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22 décembre 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le quotidien A Folha de São Paulo se grandirait en abandonnant ses poursuites judiciaires contre un blog parodique indépendant


Un mois après son lancement, le blog indépendant Falha de São Paulo, qui signifie littéralement “Faille de São Paulo”, en parodie au plus grand quotidien du Brésil A Folha de São Paulo (la feuille de São Paulo), doit affronter un procès intenté par le quotidien pour “utilisation illicite de la marque”, en raison de la similitude entre les noms (“Falha” et “Folha”) et du logo du blog.

Non content d’avoir obtenu la fermeture du site, le quotidien a engagé un nouveau procès contre ses auteurs et réclame désormais une indemnisation financière pour préjudice moral. Il semble pourtant peu problable que le plus plus grand quotidien du pays soit effectivement lésé par un blog indépendant.

Le blog, tenu par Lino et Mario Ito Bocchini, moquait notamment l’insistance avec laquelle le journal s'acharnait sur Dilma Rousseff, candidate victorieuse de la dernière élection présidentielle et chef de l’État à partir du 1er janvier 2011. Comme le rappellent les deux frères sur leur site : “Internet a occupé une place inédite dans la récente campagne présidentielle brésilienne, qui s’est soldée par la victoire de la candidate de Lula (Dilma Rousseff). La participation de centaines de blogs a été déterminante pour son élection. Dans leur majorité, ils ont appuyé la candidate de gauche (Dilma Rousseff) alors qu’en revanche pratiquement tous les médias traditionnels (radio, télé, quotidiens, magazines) ont fortement soutenu le candidat de l’opposition, José Serra.”

La famille Frias, propriétaire du journal, a largement les moyens de s’acquitter des frais de justice. Tel n’est pas le cas des frères Bocchini (l’un journaliste et l’autre graphiste) qui se trouvent, en raison de ce procès, plongés dans une grande difficulté financière. Ils se voient dans l’incapacité de se défendre efficacement dans cette affaire, totalement ignorée par les médias traditionnels locaux, dominés par une poignée de familles influentes.

Ces poursuites, qui visent à anéantir financièrement un média, illustrent une nouvelle forme de censure. L’issue de cette affaire pourrait constituer un précédent dangereux en matière de droit à la caricature, partie intégrante de la liberté d’expression et d’opinion. C’est pourquoi nous demandons à la direction de A Folha de São Paulo de ne pas donner suite à un combat inégal et d’abandonner ses poursuites contre le blog des frères Bocchini. Un tel geste grandirait la réputation du quotidien, qui montrerait ainsi son attachement à la libre circulation des idées, opinions et critiques, garantie par la Constitution fédérale de 1988. Les médias doivent accepter d’être exposés à la critique publique comme n’importe quel pouvoir ou institution.

Les deux frères ont, d’ores et déjà, créé un site alternatif : http://desculpeanossafalha.com.br/. Différentes personnalités, dont l’ex-ministre de la Culture Gilberto Gil, ont enregistré des témoignages vidéo pour condamner la censure et le procès intenté par A Folha.