BAHREIN
Reporters sans frontières condamne avec force la mort en détention du net-citoyen
Zakariya Rashid Hassan, le 9 avril 2011. Il avait été arrêté le 2 avril pour “incitation à la haine”, “publication de fausses nouvelles”, “promotion du sectarisme”, et “appel au renversement du régime sur des forums en ligne”. Il administrait un forum (
http://www.aldair.net/forum/), fermé depuis, donnant des informations sur son village natal, Al-Dair. Le ministère de l’Intérieur a évoqué une drépanocytose (ou anémie à cellules falciformes) à l’origine de son décès. Explication rejetée par la famille du défunt.
Trois autres net-citoyens sont toujours derrière les barreaux :
Fadhel Abdulla Ali Al-Marzooq et
Hani Muslim Mohamed Al-Taif, arrêtés les 24 et 27 mars 2011, administraient des forums sur lesquels les internautes pouvaient discuter des événements.
Ali Hasan Salman Al-Satrawi, arrêté le 25 mars, était l’un d’eux. Quant au blogueur
Abduljalil Al-Singace, arrêté le 16 mars, Reporters sans frontières est toujours sans nouvelles de lui.
L’organisation est également inquiète des charges retenues par le procureur militaire général à l’encontre de
Nabeel Rajab, président du Bahrain Center for Human Rights, qui est accusé d’avoir publié sur Twitter, le 9 avril, de fausses photos d’une des deux personnes décédées en prison le jour-même. Dans son tweet, Nabeel Rajab affirme qu’Ali Isa Saqer serait décédé à la suite de tortures infligées en détention.
Reporters sans frontières rappelle que, d’après une information de la
Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme, le procureur militaire général a publié un décret, le 28 mars dernier (décret n°5 pour l’année 2011), interdisant la publication de toute information relative à des enquêtes en cours conduites par le Procureur militaire, et ce pour des raisons de sécurité nationale. La publication d’un tel décret renforce l’arsenal de mesures prises par les autorités pour imposer le silence sur l’ensemble des exactions commises par les forces de l’ordre.
Par ailleurs, le 11 avril 2011, le procureur général du Bahreïn a mis en examen les trois journalistes d’
Al-Wasat, limogés le 3 avril dernier, pour avoir commis de “graves abus”, en diffusant des informations fausses et mensongères, portant atteinte à l’image et à la réputation du pays à l’étranger (lire
http://fr.rsf.org/bahrein-volonte-des-autorites-bahreinies-04-04-2011,39943.html).
Le rédacteur en chef,
Dr. Mansour Al-Jamari, le directeur de publication,
Walid Nouihid, et le responsable des pages d’informations locales
Aqil Mirza indiquent d’avoir une convocation par fax de l’organe en charge de gérer les médias (Information Affairs Authority).
Le ministre de l’Information avait annoncé, le 3 avril 2011, la fermeture du journal d’opposition
Al-Wasat, fondé en 2002. Cette décision faisait suite à la diffusion, la veille, d’un programme accusant
Al-Wasat de vouloir nuire à la stabilité et à la sécurité du Bahreïn. L’organe en charge de gérer les médias avait quant à lui décidé d’autoriser à nouveau la parution et distribution du journal à compter du 4 avril, après que trois de ses principaux journalistes ont été contraints de démissionner (lire:
http://fr.rsf.org/bahrein-volonte-des-autorites-bahreinies-04-04-2011,39943.html). Le 4 avril, deux journalistes irakiens travaillant pour le journal depuis 2005,
Raheem Al-Kaabi et
Ali Al-Sherify, ont été expulsés du Bahreïn.
En outre, les photographes
Mujtaba Salmat et
Hossein Abbas Salem (aussi connu sous le nom de Hossein Al-Khal) ont été arrêtés respectivement les 17 et 28 mars 2011. Tous deux membres de l’Association bahreïnie de photographie, ils couvraient les manifestations place de la Perle. Mujtaba Salmat en avait diffusé certaines sur
Facebook. Le journaliste sportif
Faysal Hayyat a également été arrêté le 8 avril 2011 pour avoir participé au mouvement du 14 février. Sa photo a été diffusée à la télévision officielle, avec la mention “traître”.
LIBYE
Reporters sans frontières a appris l’arrestation, le 6 avril 2011, de trois journalistes de
MBC,
Hassan Zeitouni, journaliste algérien,
Majdi Hilal, cameraman égyptien et
Mohamed Al-Shoueidi, cameraman libyen, originaire de Benghazi. Les trois journalistes ont été arrêtés à Ajdabiya dans l’après-midi du 6 avril, alors qu’ils se rendaient sur le front à Brega. Hassan Zeitouni est apparu sur la chaîne nationale libyenne le 8 février à minuit. D’après des informations recueillies par l’organisation, ce journaliste aurait été libéré le 9 avril dernier dans la soirée.
Avec ces arrestations, le nombre de journalistes actuellement détenus par les forces loyalistes à Mouammar Qadhafi s’élève à au moins 9.
En effet, les autorités de Tripoli détiennent toujours:
- quatre journalistes arrêtés le 5 avril 2011:
-
Clare Morgana Gillis, journaliste freelance américaine qui couvrait les événements dans l’est du pays pour le site
TheAtlantic.com et d’autres médias américains
-
James Foley, correspondant américain du
GlobalPost.com, travaillant également pour
Stars and Stripes et
Al-Jazeera
-
Manu Brabo, photographe freelance espagnol
-
Anton Hammerl, photographe freelance sud-africain
- le journaliste tuniso-canadien d’
Al-Alam,
Lotfi Ghars, depuis le 16 mars
- la journaliste syrienne,
Rana Akbani, arrêtée depuis le 28 mars dernier
- les deux journalistes d’
Al-Jazeera toujours détenus depuis le début du mois de mars :
Ammar Al-Hamdane (Norvégien) et
Kamel Al-Tallou (Britannique)). Le journaliste mauritanien
Ahmed Vall Ould el-Dine a quant à lui été libéré ce 11 avril 2011.
