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13 janvier 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le prix des visas fixé à 8000 dollars pour les journalistes, “une décision inacceptable”


Reporters sans frontières est scandalisée par la décision du gouvernement de Nauru, le 8 janvier 2014, d’élever le prix du visa journaliste de 200 à 8 000 dollars (USD), soit une augmentation de près de 4000 pour cent. “Ce nouveau coût, totalement disproportionné ne constitue rien de moins qu’une interdiction faite à la presse étrangère de se rendre dans l’État insulaire. Cette mesure ne peut avoir pour seul but que de dissuader les journalistes de déposer une demande, car les 8 000 dollars déposés ne seraient même pas remboursés en cas de refus de visa. Quel média serait prêt à risquer une telle somme ? Il est évident que le centre de rétention de réfugiés contrôlé par le gouvernement australien est à l’origine de cette décision,” a déclaré l’organisation. “Comme pour Manus Island en Papouasie Nouvelle-Guinée, le gouvernement australien cherche à censurer toute information embarrassante sur la façon dont il traite les réfugiés. En externalisant la question des demandeurs d’asile, il parvient même à déléguer la censure et les dispositions discriminatoires à l’encontre des médias. Nous demandons l’annulation pure et simple de cet amendement, qui va à l’encontre de la Constitution de Nauru et de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, signé par Nauru”, a ajouté Reporters sans frontières. L’amendement voté par le parlement et censé entrer en vigueur dans les prochains jours, ne prévoit aucun remboursement des frais engagés, même dans le cas d’un refus de visa. Cette augmentation soudaine a été justifiée par le gouvernement comme ‘une nouvelle source de revenus publics’. Selon le bureau des visas, interrogé par le journal en ligne Global Mail “seuls trois ou quatre journalistes auraient obtenus un visa pour l’île en 2013, (...) mais le nombre de demandes a augmenté dans les mois qui ont suivi septembre 2012, lorsque l’Australie a réintroduit (dans la loi) le traitement externalisé des demandeurs d’asile”. En novembre 2013, les conditions de vie des 700 réfugiés à Nauru ont été qualifiées de “difficiles et contraires aux normes internationales” par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et dénoncées par de nombreuses organisations des droits de l’homme. “Cet amendement est de toute évidence contraire au principe de liberté d'information, tel qu'il est prévu notamment à l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques”, a ajouté Reporters sans frontières. Le Comité des droits de l'homme, groupe d'expert chargé d'interpréter le Pacte, a souligné dans son Observation générale n°44 :“Les régimes d’accréditation limitée peuvent être licites uniquement dans le cas où ils sont nécessaires pour donner aux journalistes un accès privilégié à certains lieux ou à certaines manifestations et événements. Ces régimes devraient être appliqués d’une manière qui ne soit pas discriminatoire et soit compatible avec l’article 19 et les autres dispositions du Pacte, en vertu de critères objectifs et compte tenu du fait que le journalisme est une fonction exercée par des personnes de tous horizons.” Le paragraphe 45 précise qu’”Il est normalement incompatible avec le paragraphe 3 de restreindre le droit des journalistes et d’autres personnes qui veulent exercer leur liberté d’expression (comme des personnes qui veulent se rendre à l’étranger pour assister à une réunion consacrée aux droits de l’homme) de voyager hors de l’État partie, de n’autoriser à entrer dans l’État partie que les journalistes étrangers qui viennent de pays précis ou de restreindre la liberté de circulation des journalistes et des personnes qui enquêtent sur la situation des droits de l’homme à l’intérieur de l’État partie (y compris dans les zones touchées par un conflit, les sites de catastrophes naturelles et les endroits où des violations des droits de l’homme sont dénoncées).” Le gouvernement australien avait déjà été épinglé par Reporters sans frontières en 2011 et en 2012 à propos de sa politique de dénis d’accès à ses centres de rétention pour les journalistes. Il pratique pourtant toujours la politique de l’autruche, arguant qu’il s’agit d’un problème interne à l’île. En juillet dernier, à l’annonce par le gouvernement australien d’un durcissement de sa politique migratoire, le centre de rétention australien sur l’île de Nauru avait connu une violente émeute. Credit photo: ABC