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31 mars 2020

Le reporter birman Nay Myo Lin risque la prison à vie pour une interview

Nay Myo Lin, à sa sortie du tribunal du quartier de Chan Mya Tharzi, à Mandalay, le 31 mars 2020 (photo : Zaw Zaw / AFP).
Le journaliste est accusé de terrorisme pour avoir publié une interview du porte-parole d’un groupe rebelle. Reporters sans frontières (RSF) exige l’abandon immédiat de ces charges totalement disproportionnées.

"C'est inquiétant pour la liberté de la presse", a résumé ce matin Nay Myo Lin, le rédacteur en chef du site Voice of Myanmar, à sa sortie du tribunal de Mandalay, au centre de la Birmanie. L'intéressé a en effet été arrêté hier, lundi 30 mars et encourt une peine de prison à vie, au titre des articles 50(a) et 52(a) de la loi antiterroriste


En fait de terrorisme, il a simplement publié une interview d’un porte-parole de l’Armée de l’Arakan (AA), une faction rebelle autonomiste active dans cette région de l’ouest du pays, qui fut aussi le théâtre du drame du nettoyage de la minorité rohingya. L’article intitulé “La fin du processus de paix” a été publié le 27 mars, quelques jours après que le gouvernement birman a officiellement décrété, le 23 mars, que l’AA était une organisation terroriste - mettant de fait, précisément, un terme au processus de paix.


“Nous appelons le juge Kyaw Swa Lin, qui porte cette accusation absurde de terrorisme, à lever immédiatement ces charges totalement disproportionnées, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. L’interview réalisée par Nay Myo Lin n’a jamais enfreint la déontologie journalistique. Elle a été publiée dans un esprit d’intérêt public, afin de parvenir à recréer un dialogue nécessaire à la résolution du conflit qui frappe l’Arakan.


Harcèlement judiciaire


La loi birmane prévoit l'existence d’un Conseil des médias, qui devrait en théorie être saisi pour régler tout conflit issu de la publication d’informations contestées par un tiers. Dans les faits, les autorités multiplient au contraire les actions au pénal contre les journalistes.


En juillet 2019, deux mois après la libération des deux journalistes de Reuters, Wa Lone et Kyaw Soe Oo, condamnés à sept ans de prison puis graciés, RSF avait dressé un inquiétant état des lieux de l’actuelle recrudescence des cas de harcèlement judiciaire exercés par l’armée et la police birmanes contre les reporters.


Ayant perdu sept places en deux ans, la Birmanie occupe actuellement la 138e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2019 établi par RSF.