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19 mars 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le Nation Multimedia Group interdit de radiodiffusion


Actualisation : Le 19 mars, le vice-Premier ministre, Chavalit Yongchaiyudh, démissionne de son poste de responsable du bureau du blanchiment d'argent (AMLO), où il sera remplacé dans les prochains jours par Korn Dabbaransi, ministre de la Santé Publique. Selon Roj Ngamman, éditorialiste du quotidien Thai Post, Chavalit Yongchaiyudh aurait dû, pour assumer ses responsabilités, démissionner de son poste de vice Premier ministre, non de son poste de directeur de l'AMLO. Le 15 mars, on apprend que le gouvernement aurait demandé à l'opérateur de télévision câblée United Broadcasting Corporation de fermer la chaîne de télévision Nation Channel (UBC 8) sous peine de ne plus être autorisé à diffuser des publicités. Selon Adisak Limprungpattanakij, journaliste pour UBC8, le gouvernement Thaksin considère la Nation Channel comme sa "bête noire". Par ailleurs, un député d'opposition, Ong-art Klampaiboon, a affirmé que l'enquête financière ordonnée à l'encontre de trois journalistes du Nation Multimedia Group a été orchestrée par cinq personnalités influentes de l'entourage du Premier ministre Thaksin Shinawatra. Selon lui, la commission gouvernementale chargée d'enquêter sur la décision controversée du bureau du blanchiment d'argent (AMLO) n'osera jamais s'attaquer à ces cinq personnes. Visanu Krue-ngam, chef de la commission chargée de l'enquête sur l'AMLO, a quant à lui déclaré que cet organisme étatique avait commis une erreur en ne respectant pas la vie privée des journalistes, mais qu'il appartenait au gouvernement de décider d'une éventuelle sanction. Le chef de la commission aurait ajouté que les enquêtes lancées par l'AMLO ne répondaient pas à des directives politiques, mais à des plaintes répétées depuis décembre 2001. Le Premier ministre thaïlandais est pourtant le président de l'AMLO. Enfin, une lettre, signée par près de quatre cents universitaires thaïlandais, dénonçant les récentes atteintes à la liberté d'expression dans le pays a été envoyée au Premier ministre. Le 11 mars dernier, 1 195 journalistes avaient déjà signé une pétition demandant au Parlement d'intervenir dans l'affaire du Nation Multimedia Group. Le 13 mars, la cour administrative de Thaïlande, chargée de statuer sur les affaires impliquant le gouvernement, a ordonné la suspension de l'enquête du bureau du blanchiment d'argent (AMLO) sur les avoirs financiers de Suthichai Yoon, rédacteur en chef pour le Nation Multimedia Group, Thepchai Yong et Sopon Ongkara, chefs de service. L'enquête sera reportée jusqu'au verdict dans l'examen de la plainte des trois journalistes, qui demandent l'annulation de la directive de l'AMLO. Selon leur avocat, Nakhon Chompuchart, une telle enquête va à l'encontre des "droits fondamentaux de ses clients garantis par la Constitution". Le 9 mars, on apprend que le Nation Multimedia Group envisage de porter plainte contre le Premier ministre Thaksin Shinawatra. Selon Sopon Ongkara, journaliste pour le Nation, trois responsables préparent une plainte contre Thaksin Shinawatra ainsi que contre des responsables du bureau contre le blanchiment d'argent (AMLO). Le journaliste a ajouté que le Nation Multimedia Group, en collaboration avec l'association des journalistes thaïlandais, compte adresser une lettre ouverte au Parlement afin de demander une enquête sur la gestion gouvernementale de cette affaire. Dans une lettre adressée au Premier ministre Thaksin Shinawatra, Reporters sans frontières (RSF) a protesté contre la décision de faire cesser la radiodiffusion des programmes d'information produits par le Nation Multimedia Group sur la fréquence 90.5 Mh. "On se demande où va s'arrêter cette vague de mesures attentatoires à la liberté de la presse, qui visent aujourd'hui un des derniers groupes de presse indépendants en Thaïlande", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. RSF a demandé au Premier ministre d'intervenir personnellement dans cette affaire et de lever cette interdiction. L'organisation de défense de la liberté de la presse a également renouvelé son appel pour la levée des menaces d'expulsion pesant sur Shawn Crispin et Rodney Tasker, journalistes pour le magazine Far Eastern Economic Review. Selon les informations obtenues par RSF, le général Akkaradej Sasiprapa, conseiller du vice-Premier ministre, a ordonné au groupe de presse Nation Multimedia Group, le 5 mars 2002, de stopper la diffusion de ses programmes d'information. Selon Chavalit Yongchaiyudh, vice-Premier ministre, Smart Bomb, l'entreprise chargée d'allouer les fréquences radiophoniques, a reçu l'ordre de mettre fin aux huit heures de programmation quotidienne de la radio du Nation pour non-paiement de la location de fréquence. La semaine dernière, la station de radio avait diffusé une interview de Sqn-Ldr Prasong Soonsiri, un des plus virulents critiques du Premier ministre, au cours de laquelle il fustigeait la gestion gouvernementale de la crise entre les autorités et la Far Eastern Economic Review. Le programme étant diffusé simultanément sur la chaîne de télévision câblée UBC 8 (Nation TV), Suthichai Yoon, Sorrayuth Sutthanachinda, Kanok Tarwongsakul et Piraphat Wattanapirom ont également été interdits d'antenne, bien que l'interview n'ait pas été diffusée en raison de "problèmes techniques". Par ailleurs, le Nation Multimedia Group a annoncé, le 6 mars, interrompre la télédiffusion de ses programmes politiques sur UBC 8 tant que la production d'informations à caractère politique ne sera pas "libre de toute interférence, directe ou indirecte". Ce n'est pas la première fois que le gouvernement censure un talk-show radiodiffusé à caractère politique. Le 10 janvier, le "Lok Yam Chao" (Le Matin du Monde) était interdit après que l'animateur avait lu des extraits de l'article controversé de la Far Eastern Economic Review. L'émission était diffusée en FM depuis plus de vingt ans sur un réseau appartenant au ministère des Relations publiques. Selon Somkiat, présentateur du talk-show, il aurait été interdit sur ordre du gouvernement. Les relations entre le gouvernement Thaksin et la presse internationale se sont considérablement dégradées depuis janvier 2002. Après le bras de fer avec la Far Eastern Economic Review, la police a averti le magazine The Economist qu'il serait saisi s'il diffusait en kiosques sa dernière édition comportant un dossier spécial sur le royaume.