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26 août 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le photographe franco-colombien Juan Pablo Gutiérrez à nouveau menacé


Le photographe indépendant et défenseur des droits des peuples indigènes, Juan Pablo Gutiérrez est depuis deux semaines la cible de menaces de mort. Empêché de rentrer à son domicile, il attend une réponse des autorités pour des mesures de protection. “Il ne vous reste que quelques jours de vie”. Ce message a été adressé au photographe indépendant Juan Pablo Gutiérrez par le groupe paramilitaire “Aguilas Negras” (Aigles noirs) le 14 août 2014. Les auteurs de cette menace sont probablement les mêmes qui ont intimidé le photographe en septembre 2011 en raison des reportages qu’il avait menés visant à mobiliser l’opinion publique sur le sort des Nukak, communauté indigène du sud-est de l’Amazonie colombienne. Il est à présent accusé par le groupe paramilitaire de ne pas avoir respecté leurs exigences, notamment celles de quitter définitivement le pays et de ne plus continuer à travailler avec les peuples indigènes. Engagé dans l’Organisation nationale indigène de Colombie (Onic), le photographe développe actuellement dans le pays des projets de documentation et des campagnes photographiques sur les communautés ethniques menacées. Il a aussi collaboré avec Amnesty Internationale dans le cadre de campagnes photographiques en Colombie et en France. Suite aux menaces téléphoniques depuis le 14 août dernier, Juan Pablo Gutierrez a fait appel à l’Union nationale de protection (UNP), organisme gouvernemental chargé de la sécurité des personnes menacées en raison de leur profession (journalistes, défenseurs des droits de l’homme, avocats). “Reporters sans frontières exhorte les autorités colombiennes, et en particulier l’Union nationale de protection, à prendre au sérieux les menaces contre la vie de Juan Pablo Gutiérrez et agir en urgence afin d’assurer sa sécurité”, déclare Camille Soulier, responsable du bureau Amériques de l’organisation. Les groupes paramilitaires continuent d’être la première source de danger pour les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme dans le pays. L’échec du processus de démobilisation de ces groupes armés n’est plus à démontrer, et ceux-ci mènent toujours de lourdes campagnes de représailles contre les journalistes. Les « Aguilas Negras » organisaient de véritables campagnes de terreur contre la presse locale en 2006 et 2007. Plus récemment, le groupe paramilitaire a fait circuler en mars 2011 une liste de cinq journalistes qu’ils promettaient de tuer. La Colombie est 126ème sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières le 12 février dernier.