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1 juillet 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le journaliste indépendant Sid Yanychev condamné au terme d’une parodie de procès


Au terme d’un procès expéditif, le célèbre journaliste indépendant Sid Yanychev a été condamné le 28 juin 2014 à une amende de 2 400 euros pour “exercice d’une activité journalistique sans accréditation” et “diffusion d’informations représentant une menace pour l’ordre social”.
Les journalistes ouzbeks se sont encore une fois vus rappeler qu’ils étaient soumis à l’arbitraire total des autorités. Le célèbre journaliste indépendant Saïd Abdourakhimov, connu sous le pseudonyme de Sid Yanychev (Сид Янышев), a été condamné le 28 juin 2014 par un tribunal pénal de Tachkent, la capitale du pays, à une amende de 9 610 500 de soums (soit 2 400 euros au cours du marché noir). Une somme qui représente plusieurs mois de salaire. Sur la base des articles 165 et 184 du code des infractions administratives, il a été reconnu coupable d’avoir exercé “son activité (journalistique) sans licence ni autorisation” et d’avoir “préparé ou conservé des informations représentant une menace pour la sécurité et l’ordre publics, dans le but de les diffuser”. Sa caméra lui a été également confisquée. Cette condamnation fait suite à l’interrogatoire auquel le journaliste avait été soumis le 26 juin à propos d’un article publié un mois plus tôt sur le site d’information indépendant Ferghana, basé à Moscou et dont l’accès est bloqué sur le territoire ouzbek. Sid Yanychev avait relayé la détresse de certains habitants d’un quartier de Tachkent, expropriés sans aucune compensation pour faire place à la construction d’une nouvelle autoroute. “Cette parodie de procès est l’oeuvre d’une justice aux ordres, plus soucieuse de protéger les autorités que de défendre les citoyens lésés, déplore Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale. C’est un nouveau rappel à l’ordre lancé aux derniers journalistes indépendants qui persistent envers et contre tout à faire leur travail en Ouzbékistan. Nous demandons expressément à la justice de casser en appel ce jugement inique, contraire à la Constitution ouzbèke et aux conventions internationales ratifiées par le pays.” Le procès s’est déroulé le 27 juin 2014, jour de la fête nationale des journalistes ouzbeks. Il a été marqué par de multiples irrégularités procédurales. Les deux avocats du journaliste, commis d’office, n’ont rien fait pour le défendre. Des policiers du département antiterroriste, en civil, étaient présents à l’audience. Sid Yanychev était poursuivi sur la base des dépositions de cinq habitants du quartier, qui lui reprochaient en termes identiques d’avoir rapporté leurs propos sans autorisation et de les avoir en partie déformés. Le journaliste n’a pas été autorisé à produire les enregistrements vidéo de ses interviews, qui attestaient du contraire. Les deux témoins de la défense, qui figuraient aussi parmi ces cinq plaignants, ont reconnu à la sortie de l’audience que leurs dépositions à charge leur avaient été dictées. Du moins ont-elles confirmé au tribunal qu’elles n’avaient pas été dédommagées pour la destruction de leurs maisons, ce qui a évité au journaliste d’être condamné pour “offense” ou “diffamation”. Aucune loi n’a été invoquée pour justifier le chef d’inculpation de “travail sans accréditation”. La condamnation sur ce point a été prononcée sur la base du témoignage d’une “experte”, jeune collaboratrice de la chaîne de télévision d’Etat Iochlar. Celle-ci a assuré que “le journalisme indépendant n’exist(ait) pas” et qu’une personne dépourvue d’accréditation ne pouvait se présenter comme journaliste et publier dans les médias. Une déclaration qui contredit l’article 29 de la Constitution ouzbèke, garantissant à chacun “le droit de collecter et de diffuser une information”. L’Ouzbékistan figure à la 166ème place sur 180 dans le Classement mondial 2014 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières. Les médias officiels sont soumis à une censure absolue et les journalistes indépendants ne sont plus qu’une poignée, essentiellement contraints à collaborer avec des sites d’information basés à l’étranger tels que Ferghana, Uznews, Radio Ozodlik ou Jarayon. Pas moins de neuf journalistes sont actuellement emprisonnés dans des conditions terribles, parfois depuis plus de quinze ans. (Photo: Ozodlik, photomontage : Ferghana)