention, il avait été victime de torture. Il avait été condamné à trois ans de prison en 2006 pour "incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat" pour avoir publié neuf textes critiques sur des sites Internet d'opposition basés à l'étranger.