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14 février 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les arrestations de journalistes pour "propos séditieux diffamatoires" comme outils de répression


Reporters sans frontières est vivement préoccupée par les arrestations en série de journalistes menées par le Département d'enquête criminelle de la police (Criminal investigation department –CID) sous des accusations de diffamation. "La multiplication des arrestations et détentions de journalistes par le département criminel de la police est très inquiétante. Les autorités utilisent de façon arbitraire les délits de diffamation et de sédition pour intimider les acteurs de l’information. Pour preuve de cela, il n'y a qu'à observer la façon dont, une fois accusés, les journalistes sont ballotés d'une audience à l'autre au cours d'un processus judiciaire qui s'éternise sans arriver à aucune conclusion dans un sens ou un autre. Nous demandons gouvernement sierraléonais de mettre un terme à ce harcèlement politico-judiciaire et d'abandonner toutes les poursuites contre les journalistes", déclare Cléa-Kahn Sriber. responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. "Par ailleurs, il est anormal que le département d’enquête criminel soit saisi des dossiers relatifs à la presse et court-circuite ainsi la Commission des Médias Indépendants (IMC). Si la question de diffamation se pose, il faut laisser l'IMC faire son travail, et au besoin la renforcer, afin qu'elle puisse pleinement jouer son rôle de régulateur et de garant de la déontologie", ajoute-t-elle. Depuis le mois d'octobre, sept journalistes ont été arrêtés et deux médias perquisitionnés par les forces de l'ordre. Le 11 février, le journaliste Theophilus Gbenda, producteur d’un programme sur Culture Radio, a été arrêté pour "propos diffamatoires incitant à la révolte" à l'issue d'une émission dans laquelle un invité avait fait des remarques sur une affaire foncière qui avaient irrité le vice-président Sam Sumana. Convoqué devant la IMC, il n'a pas eu le temps de s'y rendre car il s'est rapidement fait arrêter par la police. Présenté au juge hier, la Cour n'a pas statué sur son cas et son procès a été reporté sine die. Le 15 janvier 2014, des policiers du CID avait arrêté Dr. Julious Spencer et Alusine Sesay, respectivement directeur de publication et rédacteur en chef de Premier Media, suite à une plainte déposée par le ministre de l’Information Alpha Kanu, prétendant que le journal avait publié un article jugé diffamatoire par le gouvernement. Pendant la journée de garde à vue des deux journalistes, la police s’est rendue dans les locaux de Premier Media et a confisqué de nombreux équipements multimédia. La veille, c'était le directeur de publication et le rédacteur en chef de The Independent Observer Newspaper, Jonathan Leigh et Baibai Sesay qui avaient été convoqués au CID, visés par ce même ministre de l’Information pour propos diffamatoire et séditieux. Le 11 janvier 2014 déjà, le journal avait été dévalisé par les forces de police qui avaient saisi du matériel informatique et arrêté le journaliste N’Fa Allie Turay, relâché seulement après plusieurs heures d’interrogatoire. Jonathan Leigh et Baibai Sesay avaient déjà fait l'objet d'une arrestation suite à un article sur le Président de la République. Poursuivis pour 26 chefs d’accusation de diffamation et sédition, ils avaient finalement été libérés le 4 novembre 2013 après versement d’une caution de 500 millions de leones (près de 85 000 euros) chacun. Leur procès, qui devait avoir lieu le 18 novembre 2013, a été reporté à plus de huit reprises depuis, sans que la justice n'ait délibéré sur leur cas. La prochaine audience a été fixée au 19 février. Enfin, le 2 janvier 2014, la police avait arrêté et détenu pendant plusieurs heures le présentateur du programme de radio "Monologue" et militant des droits de l’Homme Dr. David Tam-Baryoh dans une affaire de diffamation qui l'opposait au ministre des Transports et de l'Aviation, pourtant jugé proche des médias, M. Balogun Logus Koroma. La Sierra Leone occupe la 72e place dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, publié le 12 février 2014. Le pays perd 10 places par rapport à l'édition de 2013. Photo : le journaliste Theophilus Gbenda