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1 février 2008 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le président Evo Morales contredit sa majorité, après l'éclatement d'un scandale d'espionnage


Reporters sans frontières se félicite de la réaction rapide du gouvernement après la révélation, le 24 janvier, d'un scandale d'espionnage qui a notamment visé Juan José Espada, de la chaîne privée Unitel. L'organisation met néanmoins en garde contre l'exploitation politique et médiatique de l'affaire.
Reporters sans frontières s'étonne des accusations formulées par le président Evo Morales, le 30 janvier 2008, six jours après les révélations sur une opération d'espionnage illégale dont ont été victimes des hommes politiques, progouvernementaux et d'opposition, et le journaliste Juan José Espada, de la chaîne privée Unitel. Les déclarations du chef de l'État tranchent avec celles, rassurantes, d'Iván Canelas, député du Mouvement vers le socialisme (MAS), concernant la liberté de la presse. “Le scandale d'espionnage ne doit pas aggraver un climat politique déjà difficile et source de réelles difficultés pour les médias boliviens, quelle que soit leur tendance. L'appel à la raison doit venir de la classe politique. L'opposition a tort d'alimenter la suspicion envers le chef de l'État dans le récent scandale d'espionnage. Le président Evo Morales se défend mal en accusant à son tour les médias de l'espionner. Ces accusations sont d'autant plus surprenantes que le député Iván Canelas, soutien du chef de l'État, a condamné au même moment les agressions contre la presse. Ces tensions peuvent être évitées. Leur dépassement implique cependant que la presse obtienne de réelles garanties sur le secret des sources, pilier indispensable de la profession. Des consultations entre les médias et le gouvernement ont eu lieu à ce sujet. Reporters sans frontières s'engage, encore une fois, à promouvoir le dialogue”, a déclaré l'organisation. Le 30 janvier 2008, Evo Morales a publiquement accusé les médias de “payer” les agents de sa garde rapprochée pour le localiser et le suivre. Le chef de l'État a déclaré se sentir “espionné” par les journalistes. Sa réaction est survenue dans le sillage du scandale d'espionnage illégal pratiqué contre dix-huit hommes politiques - dont deux parlementaires de son propre parti - et Juan José Espada, de la chaîne privée Unitel, proche de l'opposition. Evo Morales s'est défendu de toute implication dans cette affaire et la police a elle-même imputé le procédé à certains membres de son service de renseignements. L'affaire d'espionnage a été portée devant le Parlement. Iván Canelas, député du MAS et lui-même ancien journaliste, a déclaré avoir “personnellement demandé au ministère public l'ouverture d'une enquête pour établir qui sont les auteurs d'agressions et d'attaques contre des journalistes et pour qu'ils soient sanctionnés”. Le chef de file du MAS à la Chambre des députés, César Navarro, a également défendu le droit des médias à exprimer leurs opinions. L'inquiétude persiste néanmoins dans les rangs de la presse concernant l'intention de “rendre transparente l'information et de lever le droit à la confidentialité”, manifestée par Evo Morales lors de son message au Congrès, le 22 janvier. Le 31 janvier, l'Association nationale de la presse (ANP) a dénoncé une remise en cause du secret des sources et avec elle, “une grave menace pour la liberté d'expression et de presse, et le droit de la société à être correctement informée”. ____________________________________________________ 28.01.08 - Un journaliste de la chaîne Unitel victime d'espionnage : "Le scandale ne doit pas saboter le dialogue entre le gouvernement et les médias"
Reporters sans frontières exprime sa consternation après les révélations, le 24 janvier 2008, d'activités d'espionnage hors de tout contrôle impliquant le service de renseignements de la police et dont a été victime, parmi d'autres, Juan José Espada, responsable de l'information de la chaîne privée Unitel. L'organisation compte, malgré ce scandale, sur la poursuite du dialogue engagé entre les représentants des médias et le gouvernement après les violences commises contre la presse au plus fort de la crise politique, en 2007. Elle rappelle, enfin, que les journalistes doivent bénéficier de toutes les garanties de secret professionnel nécessaires à l'exercice de leur métier. “Nous nous félicitons de la réaction rapide du gouvernement face à de telles pratiques. Certains secteurs de la police semblent avoir outrepassé leurs attributions. Concernant Juan José Espada, l'enquête devra établir si l'espionnage dont il a été victime avait pour but de découvrir ses sources d'information, auquel cas il s'agirait d'une violation caractérisée de la liberté de la presse. Le secret professionnel constitue un pilier indispensable de cette liberté. Nous attendons également de savoir si ces procédés ont visé d'autres journalistes. En toute hypothèse, ce scandale ne doit pas servir d'argument à un nouveau rapport de force entre les médias et la classe politique, ni à une polarisation au sein des médias. Le dialogue initié entre le gouvernement et les représentants de la presse après les violentes manifestations de 2007 doit plus que jamais se poursuivre et contribuer à la paix sociale, à l'image de celui engagé entre l'exécutif de La Paz et les gouverneurs d'opposition”, a déclaré Reporters sans frontières. Le 24 janvier, les chaînes privées Cadena A, ATB, PAT, Unitel ainsi que les quotidiens nationaux La Razón et El Nuevo Dia, ont dit avoir reçu anonymement un CD-rom contenant une douzaine de dossiers, une quarantaine de notes et plus de quatre cents photographies. Cette compilation fait état d'activités d'espionnage menées, hors de tout contrôle, par le service de renseignements de la police à la fin de l'année 2007. Dix-huit personnalités politiques ont été victimes de ces procédés parmi lesquelles l'ancien chef de l'État Jorge Quiroga, chef de file du parti d'opposition Podemos, quatre gouverneurs de provinces hostiles au gouvernement d'Evo Morales mais aussi le président du Sénat, Oscar Ortiz et deux parlementaires du Mouvement pour le socialisme (MAS - au pouvoir), Gustavo Torrico et Guido Guardia. Dans la liste figure également Juan José Espada, coresponsable de l'information de la chaîne privée Unitel à La Paz à l'époque des faits, et aujourd'hui en poste à Santa Cruz. Réputée d'opposition, Unitel entretient des relations plutôt tendues avec le gouvernement d'Evo Morales. En l'absence du chef de l'État, en déplacement en Argentine, le vice-président Alvaro Garcia a ordonné, dès le 25 janvier, au général Miguel Vásquez, chef de la police, de lui transmettre toutes les informations relatives à cette affaire. Celui-ci a publiquement mis en cause le service de renseignements de son administration et assuré que “toutes les garanties” seraient données à la presse. Les divisions suscitées par l'élaboration d'une nouvelle Constitution ont plongé le pays dans une crise politique. La presse bolivienne, progouvernementale ou d'opposition, a lourdement fait les frais de ce climat en 2007. Depuis le début de l'année 2008, dominé par une tentative de conciliation entre le gouvernement et l'opposition, de légères dégradations ont endommagé les locaux des chaînes PAT et ATB, respectivement les 19 et 25 janvier à La Paz. La presse s'inquiète également de possibles modifications législatives concernant le secret des sources. Selon plusieurs journaux boliviens, René Fernández, de la station Radio Cadena Nacional, a été agressé, le 25 janvier à La Paz, et sommé de garder le silence concernant l'affaire d'espionnage sur laquelle il enquêtait.