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31 mars 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les autorités continuent de persécuter les professionnels de l’information


Alors qu’arrestations, détentions et procès arbitraires se multiplient en Egypte, Reporters sans frontières réitère sa profonde inquiétude pour le sort des journalistes d’Al-Jazeera, dont le procès, qui s’est ouvert le 20 février dernier, reprendra le 10 avril 2014. Vingt personnes au total sont poursuivies pour “diffusion de fausses informations”, ce à quoi s’ajoutent pour les seize ressortissants égyptiens des charges “d’appartenance à une organisation terroriste” et d’ “atteinte à l’unité nationale et à la paix sociale”. Les quatre journalistes étrangers sont accusés d’avoir collaboré avec eux “en leur fournissant de l’argent, des équipements et des informations”. Trois des vingt prévenus sont détenus au Caire depuis le 29 décembre : l’Australien Peter Greste, l’Egypto-Canadien Mohamed Adel Fahmy et l’Egyptien Baher Mohamed.

Au cours de l’audience du 31 mars, et ce pour la première fois depuis le début du procès, Peter Greste et Mohamed Fahmy ont pu s’adresser directement au juge. Ils ont réaffirmé leur innocence et démenti tout lien avec les Frères musulmans ou une quelconque organisation terroriste. Ils ont également reitéré leur demande d’être remis en liberté sous caution, demande que le juge a une nouvelle fois refusé.

“Les autorités doivent cesser d’invoquer la lutte contre le terrorisme pour persécuter les voix dissidentes. Nous leur demandons de remettre en liberté tous les professionnels de l’information détenus sous ce prétexte fallacieux et de mettre fin à toutes les poursuites judiciaires à leur encontre. Nous les exhortons à respecter la Constitution récemment adoptée ainsi que les engagement internationaux de l’Egypte en matière de liberté de l’information”, déclare Lucie Morillon, directrice de la recherche et du plaidoyer à Reporters sans frontières.

Inquiétudes pour la santé des journalistes d’Al-Jazeera

L’état de santé de Mohamed Fahmy est préoccupant. Souffrant d’une blessure à l’épaule, le journaliste n’a pas reçu les soins adéquats et ne peut plus bouger le bras. Sa famille avait adressé un courrier au président par intérim Adly Mansour pour demander à ce qu’il soit libéré et à ce qu’il ait accès à des soins médicaux appropriés.

Les parents de Peter Greste avaient eux aussi sollicité l’intervention du Président égyptien en faveur de la libération de leur fils. Dans les deux cas, Adly Mansour a exprimé toute sa “compassion” aux familles mais s’est borné à “réaffirmer l’indépendance de l’autorité judiciaire”.

La chasse aux journalistes se poursuit

Un autre collaborateur d’Al-Jazeera, Abdallah Al-Shami, est détenu depuis le 14 août dernier sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre lui. Le journaliste a entamé une grève de la faim le 23 janvier pour protester contre sa détention arbitraire. Celle-ci a néanmoins été prolongée de 45 jours le 13 mars.

Plusieurs collaborateurs du réseau d’information Rassd, dont Amro Al-Qazzaz et Islam Al-Homsi, sont poursuivis devant un tribunal militaire depuis le 24 février dernier pour avoir “divulgué des informations confidentielles” et “insulté le Maréchal Sissi”. Le juge aurait refusé leur demande d’être représentés par un avocat au cours de la première audience. Leur procès reprendra le 2 avril prochain.

Deux journalistes ont été condamnés à des peines de prison ferme du fait de leurs activités professionnelles ces deux dernières semaines : Samah Ibrahim, correspondante du quotidien Al-Adala wa Al-Hurriya, a été condamnée à un an de travaux forcés tandis que Mohamed Ali Salah, photographe d’Al-Shaab, a écopé de trois ans de réclusion criminelle.

A ce jour, au moins une vingtaine de journalistes sont détenus arbitrairement en Egypte. Le pays occupe la 159ème place sur 180 dans le classement de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières.