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7 mai 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

L’emprisonnement d’Eynulla Fatullayev dérangerait-il ?


Le journaliste norvégien Erling Borgen et son cameraman Dag Inge Dahl ont été violemment pris à partie par les agents de sécurité, à l’aéroport de Bakou, tôt dans la matinée du 6 mai 2010. Ils ont saisi des documents importants, ainsi que la clé USB du journaliste avec l’équivalent de six jours de tournage.

Erling Borgen et son cameraman étaient venus en Azerbaïdjan pour réaliser un reportage sur Eynulla Fatullayev, journaliste actuellement en détention. Comme l’équipe avait prévu de possibles incidents, elle avait déjà fait parvenir à Oslo une copie de l’intégralité de leurs documents. Le montage du documentaire « Un détenu en Azerbaïdjan », pourra donc malgré tout avoir lieu. Ce que n’avaient certainement pas anticipé les agents de sécurité à l’aéroport…

Cette agression n’aura donc qu’un impact limité sur le travail des journalistes, mais, comme le déclare Erling Borgen : « Cela en dit beaucoup sur la nature du régime qui existe aujourd'hui en Azerbaïdjan. La liberté d'expression fait peur. Je prends ce vol très au sérieux. Nous avons contacté le ministère norvégien des Affaires étrangères et la police. J'admire mes amis journalistes en Azerbaïdjan , ils font preuve d’un courage formidable.»

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22.04.2010 : Condamnation : La CEDH déclare illégale la condamnation d'Eynulla Fatullayev

Reporters sans frontières se réjouit de l'arrêt rendu par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), le 22 avril 2010, concernant le journaliste Eynulla Fatullayev. La CEDH vient de déclarer illégale la décision de la cour d'Azerbaïdjan, condamnant le journaliste à huit ans et demi de prison le 16 janvier 2008.

L'arrêt affirme que les poursuites à l'encontre d'Eynulla Fatullayev étaient de nature politique, et n'avaient donc aucune raison d'être dans un pays membre de la Convention européenne des droits de l'homme. La CEDH estime que la justice azerbaïdjanaise a violé l'article 10 (liberté d'expression) et l'article 6 (droit à un procès équitable) de la Convention. Elle exige la libération immédiate du journaliste et le versement par le gouvernement de dommages et intérêts se portant à 25 000 euros. Selon la CEDH, "la condamnation à une peine d'emprisonnement pour une infraction de presse n'est compatible avec la liberté d'expression des journalistes que dans des circonstances exceptionnelles, notamment en cas d'atteinte grave à des droits fondamentaux, par exemple en cas de discours haineux ou d'incitations à la violence", ce qui n'était pas le cas dans les articles du journaliste incriminé.

L'organisation de défense des journalistes se félicite de cette nouvelle et appelle le gouvernement à appliquer cet arrêt au plus vite. Le journaliste doit être libéré et soulagé de toutes les accusations qui pèsent sur lui dans les plus brefs délais. La décision de la CEDH aujourd'hui confirme les doutes que Reporters sans frontières, nombre de défenseurs des droits de l'homme et des médias nourrissent quant à la procédure en cours. Récemment un nouveau procès pour "possession illégale de stupéfiants" a débuté, dans lequel il risque 3 ans de prison. Reporters sans frontières demande que la justice renonce à cette charge absurde et uniquement motivée par le désir de réduire au silence un journaliste critique du pouvoir.

Reporters sans frontières appelle le président Ilham Aliev et Ali Hasanov, chef du département idéologie de l'administration présidentielle, à mettre un terme définitif aux poursuites répétées à l'encontre des journalistes. Pays signataire de la Convention européenne des droits de l'homme, l'Azerbaïdjan doit respecter ses valeurs et principes, ou devra être condamné en conséquence. Reporters sans frontières restera vigilante quant à l'application de cet arrêt.

Ces derniers mois, le gouvernement semblait avoir entendu les inquiétudes de la communauté internationale. Ganimat Zahidov a ainsi été acquitté et libéré le 11 mars. L'organisation demande aux autorités de prouver leur bonne volonté en libérant Eynulla Fatullayev. La libération du dernier journaliste emprisonné dans le pays apparaîtrait comme un symbole fort et participerait à donner une meilleure image du pays.

Rédacteur en chef et fondateur des principaux journaux d’opposition, l'hebdomadaire Realny Azerbaijan et le quotidien Gundelik Azerbaïjan, Eynulla Fatullayev avait été arrêté en 2007, puis condamné, en 2008, pour avoir "insulté l'honneur et la dignité de la nation azerbaïdjanaise", refusé de payer des taxes, et avoir proféré des "menaces terroristes" dans un article d'analyse politique.