On ignore avec précision le nombre de journalistes libyens actuellement détenus.
D’après le
Comité de protection des journalistes, le journaliste indépendant
Matthew VanDyke a quant à lui disparu depuis le 12 mars. Il aurait été capturé par les forces loyales au colonel Kadhafi alors qu’il se rendait à Brega, dans l’est du pays.
Les deux journalistes de la
Komsomolskaïa Pravda,
Dmitry Steshin et
Aleksandr Kots, qui avaient disparu le 8 avril en fin de matinée, ont été libérés par les rebelles dans la soirée.
EMIRATS ARABES UNIS
Le blogueur et militant des droits de l’homme
Ahmed Mansour, cible de menaces de mort depuis plusieurs jours, a été arrêté le 8 avril 2011. Une dizaine d’hommes sont entrés chez lui et ont fouillé son domicile pendant près de trois heures. Ils ont saisi son ordinateur, des livres et des documents lui appartenant.
Farhad Salem Al-Shehhi, qui l’aidait à tenir son blog, a quant à lui été arrêté le lendemain. Ahmed Mansour était un des signataires d’une pétition demandant des élections directes dans le pays. Il s’était exprimé à ce sujet dans plusieurs émissions de télévision. Un troisième net-citoyen,
Nasser bin Ghaith, a été arrêté le 10 avril.
Aucune charge n’a été retenue pour le moment contre ces trois personnes, mais il semblerait que leurs commentaires sur les révolutions arabes, et leurs demandes pour une réforme démocratique du régime, soient à l’origine de leur arrestation.
SYRIE
Le journaliste du quotidien algérien
El-Watan,
Zine Cherfaoui, bloqué depuis le 7 avril dans la zone internationale de l’aéroport de Damas, a été invité à quitter le territoire le 10 avril 2011 par les autorités syriennes. Venu couvrir les manifestations, le journaliste n’aura pas pu entrer dans le pays.
Les autorités syriennes ont quant à elles limogé, le 9 avril 2011, la rédactrice en chef du quotidien gouvernemental
Tishreen,
Samira Al-Masalma, en raison d’un entretien accordé la veille à
Al-Jazeera sur les événements survenus à Deraa. Au cours de cette interview, elle a publiquement demandé au gouvernement d’arrêter les responsables de la tuerie survenue plus tôt dans la journée dans cette ville du sud du pays. "Les instructions de ne pas tirer sur des manifestants n’ont pas été respectées. Si ceci est le fait d’un parti tiers, ce que je crois, les forces de sécurité doivent les traduire en justice", avait elle déclaré à la chaîne qatarie.
Al-Jazeera avait rapporté que 37 civils avaient été tués au cours de la seule journée du 8 avril lors d’affrontements à Deraa, Homs et Harasta. Samira Al Masalma a annoncé son remplacement par le chef de la section d'affaires du journal, Munir Al Wadi.
Les autorités syriennes détiennent toujours le journaliste norvégien, d’origine syrienne,
Mohamed Zaid Mistou, correspondant pour le site d’informations
Al-Arabiya.net depuis le 7 avril dernier. Selon des médias jordaniens, les autorités syriennes auraient arrêté deux journalistes travaillant pour le
Arab Broadcasting Services,
Akram Abu Safi et
Sobhie Naeem Al-Assal, le 24 mars dernier.
Amer Matar, journaliste à
Al-Hayat, est également détenu depuis le 1er avril 2011 et
Zaher Omareen, depuis le 27 mars. La journaliste
Doha Hassan a quant à elle été libérée après avoir été interrogée pendant près de deux semaines.
Le blogueur kurde
Kamal Hussein Sheikhou, tout comme le blogueur
Ahmed Hadifa et le journaliste et écrivain
Mohamed Dibo, arrêtés depuis le début du mouvement de contestation populaire, sont toujours détenus.
Les forces de sécurité ont libéré, le 5 avril dernier,
George Baghdadi, correspondant pour plusieurs médias, parmi lesquels la
Deutsche Welle et de l’agence de presse espagnole
EFE. George Baghdadi avait été arrêté quatre jours plus tôt alors qu’il couvrait les manifestations dans la ville portuaire de Lattaquié.
YEMEN
Le journaliste
Mansour Al-Jaradi et le rédacteur en chef du journal indépendant
Al-Nass,
Oussama Ghalib, ont reçu des menaces de mort par téléphone, le 10 avril 2011, suite à la publication un rapport indiquant que le pouvoir était impuissant à contrôler Sanhan, région dont est originaire le président Ali Abdullah Saleh.
Par ailleurs, le distributeur du quotidien indépendant
Al-Oula,
Mohamed Al-Shaibani a été agressé, dans la soirée du 10 avril dans le quartier de Naqim à Sanaa, par des sympathisants du pouvoir, qui ont confisqué les exemplaires alors qu’il faisait sa tournée, affirmant que le journal était responsable de l’agitation contre le gouvernement.
Le poste de police situé à la porte “Bab El-Yemen” à Sanaa a empêché la distribution de l’édition du journal
Al-Sharia, datée du 9 avril 2011, destinée à la province Taez et aux provinces du sud du pays.