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21 janvier 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le quotidien Diario Extra cible d’espionnage : “Un scandale digne de l’affaire AP”


Reporters sans frontières demande qu’une commission parlementaire soit saisie du scandale d’espionnage ciblant le quotidien Diario Extra. La direction et les employés du journal attribuent la responsabilité de ces manœuvres à l’Organisme d’investigation judiciaire (OIJ) et au ministère public. Au cours d’une conférence de presse tenue le 20 janvier 2014, la rédaction a révélé que les correspondances téléphoniques, professionnelles comme privées, des journalistes faisaient l’objet de surveillance depuis dix mois. “Cette affaire rappelle de près le scandale Associated Press aux États-Unis. Violations du pilier de la profession que constitue la protection des sources, ces manœuvres compromettent la sécurité et l’activité des journalistes concernées, et au-delà, la capacité des médias à tenir leur rôle de contrepouvoirs. Après l’adoption, même amendée, de la loi très controversée sur les délits informatiques, la liberté de l’information subit un autre revers grave dans un pays où celle-ci présente traditionnellement un niveau plutôt enviable”, estime Reporters sans frontières. “Dans la mesure où ce scandale semble impliquer les plus hautes sphères de pouvoir, il appartient au Congrès, dans un effort associant l’ensemble de la classe politique, de reconstituer les faits et d’établir les responsabilités. Les résultats de l’enquête devront être portés à la connaissance du public”, ajoute l’organisation. Dénonçant des pratiques “dignes de régimes autoritaires“, la directrice adjointe du quotidien Patricia Hernández, a affirmé que le but des autorités était de découvrir l’identité de fonctionnaires agissant en lanceurs d’alerte. La rédaction de Diario Extra a également révélé la récurrence d’appels téléphoniques menaçants de la part d’agents de l’OIJ et les filatures de journalistes lors de leurs rendez-vous avec leurs sources. Le quotidien compte notamment saisir les instances interaméricaines. Selon le directeur adjoint de l’OIJ, Gerald Campos, l’organisme aurait obtenu l’autorisation d’un juge afin d’enquêter sur une fonctionnaire de cet organisme, suspectée de révéler des informations sensibles sur un cas d’enlèvement. Le délit de divulgation d’information confidentielle est sanctionné par l’article 332 bis du Code pénal. En mai 2013, le Département de la Justice des États-Unis avait publiquement reconnu avoir procédé un an plus tôt à la saisie des relevés d’une vingtaine de combinés téléphoniques de l’agence internationale Associated Press et de certains de ses journalistes. L’affaire a officiellement relancé le débat sur la protection des sources au niveau fédéral dans un contexte général de chasses aux informateurs et lanceurs d’alerte.